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Du passé à l’avenir : le travail de mémoire germano-namibien

10.04.2018 - Article

Les soulèvements des Herero et des Nama dans le Sud-Ouest africain ont été réprimés brutalement par les troupes coloniales allemandes de 1904 à 1908. Un travail de mémoire politique sur ce terrible chapitre de l’histoire fait aujourd’hui l’objet de négociations entre l’Allemagne et la Namibie.

Depuis l’indépendance de la République de Namibie en 1990, les relations bilatérales avec la République fédérale d’Allemagne n’ont cessé de gagner en intensité. Elles reposent sur une histoire coloniale commune (1884-1915) et la responsabilité particulière de l’Allemagne qui en découle, sur les liens culturels étroits avec la communauté germanophone en Namibie ainsi que sur une coopération bilatérale au développement continue et substantielle pendant deux décennies dont le volume avoisine le milliard d’euros. La décision du Bundestag allemand en 1989 constatant la responsabilité historique et politique de l’Allemagne à l’égard de la Namibie a été décisive pour la politique namibienne de l’Allemagne.

Mme Wieczorek-Zeul en 2004 en Namibie © EPA
Mme Wieczorek-Zeul en 2004 en Namibie© EPA

En 2004, la ministre fédérale de la Coopération économique et du Développement de l’époque, Mme Wieczorek-Zeul, a tenu un discours de principe en Namibie et lancé une initiative destinée à améliorer les conditions de vie des groupes de population particulièrement touchés. Un grand nombre d’organisations de la société civile et des milieux économiques, mais aussi les Églises, sont très engagées dans un travail de mémoire commencé de longue date.

Les gouvernements allemand et namibien visent, à travers la négociation, à surmonter les traces encore tangibles de l’époque coloniale en Namibie. Les relations bilatérales doivent être conduites sur la base d’une compréhension commune du passé pour envisager l’avenir. Nous répondons ci‑dessous aux questions les plus importantes dans ce contexte.

Qui conduit les négociations ?

Ruprecht Polenz (image d’archives) © dpa
Ruprecht Polenz (image d’archives)© dpa

Le président de la commission des affaires étrangères du Bundestag allemand, Ruprecht Polenz, représente le gouvernement fédéral dans les négociations intergouvernementales menées depuis 2015. La Namibie est représentée par l’ancien ambassadeur de la Namibie auprès de l’UE, Zedekia Ngavirue.

Les Herero et les Nama sont-ils représentés ?

Absolument. Le gouvernement namibien a créé des organes de consultation pour que les Herero et les Nama qui sont particulièrement concernés prennent part aux négociations. Le gouvernement namibien a assuré à maintes reprises qu’elles étaient ouvertes à tout le monde. Certains représentants des groupes de population refusent cependant d’y participer.

S’agissait-il à l’époque d’un génocide ?

Les atrocités commises à l’époque au nom de l’Allemagne sont des actes que l’on qualifierait aujourd’hui de génocide même si ce n’est qu’après la Shoah que ce concept a pu être défini en termes de droit. C’est la raison pour laquelle les négociations portent également sur la qualification du concept de génocide dans le contexte politico-historique.

L’Allemagne est-elle prête à présenter des excuses ?

Le gouvernement fédéral entend bien présenter ses excuses dans une déclaration commune.

Quel est l’objet du recours collectif déposé à New York ?

Quelques personnes ont déposé à New York un recours collectif contre l’Allemagne afin d’obtenir une indemnisation ainsi que la possibilité de participer directement aux négociations intergouvernementales germano-namibiennes. Le gouvernement fédéral est d’avis qu’un tel recours n’est pas recevable, car il enfreint le principe de l’immunité d’un État selon lequel un pays ne peut pas être traduit devant la justice d’un autre pays. Le gouvernement fédéral pense en particulier que, plus d’un siècle après les événements, il ne peut être question que d’un travail de mémoire politique et non juridique.

L’Allemagne va-t-elle verser des réparations ?

Femmes herero en tenue traditionnelle, photographiées dans le nord-ouest de la Namibie 2010 © Tom Schulze/dpa
Femmes herero en tenue traditionnelle, photographiées dans le nord-ouest de la Namibie 2010© Tom Schulze/dpa

Toute revendication matérielle à l’égard de l’Allemagne concernant des événements remontant à l’époque coloniale et émanant de l’État namibien, d’un Herero ou d’un Nama, ou encore des représentants de ces groupes de population, est dépourvue de base juridique. Les négociations ne peuvent donc pas porter sur des indemnisations ou des réparations.




Comment améliorer les conditions de vie des groupes de population particulièrement touchés ?

Après avoir eu des discussions intensives à ce sujet dans les différentes régions, la Namibie a soumis des propositions auxquelles le gouvernement fédéral a répondu, par exemple dans les domaines de l’infrastructure, de l’énergie, de l’approvisionnement en eau et de la formation professionnelle.

Comment résoudre la question des restes humains en Allemagne ?

Un certain nombre d’ossements humains d’origine namibienne sont entreposés dans des musées et instituts de recherche allemands. Ils ont souvent été volés pendant l’époque coloniale et emportés en Allemagne sous prétexte de les examiner à des fins scientifiques, sans aucun respect pour la dignité humaine et les pratiques culturelles et religieuses. En 2011 et 2014, l’Allemagne a aidé le gouvernement namibien à retrouver, identifier et restituer des ossements. Le gouvernement fédéral attachant une grande importance à cette question dans le cadre du travail de mémoire, il est en contact avec le gouvernement namibien pour poursuivre les restitutions afin que des inhumations dans la dignité puissent avoir lieu.

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