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Exposition : de la peur d’être enterré… vivant

24.04.2018 - Article

C’est un débat qui a hanté les esprits pendant un siècle à partir de 1750 : comment être sûr qu’un mort est bien mort ? Le CHU de la Charité, à Berlin, propose une exposition sur ce thème et sur ses prolongements contemporains.

Christoph Wilhelm Hufeland (1762‐1836), éminent médecin allemand du 19e s. et protagoniste du débat sur la mort apparente, se fit connaître par son ouvrage « L’art de prolonger la vie humaine » (1796)
Christoph Wilhelm Hufeland (1762‐1836), éminent médecin allemand du 19e s. et protagoniste du débat sur la mort apparente, se fit connaître par son ouvrage « L’art de prolonger la vie humaine » (1796)© www.charite.de/Wiebke Peitz

À quoi reconnaît-on un mort ? Comment être sûr que la vie l’a quitté ? Si aujourd’hui, la mort répond à des définitions précises (absence de pouls, mort cérébrale), il n’en a pas toujours été ainsi. De 1750 au milieu du XIXe siècle, la peur d’être enterré vivant a même hanté les esprits à travers toute l’Europe. Le Musée d’histoire de la médecine de Berlin (BMM), au CHU de la Charité, revient sur ce phénomène et sur ses implications médicales et sociales dans une exposition qui ouvre ses portes ce samedi.

C’est à un médecin français que l’on doit d’avoir semé le doute en Europe. En 1745, Jean-Jacques Bruhier publiait sa « Dissertation sur l’incertitude des signes de la mort et l’abus des enterremens et embaumemens précipités ». Il s’y livrait à un catalogue de récits de morts apparentes, c’est-à-dire de cas de défunts dont on aurait constaté a posteriori qu’ils étaient en réalité morts après leur enterrement. Un frisson s’est alors emparé des sociétés européennes : « comment être sûr que cela ne m’arrivera pas ? »

Morgue, et croquemorts

On connaît la pratique du miroir placé devant la bouche pour vérifier l’extinction du souffle. On connaît aussi le « croquemort », qui était chargé de mordre l’orteil du défunt pour s’assurer qu’il ne réagissait plus. Mais l’on n’imagine pas – loin s’en faut – l’inventivité de nos ancêtres lorsqu’il s’est agi de conjurer la peur de se réveiller dans un cercueil !

C’est toute l’originalité de cette exposition. Aux XVIIIe et XIXe siècles, tout y est passé pour tenter de ramener à la vie les prétendus morts-vivants : clystères, ventouses, saignées, sonneries de trompette dans les oreilles, trépanations mais aussi des pratiques à la limite de la barbarie (courant électrique, coup de couteau dans le cœur ou dans l’œil). On a aussi songé que l’être humain n’avait pas seulement un corps, mais aussi une personnalité… Et l’on a, par exemple, tenté de réveiller un avare défunt en lui…volant de l’argent dans son portefeuille.

Pour les médecins, toute expérimentation était bonne, et susceptible de faire avancer la science. C’est notamment le cas des expériences réalisées avec l’électricité naissante. L’idée n’était pas absurde : et si l’on pouvait réveiller la vie avec ces électrons tout juste découverts ?

Il ne s’agissait pas, toutefois, seulement d’expérimentation. La peur était bien trop ancrée, tenace. On vit alors apparaître un peu partout des établissements d’un nouveau genre : les morgues. Les présumés défunts y étaient déposés le temps de s’assurer de leur mort. Ils avaient les pieds et les mains attachés à des cordons reliés à des clochettes et à des réveils. Au cas où… Mais, apprend-on dans l’exposition, pas une seule fois un mort ne s’est réveillé…

L’innovation jusque dans le cercueil

Christian H. Eisenbrandt fut le premier, en 1843, à faire breveter ce cercueil censé permettre le maintien de la vie en cas de mort incertaine.
Christian H. Eisenbrandt fut le premier, en 1843, à faire breveter ce cercueil censé permettre le maintien de la vie en cas de mort incertaine.© U.S. National Archives, Washington, DC

Les fabricants de cercueils furent plus inventifs encore. Ils conçurent des bières dotées d’aération et d’un système d’alerte qui permettrait aux « faux morts », enterrés par mégarde, d’attirer l’attention sur leur « résurrection ». On n’est jamais trop prudent…

Tout cela montre une chose : pour nos ancêtres aussi, la mort était source d’effroi. Mais il serait erroné de croire que les angoisses autour de la définition de la mort ont disparu. Le parcours de l’exposition nous ramène en effet jusque dans le présent. Avec ses débats autour de la mort cérébrale et du prélèvement d’organes, par exemple.

A.L.

Exposition „Scheintod. Über die Ungewissheit des Todes und die Angst, lebendig begraben zu werden“
(lit. : Mort apparente. Sur l’incertitude de la mort et la peur d’être enterré vivant)
Musée d’histoire de la médecine de Berlin (BMM), CHU de la Charité,
du 21 avril au 18 novembre 2018

Plus d’informations :

Musée d'histoire de la médecine de Berlin (BMM), CHU de la Charité (en allemand)

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