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Et les peintres découvrirent la dure réalité sociale…

À g. : Conrad Felixmüller (1897-1977), Zeitungsjunge, 1928, Huile sur toile, Lindenau-Museum Altenburg; À dr. : Werner Scholz (1898-1982), Am Bülowbogen, um 1930, Lithographie en couleur (Leihgabe aus Privatbesitz, Hamburg)

À g. : Conrad Felixmüller (1897-1977), Zeitungsjunge, 1928, Huile sur toile, Lindenau-Museum Altenburg; À dr. : Werner Scholz (1898-1982), Am Bülowbogen, um 1930, Lithographie en couleur (Leihgabe aus Privatbesitz, Hamburg), © VG Bild-Kunst, Bonn 2019/Berlinische Galerie – Landesmuseum für Moderne Kunst, Fotografie und Architektur

10.10.2019 - Article

Le musée Käthe Kollwitz de Cologne présente jusqu’au 5 janvier plus d’une centaine d’œuvres de la Sécession berlinoise des années 1890 aux années 1930. Un seul thème en toile de fond : la critique sociale.

En 1877, Berlin fêtait son premier million d’habitants. En 1905, elle en comptait deux fois plus. Période de faste et d’industrialisation, le tournant du XXe siècle eut cependant son revers : l’afflux dans les métropoles d’un prolétariat, souvent venu des campagnes, aux conditions de vie et de travail misérables. Ainsi, les artistes berlinois furent les premiers à s’intéresser à cette nouvelle réalité sociale. Non sans grincements de dents. Jusqu’au 5 janvier 2020, le musée Käthe Kollwitz de Cologne nous invite à découvrir leur passionnant travail dans le cadre de l’exposition « Le réalisme berlinois. De Käthe Kollwitz à Otto Dix ».

Réalisme berlinois

Le musée présente quelque 130 toiles, dessins, gravures, affiches, mais aussi photos ainsi que deux films. Ils couvrent une vaste période allant des années 1890 à la prise de pouvoir des nazis au début des années 1930. On y croise tout d’abord les initiateurs de la Sécession berlinoise Käthe Kollwitz, Heinrich Zille et Hans Baluschek.

Puis apparaît une deuxième génération marquée par la Première Guerre mondiale et la République de Weimar : Otto Nagel, Conrad Felixmüller, Werner Scholz, Otto Dix, Georg Grosz et John Heartfield.

Enfin, l’exposition s’enrichit du travail des photographes, voire de cinéastes réalistes. Ils se nommaient August Sander, Friedrich Seidenstücker et Ernst Thormann. Ils étaient animés par la volonté de mettre en lumière la misère sociale, notamment après la crise d’hyperinflation de l’automne 1922 et la Grande dépression de 1929.

De la chronique à la critique sociale

Käthe Kollwitz (1867-1945), Arbeiter vom Bahnhof kommend , (Bahnhof Prenzlauer Allee) 1897–1899, pinceau aquarelle
Käthe Kollwitz (1867-1945), Arbeiter vom Bahnhof kommend , (Bahnhof Prenzlauer Allee) 1897–1899, pinceau aquarelle© Käthe Kollwitz Museum Köln

Les premiers sont les plus novateurs puisqu’ils inventent tout simplement la réalité sociale comme motif artistique. Ils vont à contre-courant d’une époque dans laquelle l’empereur Guillaume II dénonce sans prendre de gants l’art « qui descend dans le caniveau » au lieu d’« élever » et « d’éduquer le peuple ». Ils observent la misère sociale, la faim, les difficiles conditions de travail et de logement. Ils la peignent. Ils témoignent. Leur visée n’est pas politique.

En 1914, la Première Guerre mondiale éclate. C’est un tournant. Beaucoup n’ont pas d’expérience directe du front. Mais le conflit les confronte à des interrogations existentielles. Käthe Kollwitz, par exemple, perd son fils de 18 ans. Engagé volontaire, il est tué en Belgique au début des hostilités. Willy Jaeckel, de son côté, n’a pas encore rejoint les tranchées. Mais il en imagine toute l’horreur, lui, le pacifiste.

Otto Dix, en revanche, a interrompu ses études pour rejoindre le front en tant que volontaire. « Je suis un tel réaliste que j’ai besoin de tout voir de mes yeux pour m’assurer que les choses sont bien telles qu’elles sont », écrira-t-il en 1963. Ses dessins et esquisses sont animés d’une dynamique expressive. Ils commencent par viser la catharsis, puis ils se muent en peintures grotesques de la souffrance.

En 1918, la révolution de novembre abolit la monarchie. Elle suscite tous les espoirs. Mais elle crée simultanément une agitation persistante qui est redoutée, particulièrement dans les grandes villes. Käthe Kollwitz, par exemple, participe à la manifestation qui aboutit à la proclamation de la République. Elle livre ses impressions d’élan et d’euphorie. À l’inverse, Arthur von Kampf peint une affiche intitulée « Votez communiste ! ». Le ton est plutôt menaçant.

L’atmosphère générale change. Dans le Berlin de la République de Weimar, les peintres réalistes ne font plus passer l’intention politique au second plan. La lutte pour l’influence politique se mêle à la lutte pour de meilleures conditions de travail.

Car ces années sont marquées par des vagues de misères inédites lors de l’hyperinflation de 1922-1923 et de la Grande Dépression de 1929. L’emploi perdu est souvent le premier barreau d’une échelle du désespoir qui mène à la pauvreté, à la maladie, à la prostitution et à la vie dans la rue (il faut attendre 1927 pour que se mette en place un embryon d’assurance-chômage). George Grosz s’en fait l’écho aux côtés d’Otto Nagel ou de Conrad Felixmülle. Ils privilégient de plus en plus l’angle de la critique sociale.

Plusieurs, comme Otto Dix, Hans Baluschek, Heinrich Zille et surtout Käthe Kollwitz, s’attachent aussi à mettre en lumière le sort des femmes. Ils décrivent le désespoir des veuves et des orphelins. Ils peignent la misère, les contraintes sociales qui pèsent sur les femmes, le travail domestique. Et parfois la misère tout nue.

A.L.
Exposition « Le réalisme berlinois. De Käthe Kollwitz à Otto Dix »
(« Berliner Realismus. Von Käthe Kollwitz bis Otto Dix »)
À voir au musée Käthe Kollwitz de Cologne jusqu’au 5 janvier 2020

Plus d'informations :

Musée Käthe Kollwitz de Cologne (en français, anglais, allemand)

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