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Peter Handke, l’enfant terrible nobélisé

L’écrivain autrichien Peter Handke s’est vu décerner hier le Prix Nobel de littérature

L’écrivain autrichien Peter Handke s’est vu décerner hier le Prix Nobel de littérature, © www.picturedesk.com

11.10.2019 - Article

Virtuose du langage et dramaturge à succès, l’écrivain autrichien s’est vu décerner hier le Prix Nobel de littérature 2019.

Dix ans après Herta Müller, quinze ans Elfriede Jelinek et vingt ans après Günter Grass, le Prix Nobel de littérature récompense à nouveau cette année un auteur de langue allemande. L’Autrichien Peter Handke a été distingué hier par l’Académie suédoise aux côtés de l’auteure polonaise Olga Tokarczuk (qui reçoit le Prix pour l’année 2018). Auteur d’environ 80 romans, essais et pièces de théâtre, il est salué comme un virtuose du langage aux positions politiques parfois controversées.

Peter Handke est né en 1942 dans un village de Carinthie. Il fait ses débuts littéraires en 1966 avec « Les frelons », après avoir interrompu ses études de droit. Rapidement, il accède à la notoriété. Provocateur, il choque en s’adressant aux écrivains germanophones de l’éminent « Groupe 47 » lors d’un congrès à Princeton (États-Unis) pour leur reprocher leur « impuissance à décrire ». Puis il fait une entrée retentissante sur la scène théâtrale avec la pièce « Outrage au public » (1966) où il prend les spectateurs à partie. Succès garanti. Mais à peine quelques années plus tard, cet « enfant terrible » émeut en adressant à sa mère, qui s’est suicidée, un saisissant requiem, « Le Malheur indifférent » (1972).

Virtuose de la langue à l’écoute de la sensation

Auteur d’une quarantaine de romans, essais et recueils, Peter Handke est également l’un des auteurs de langue allemande les plus joués au théâtre
Auteur d’une quarantaine de romans, essais et recueils, Peter Handke est également l’un des auteurs de langue allemande les plus joués au théâtre. Ici, la pièce « L'Heure où nous ne savions rien l'un de l'autre » mis en scène au Thalia Theater de Hambourg en 2015© Picture Alliance

Écrivain de la « sensation vraie », cinéaste de l’instant et virtuose du langage, Peter Handke devient rapidement l’un des auteurs de langue allemande les plus lus et les plus joués dans le monde. L’Académie suédoise loue un « héritier de Goethe » dont l’œuvre « forte d’ingénuité linguistique a exploré la périphérie et la singularité de l’expérience humaine ».

La ministre allemande de la Culture, Monika Grütters, salue, de son côté, « un grand artiste et un habile ciseleur de la langue qui trouve souvent le monde extérieur dans les petites choses ». Certains de ses romans tels que « L’angoisse du gardien de but au moment du pénalty » sont devenus des classiques étudiés au lycée, rappelle-t-elle. Et ses scénarios ont produit des films à succès comme « Les ailes du désir » de Wim Wenders.

C’est « depuis longtemps un classique, le dernier prince des poètes », abonde le quotidien « Stuttgarter Nachrichten ». « Peu d’écrivains ont eu autant d’influence sur les générations suivantes » que « ce solitaire », ajoute le « Süddeutsche Zeitung ».

« Pop star, prophète, provocateur »

Mais l’enfant terrible devenu un classique n’en a pas moins gardé le goût de la provocation. Ses positions tranchées, et parfois controversées, lui ont valu de nombreux ennemis. Peter Handke s’est lui-même dit « étonné » de la décision « courageuse » du jury du Prix Nobel… car il avait lui-même vertement critiqué le Prix Nobel de littérature en 2014.

Mais ce sont ses positions résolument pro-serbes durant la guerre en ex-Yougoslavie qui provoquent surtout la polémique. L’attribution du Prix Nobel à l’écrivain installé à Chaville, en région parisienne, depuis 1990 a d’ailleurs suscité une forte irritation en Bosnie, en Albanie et au Kosovo.

« Peter Handke ne s’est jamais soumis à l’esprit du temps, il est toujours resté un artiste de la contradiction inconfortable, comme disait [l’écrivain allemand du XVIIIe et XIXe siècle] Jean Paul », a reconnu Mme Grütters. « Il a brisé certains tabous ».

C’est une « une pop star, un prophète et un provocateur », loue le quotidien « Frankfurter Allgemeine Zeitung ». C’est « le meilleur ennemi », le félicite le « Spiegel Online ». « L’un des plus grand écrivains vivant doublé d’un personnage brillant et controversé », renchérit « Die Welt ».

Le journal de gauche « Tageszeitung » (taz) est peut-être celui qui résume le mieux l’impression générale : « Il est peut-être discutable d’un point de vue politique. Mais du point de vue de l’histoire littéraire, son œuvre perdurera ».

A.L.

Plus d’informations :

Déclaration de Monika Grütters, ministre allemande déléguée à la Culture (en allemand)
Comité Nobel : biographie et  interview de Peter Handke (en anglais)

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