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Le secret de la foret

Le secret de la foret

Le secret de la foret, © picture alliance/dpa

17.05.2018 - Article

Les Allemands et la forêt, une relation intime depuis toujours. Aujourd’hui, l’auteur et écrivain Peter Wohlleben nous présente un nouveau regard sur ce lieu mythique.

Peter Wohlleben, 1,98 mètre, mince, barbu, caresse le tronc du hêtre contre lequel il s’appuie. En cas d’orage, les hêtres sont eux aussi dangereux, même si un proverbe paysan affirme le contraire, dit-il. Le film d’eau qui recouvre l’écorce est conducteur d‘électricité. Contrairement au chêne, le tronc d’un hêtre frappé par la foudre ne présentera donc pas de fissure. Peter Wohlleben regarde le ciel, le vent fraîchit et pousse des nuages sombres au-dessus de la forêt, sa forêt. Il remarque en souriant : « Pour beaucoup, les arbres sont là pour donner de l’ombre et de l’oxygène, purifier l’eau et fournir du bois, mais personne ne se rend compte que ce sont des êtres vivants extraordinaires. » Peter Wohlleben est garde-forestier dans la petite commune de Hümmel dans l’Eifel et auteur des best-sellers « Das geheime Leben der Bäume » (La vie secrète des arbres) et « Das Seelenleben der Tiere » (La vie secrète des animaux). Des licences ont été vendues dans le monde entier. « Le succès m’a autant surpris que les autres », confie-t-il. En cherchant avec sa femme son livre sur les arbres en librairie peu après sa parution, c’est au rayon ésotérisme qu’ils l’ont trouvé. Il s‘en amuse.

Peter Wohlleben se penche et ramasse une feuille sur le sol recouvert de feuilles mortes. « En fait, c’est du papier toilette que nous foulons. Avant l’arrivée de l’hiver, l’arbre se débarrasse des substances devenues inutiles qui tombent alors avec les feuilles mortes. » Il cite même Peter Maffay : « Et quand je disparais, il ne disparaît qu’une part de moi-même », ajoutant que ce vers du chanteur allemand pourrait avoir été écrit par un arbre. Effectivement, l’arbre mort est indispensable au cycle de vie de la forêt : pendant des siècles, il a extrait des nutriments du sol, les a stockés dans les branches et l’écorce. « C’est donc un précieux trésor pour ses enfants », constate le garde-forestier.

On dit souvent que Peter Wohlleben a rendu la forêt aux Allemands. Les Allemands et leur forêt, une fois encore. Goethe, Tieck, Eichendorff, tous ont dit leur ravissement. Ce n’est que sous un toit de feuilles que l’homme s’humanise, écrivait Ludwig Tieck au sujet de la forêt comme refuge. Peter Wohlleben organise depuis vingt ans des visites en forêt, montrant, expliquant, racontant. Les gens aiment les histoires, ils aiment les sentiments. Le discours anthropomorphiste de Wohlleben a fait ses preuves depuis longtemps. En fait, il ne rend pas la forêt aux Allemands, il leur explique plutôt l’arbre afin qu’ils comprennent mieux la forêt. Il ne demande pas, comme les romantiques, ce que la forêt peut faire pour le salut de notre âme, mais ce que nous pouvons faire, nous, pour le salut de la forêt.

Dans plusieurs émissions télévisées, le public a pu apprécier un homme sympathique, doué d’un humour subtil et capable de communiquer des connaissances scientifiques dans un langage simple. Peter Wohlleben compare souvent les champignons aux câbles en fibres de verre. « Ils couvrent le sol de la forêt et transmettent parfois des signaux électriques, distribuant aussi des solutions glucosées. Une petite cuillère de sol forestier contient plusieurs kilomètres de ces fils ultrafins. » Cette structure en réseau s’appelle Wood Wide Web, un terme scientifique.

Selon lui, les arbres savent même compter. Même s’il y a déjà quelques chaudes journées au mois de mars, les arbres attendent avant de bourgeonner. Pourquoi ? À cause du risque de gelées tardives. « L’Université technique de Munich a constaté que les arbres comptent les jours où la température dépasse 20 °C. Ils ne bourgeonnent qu’au-delà d’un certain nombre de jours. » Peter Wohlleben n’est pas ésotérique, c‘est un esprit éclairé.

Lorsqu’il travaillait encore pour le service des eaux et forêts, il optimisait les plantations. Sa tâche consistait à exploiter la forêt : dans sa tête, les arbres se transformaient en planches. Chaque jour, il évaluait hêtres, épicéas, chênes et sapins en fonction de leur valeur marchande. Quels arbres pourraient devenir un bois précieux pour les marqueteurs ? Lesquels n’étaient bons qu’au bois de chauffage ? Il ne voyait pas dans les arbres ce qu’ils étaient mais ce qu’ils pourraient devenir.

Sur le plan économique, le plus grand inconvénient de la forêt est sa lenteur. Il faut une éternité pour qu’un arbre atteigne une belle hauteur. Le rythme de la nature ne convient guère à notre époque. Le garde-forestier intervient donc pour donner plus de lumière aux jeunes arbres ombragés par les plus anciens afin que leurs troncs grossissent plus rapidement et qu’ils puissent être abattus. Cela s’appelle officiellement rajeunir la forêt, mais c’est en fait du « déboisement », dit Peter Wohlleben. Une chose inimaginable dans sa forêt. Dans le temps, il souffrait de voir l’efficacité, la flexibilité et la maximisation du profit dicter son rapport à la nature. Cet homme né en 1964, marié et père de deux enfants, a donc démissionné en 2006. Son employeur actuel, la commune de Hümmel, est comme lui convaincu qu’une exploitation douce de la forêt et les bénéfices ne s’excluent pas. Assis dans sa cuisine, Peter Wohlleben raconte qu’il pourrait aujourd’hui parcourir toute l’Allemagne pour donner une conférence chaque soir. Mais le temps lui manque. Car Peter Wohlleben est avant tout le gardien de sa forêt. ▪

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Correction par Allemagne Diplomatie

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