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Markus Lüpertz, un peintre au cinéma

Markus Lüpertz à Munich où vient de s‘ouvrir une rétrospective consacrée à son œuvre (« Markus Lüpertz. Vers l’image via l’art », Haus der Kunst, jusqu’au 26 janvier 2020)

Markus Lüpertz à Munich où vient de s‘ouvrir une rétrospective consacrée à son œuvre (« Markus Lüpertz. Vers l’image via l’art », Haus der Kunst, jusqu’au 26 janvier 2020), © dpa

19.09.2019 - Article

Le musée Haus der Kunst de Munich consacre jusqu’au 26 janvier 2020 une vaste rétrospective à Markus Lüpertz, l’une des grandes figures de la peinture allemande de l’après-guerre. Riche de 200 œuvres, elle explore pour la première fois sa relation au cinéma.

Chapeau et barbichette blanche, costume trois pièces à pochette et canne à pommeau en argent : on repère de loin sa silhouette de dandy. Markus Lüpertz l’assume : il soigne son apparence. Tout comme il revendique son statut de « génie ». C’est un personnage que cet autodidacte de 78 ans : bohème, stylé, provocateur, excentrique. Un « prince de l’art » à la mode du XIXe, disent les critiques d’art. Mais aussi un artiste qui compte parmi les grandes signatures de l’art allemand du dernier demi-siècle. Le musée Haus der Kunst de Munich lui consacre depuis quelques jours une vaste rétrospective.

Plus de 200 dessins, toiles et sculptures sont à découvrir jusqu’au 26 janvier 2020 sous le titre « Markus Lüpertz. Vers l’image via l’art ». Ils proviennent pour la plupart de grandes collections allemandes ou étrangères et embrassent une vaste période (1963-1980 et de l’an 2000 à aujourd’hui). Ils illustrent « la force vitale de l’antique médium qu’est la peinture ». « Peindre est pour moi un réflexe, comme le fait de respirer », soulignait récemment Markus Lüpertz dans une interview. « Je ne peux pas vivre sans peindre ».

L’une des grandes signatures de l’après-guerre

Vue de l’exposition , Haus der Kunst, 2019
Vue de l’exposition , Haus der Kunst, 2019© VG Bild-Kunst, Bonn 2019, Photo: Maximilian Geuter

L’exposition met l’accent sur la période de jeunesse. Markus Lüpertz s’installe à Berlin-Ouest comme artiste indépendant au début des années 1960. C’est une époque où l’avenir est une page blanche pour les artistes ouest-allemands. Tout est à réinventer. Et beaucoup vont chercher du côté de l’abstraction de nouveaux moyens d’expression pour créer une épopée objective. Pas Markus Lüpertz.

Tout comme Georg Baselitz peint des soldats et des peintres en anti-héros (cycle « Helden », 1965/66), il peint une série de casques et des toiles monumentales entre 1968 et 1970. Mais sa peinture reste néo-figurative et elle déclenche la controverse. Il est accusé d’être réactionnaire. Simultanément, ses « motifs allemands » chargés de symboles qui rappellent le douloureux passé le propulsent en peu de temps au faîte de la célébrité.

Au fil des années, Markus Lüpertz n’a pas, comme la plupart de ses pairs (Polke, Richter, Baselitz), créé un style immédiatement reconnaissable. Sa peinture naît toute entière d’une nécessité intérieure. Elle reste étrangère à toute stratégie, artistique ou de marketing. Mais elle déploie une force de rayonnement. Un style que l’on a souvent décrit comme « néoexpressionniste ».

À Munich, on en découvre aussi un aspect nouveau, qui était passé inaperçu : sa parenté avec le 7e art. La commissaire de l’exposition, la critique de cinéma américaine Pamela Kort, montre pour la première fois l’influence du grand écran sur l’œuvre de jeunesse de l’artiste. Selon elle, Markus Lüpertz a tout simplement « essayé de mettre les images en mouvement » lorsqu’il a peint des séries dans les années 1960.

Mettre les images en mouvement

De fait, confirme l’artiste, le cinéma a été pour lui un refuge dans le Berlin-Ouest triste, blessé par la Guerre froide et en pleine reconstruction de cette époque. « On pouvait venir s’y réchauffer pour deux marks », dit-il. En outre, les salles obscures offraient « une gigantesque surface de projection aux rêves ». Le jeune homme s’est passionné pour les westerns de John Ford et le cinéma d’auteur d’Alain Resnais ou Jean-Luc Godard.

Mais peut-on expliquer la peinture ? Markus Lüpertz est réticent. Il voit dans ce rapprochement avec le cinéma « une possibilité. Mais, expliquait-il récemment dans une récente interview à la Süddeutsche Rundfunk, »je suis un peintre qui crée des images. Et l’image naît dans l’œil du spectateur. L’objectif est d’enfermer le moins possible son regard pour qu’il puisse laisser libre cours à son imagination. […] Une image n’est pas un dogme. C’est une tentation, une question« .

L’artiste qui affirme cela parle en expert. Et, paradoxalement, il est intarissable quand il s’agit… d’expliquer l’histoire de l’art. Car Markus Lüpertz a enseigné la peinture à Karlsruhe de 1974 à 1986. Puis, il a été pendant vingt ans (1988-2009) recteur de l’Académie des Beaux Arts de Düsseldorf, l’une des plus prestigieuses écoles d’art d’Allemagne.

L’exposition vient d’ailleurs précisément le rejoindre à la fin de cette période de sa vie. Après avoir étudié l’œuvre de jeunesse, elle montre le glissement qui s’est produit dans sa peinture au cours des années 2000 : les personnages peuplant la toile ont soudain acquis une qualité sculpturale nouvelle. Ils sont nus, habités d’une geste antique. Ils semblent être l’expression d’un dialogue entre la peinture et la sculpture. Ils transposent la peinture dans l’espace. C’est une innovation, explique l’exposition, qui s’inspire du film d’Alain Resnais »L’année dernière à Marienbad « .

A.L.

Exposition »Markus Lüpertz. Vers l’image via l’art«
( »Markus Lüpertz. Über die Kunst zum Bild« )
Haus der Kunst à Munich jusqu’au 26 janvier 2020

Plus d'informations (en anglais/allemand)

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