Willkommen auf den Seiten des Auswärtigen Amts

Albert Ballin, empereur des mers

Le navire à vapeur « Albert Ballin »

Le navire à vapeur « Albert Ballin », © arkivi

25.05.2018 - Article

Il y a 100 ans mourait Albert Ballin, directeur général de la compagnie maritime HAPAG, à Hambourg. Cet entrepreneur de génie, ami de l’empereur Guillaume II, était le brillant représentant d'une époque qui prendra fin avec la Première Guerre mondiale.

Il avait donné son nom au premier fleuron mis à l’eau par la HAPAG, la célèbre compagnie maritime de Hambourg, après la Seconde Guerre mondiale. Mais aujourd’hui, le souvenir d’Albert Ballin (1857-1918) s’est effacé. Il a sombré dans les profondeurs de la mémoire collective. Et cela n’aurait sans doute pas déplu à cet armateur phare de l’Empire allemand qui fut l’un des plus brillants acteurs de l’ambition maritime de l’Allemagne de Guillaume II. Albert Ballin, entrepreneur de génie à la personnalité chatoyante, ami personnel de l’Empereur et diplomate à ses heures, avait fait de la mer le centre de sa vie.

Albert Ballin (1857-1918) sur l’un de ses paquebots, vers 1900
Albert Ballin (1857-1918) sur l’un de ses paquebots, vers 1900© IMAGNO

Il n’y semblait pas prédestiné, pourtant. Treizième et dernier enfant d’un entrepreneur juif émigré du Danemark, il n’a que 17 ans lorsque son père meurt en 1874. Il doit reprendre l’agence pour l’émigration fondée par ce dernier en 1852 pour aider les Européens désireux de chercher fortune outre-Manche ou outre-Atlantique à s’embarquer. Immédiatement, Albert Ballin fait des miracles. Le jeune homme est un brillant organisateur, un négociateur habile, un homme au contact facile et un excellent communicant. Mais surtout, il déborde d’idées novatrices qui vont rapidement lui permettre de révolutionner le transport maritime de passagers.

Le filon de l’émigration

Dans les années 1880, alors que le nombre de candidats à l’émigration augmente, Albert Ballin transforme en profondeur les conditions de la traversée vers les États-Unis. Au lieu d’être confinés sur le pont central de paquebots destinés à des passagers plus riches, de première ou de seconde classe, dans des conditions difficiles, les émigrants embarquent désormais sur des navires qui leur sont entièrement destinés. À bord, l’espace est optimisé : pièces multi-usages, absence de cabines permettant de stocker du fret, etc. Les émigrants ont désormais accès à l’air libre. La traversée est plus rapide, plus confortable et... moins chère que la concurrence. Car le retour vers l’Europe est utilisé pour transporter du fret. Un nouveau modèle économique est né. Et bientôt, Albert Ballin sera l’inventeur de la troisième classe.


Espace de tentations
Espace de tentations© Musée des émigrants, Cité Ballin, Hambourg

Mais l’entrepreneur ne s’arrête pas là. Il se rend compte que ses bateaux ne sont pas rentables durant les mois d’automne et d’hiver car les conditions de la traversées sont plus difficiles et les émigrants moins nombreux. Il a alors l’idée de les utiliser différemment : pour proposer des voyages que l’on appellerait aujourd’hui « touristiques » vers la Méditerranée et l’Orient. Le concept de « croisière » est né. Cela permet à Albert Ballin de se développer auprès de la clientèle issue de la bourgeoisie, qui formait le gros des passagers avant l’afflux d’émigrants.

L’expansion maritime de l’Empire allemand

D’idée novatrice en intuition de génie, Albert Ballin fait prospérer son entreprise… et intéresse la concurrence. En 1882, il capte 17 % du marché du transport d’émigrants à Hambourg. Une part substantielle qu’il dispute à la compagnie HAPAG. Un accord est négocié entre les deux compagnies. Il se conclut par l’embauche de Ballin par HAPAG. Et celui-ci grimpe très vite les échelons. À 29 ans, il est chef de département, à 31 ans, membre de la direction avant d’être nommé directeur général. C’est lui qui fera de la HAPAG la première compagnie maritime mondiale avant la Première Guerre mondiale.

Albert Ballin incarne ainsi mieux que quiconque l’expansion maritime de l’Empire allemand des années 1880-1910 sous sa forme civile. Il est d’ailleurs un ami personnel de l’Empereur, lui-même passionné par l’aventure maritime. Et, fort de ses compétences et de ses innombrables contacts, il tente de l’influencer, plaidant notamment pour un rapprochement avec l’Angleterre. Car il en est convaincu : si l’Allemagne vient concurrencer cette dernière sur son terrain de prédilection, il y a de la place pour tout le monde…

Fin d’un monde

Albert Ballin échouera dans sa volonté d’influer sur la politique de l’empereur, dont l’autoritarisme est bien connu. Avant la guerre, il ne parviendra pas à empêcher la course à l’armement. Pendant le conflit, il ne parviendra ni à dissuader les États-Unis d’entrer en guerre, ni à décourager Guillaume II de mener une guerre sous-marine totale.

La fin de la Première Guerre mondiale et l’abdication de Guillaume II marquent ainsi pour lui la fin d’un monde – la fin de son monde. Le 9 novembre 1918, quelques heures avant la proclamation de la République au balcon du Reichstag, on le trouve inanimé chez lui, après l’ingestion d’un cocktail des nombreux somnifères que ce grand nerveux hyperactif avait l’habitude de prendre. Un suicide, vraisemblablement.

A.L.

Plus d’informations :

Musée des émigrants – Cité Ballin, Hamburg (en anglais et allemand)