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Le processus de réconciliation au Mali

31.01.2017 - Communiqué de presse

Le ministère fédéral des Affaires étrangères soutient le travail de réconciliation au Mali depuis 2013. Il finance les dialogues pour la paix et la création d’une commission vérité pour une stabilisation durable du pays.

Personne ne s’attendait à un tel résultat : trois jours de discussions ininterrompues sous les tentes de Gargando, petite commune malienne située en plein désert près de Tombouctou. Nombre de participants ne considéraient plus le Mali comme leur pays depuis longtemps. Il faut dire qu’on ne s’était jamais beaucoup occupé, à la capitale Bamako, des régions désertiques et peu peuplées du Nord. Mais lorsque les représentants du gouvernement et de l’armée se sont présentés sur place pour écouter réellement les habitants, on a bien voulu donner une nouvelle chance à l’État commun.

En cette chaude journée de mars 2016, une cérémonie réunit tuniques ondoyantes et uniformes militaires. Le drapeau du groupe rebelle armé qui régnait alors sur la région est remplacé par le drapeau malien. Même l’hymne national résonne.

« Cela donnait la chair de poule », raconte Rebekka Rust, chef de projet de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) au Mali. Elle organise des forums comme celui de Gargando pour le compte du ministère fédéral des Affaires étrangères (direction générale de la prévention des crises, de la stabilisation, de la consolidation de la paix après les conflits et de l’aide humanitaire). Une dynamique absolument imprévisible est née du dialogue, explique‑t‑elle : « Avec l’aide des chefs traditionnels, nous sommes parvenus à relancer des discussions entre des personnes qui n’avaient plus aucun contact entre eux depuis la crise. »

Travailler sur les racines du conflit

Le dialogue de Gargando pour la paix n’est que l’un des dizaines de forums de ce type organisés par la GIZ, lesquels nécessitent parfois des mois de préparation. Pour montrer que le rapprochement et la réconciliation en valent la peine, les discussions s’accompagnent souvent de projets périphériques, comme la reconstruction, pour les jeunes, d’un terrain de basket-ball détruit par les djihadistes, l’édification d’une nouvelle rue ou la réparation d’un puits.

Chaque dialogue pour la paix est un petit pas dans un grand conflit. Mais sans un rapprochement des populations du Nord et du Sud du pays, la violence risquera toujours d’éclater, quel que soit le nombre de militaires envoyés dans la MINUSMA, la mission des casques bleus pour la stabilisation du Mali. Il faut nécessairement travailler sur les causes du conflit pour réaliser une stabilisation durable. C’est pourquoi le ministère fédéral des Affaires étrangères soutient le travail de réconciliation au Mali depuis 2013 pour un montant total de 5,5 millions d’euros. Une enveloppe supplémentaire de 9,12 millions d’euros est prévue pour 2017 et 2018.

Le conflit fondamental qui occupe le Mali remonte à plusieurs générations : c’est un conflit classique entre éleveurs de bétail et cultivateurs pour l’accès aux ressources limitées que sont les terres et l’eau. Au Nord vivent les peuples traditionnellement nomades des touaregs et des peuls qui sont islamisés depuis très longtemps et davantage rattachés culturellement et historiquement à l’Afrique du Nord et à la culture arabe. Le Sud est en revanche dominé par l’ethnie des bambaras, qui vit de l’agriculture et appartient du point de vue culturel à l’Afrique subsaharienne. La plupart des Maliens du Sud ne s’est convertie à l’Islam qu’en réaction à la colonisation française.

Les populations du Sud dominent le gouvernement et ont délaissé le Nord pendant des décennies. Depuis la fondation du Mali, on déplore régulièrement des affrontements violents accompagnés de graves violations des droits de l’homme et même des massacres. « Tout cela n’a jamais été assumé », affirme la chef de projet de la GIZ, Mme Rust : « Ce conflit est une question d’égalité des droits, de participation à la société et de reconnaissance. »

Microprojets : la paix doit avoir un intérêt pour la population

La colère et la frustration ressenties contre le gouvernement ont contribué à ce que les touaregs, en 2012, souhaitent se séparer du reste du pays, se radicalisent en partie et s’allient aux groupes djihadistes de la sphère arabe, qui voulaient utiliser le Nord du Mali comme zone de repli. Avant l’intervention de l’armée française, l’État d’Afrique de l’Ouest risquait de tomber dans les mains de djihadistes internationaux et de se disloquer.

Pour priver les groupes extrémistes du soutien de la population, il faut que la paix ait un intérêt pour les individus. Pour stabiliser une situation fragile, le ministère fédéral des Affaires étrangères développe des microprojets qui sont rattachés aux dialogues pour la paix. Il peut s’agir par exemple d’un silo à grains pour une coopérative multiethnique de femmes à Gao, où les soldats allemands sont stationnés. Les forums permettent de décider ensemble ce dont la communauté a besoin. « Ces projets valent mieux pour la paix que de longs discours », assure Zahabi Ould Sidi Mohamed, l’ancien ministre malien des Affaires étrangères et de la réconciliation qui préside aujourd’hui la commission de désarmement.

« Pour se réconcilier, il faut connaître la vérité », souligne‑t‑il aussi. C’est pourquoi une commission vérité, justice et réconciliation a été créée avec le soutien de l’Allemagne. Avec le ministère de la réconciliation, la GIZ a créé sept bureaux régionaux et formé des agents pour relever et archiver les violations des droits de l’homme. Des entretiens seront menés dans tout le pays cette année. « La particularité, c’est que nous ne traitons pas seulement la dernière crise, mais que nous remontons jusqu’à 1960 », précise Mme Rust. L’Allemagne est pour ainsi dire prédestinée pour cette tâche. D’abord parce qu’elle est perçue comme neutre. Mais aussi parce que « nous pouvons affirmer de manière crédible, au vu de notre histoire, que le travail de mémoire est important », indique‑t‑elle encore.

L’exemple allemand, ajoute M. Mohamed, peut en outre encourager les Maliens. Il dit souvent à ses compatriotes : « Si les Allemands et les Français, après les millions de morts des guerres mondiales, ont pu devenir des partenaires étroits et des amis, nous le pouvons aussi. »

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