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« La plus grande surprise, ça a été la canicule »

L’ambassadeur du Nigéria Yusuf Tuggar faisant du vélo à Berlin

L’ambassadeur du Nigéria Yusuf Tuggar faisant du vélo à Berlin, © Privé

14.09.2018 - Article

Perçoit-on l’Allemagne différemment quand on y vit ? Oui, estime l’ambassadeur du Nigéria Yusuf Tuggar qui nous parle de l’humour, des élections et des guêpes au pays de Goethe.

« Il me faut d’abord dire que je m’étais déjà souvent rendu en Allemagne avant d’y être nommé ambassadeur en août 2017 et d’y vivre. J’avais donc une certaine idée du pays mais je n’en avais pas une vision précise. Mes idées sur l’Allemagne se sont précisées au fur et à mesure de mes visites et de mes échanges avec des Allemands. Or ces idées ont beaucoup évolué depuis que je vis ici.

Les Allemands ont suffisamment confiance en eux pour se moquer d’eux-mêmes.

J’ai d’abord dû me défaire de l’idée selon laquelle les Allemands auraient une forme d’humour particulière, qui serait très différente d’autres parties du monde. Au début, j‘évitais de faire des plaisanteries par crainte des faux-pas. Mais j’ai vite compris que j’ai le même sens de l’humour que beaucoup d’Allemands. Nombre d’étrangers pensent aussi que les Allemands se prennent trop au sérieux. Ils ne voient pas que ces derniers ont un grand sens de l’ironie et suffisamment confiance en eux pour se moquer d’eux-mêmes.

Les élections au Bundestag et le marathon

Avant de vivre en Allemagne, je n’appréciais pas à sa juste valeur le système du consensus en politique, notamment pour former le gouvernement. Je suis arrivé juste avant les élections au Bundestag de 2017 et j’ai suivi les longues négociations qui ont conduit au gouvernement de coalition. J’ai été surpris de la décontraction avec laquelle les gens abordaient le jour des élections. C’était également le jour du marathon de Berlin et cela n’a pas eu d’impact sur la participation électorale, ni gêné le déroulement d’autres manifestations.

L’un des mots allemands les plus intéressants est Gemeinwesen (le vivre ensemble).

Je savais bien entendu que l’Allemagne était le pays de Porsche, BMW et Mercedes, un pays prospère. Mais la modestie des Allemands vient contrebalancer cette impression de »luxe« . J’ai compris que le sentiment dominant découle largement du modèle de la collectivité, du vivre ensemble qui prévaut sur l’intérêt individuel. Je pense donc que »Gemeinwesen« est l’un des mots allemands les plus intéressants que je connaisse.

L’Allemagne est un creuset européen

Plus je voyage en Allemagne et plus je découvre des points communs avec ma patrie, le Nigéria, en matière de taille et de diversité. Le Nigéria a une superficie de 923 000 km² et se compose de 36 États fédéraux ; sa végétation va de celle du Sahel aux mangroves sur la côte en passant par des pâturages, des zones boisées et des forêts tropicales. La différence entre certains länder allemands est parfois énorme. Je m’en rends compte lorsque je me rends par exemple d’Usedom, sur la Baltique, à Baden-Baden en bordure de la Forêt-Noire. Chaque land, chaque région a ses particularités issues de l’Histoire et des migrations, marquées par l’émergence et la disparition de royaumes et d’États.
On comprend que l’Allemagne est un véritable creuset européen quand on réfléchit à cette diversité, ce qui se reflète dans des noms de famille aux consonances françaises, italiennes, tchèques – pour n’en citer que quelques-unes. Mais, malgré cette diversité, il existe une identité allemande qui va au-delà de la langue. Avant, je pensais que l’allemand était partout le même, même avec ses dialectes différents, jusqu’à ce que, après un certain temps passé en Allemagne, je sois allé en Suisse où mes oreilles peu exercées reconnaissaient les différences dans l’intonation et la diction.
Dans les années 1970, encore adolescent, j’avais visité Francfort et son aéroport. Ce n’est qu’après mon déménagement en Allemagne que j’ai pris conscience de la mutation perpétuelle de la ville. Une ville de 700 000 habitants dont la population fait plus que doubler aux heures de bureau, c’est vraiment remarquable. Ce qui est encore plus remarquable, c’est que des habitants de 180 nations différentes y cohabitent.

»La plus grande surprise, ça a été la canicule«

La plus grande surprise depuis que j’habite en Allemagne a peut-être été la canicule, même si l’on me dit que cet été a été exceptionnel. Récemment, j’ai quitté la capitale nigériane, Abuja, sous les nuages et suis revenu dans un Berlin sensiblement plus chaud. Pourtant, six mois plus tôt, j’y avais marché sur un lac gelé. Cela m’a incité à réfléchir au réchauffement mondial et au changement climatique. Je pensais que l’Allemagne n’avait pas besoin de climatisation. J’ai changé d’avis depuis. J’aurais besoin de plus d’une climatisation, sans oublier d’une tapette pour me défendre contre les guêpes quand je mange dehors.

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