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Le temps que durent les murs

Javier Téllez, Shadow Play, 2014. Installation vidéo, projection en 35mmmuet, noir et blanc, 10mn 56 s.

Javier Téllez, Shadow Play, 2014. Installation vidéo, projection en 35mmmuet, noir et blanc, 10mn 56 s., © Photo publiée avec l‘aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Peter Kilchmann

13.09.2019 - Article

30 ans après la chute du mur, le musée Martin Gropius de Berlin s’interroge dans une exposition sur les murs qui perdurent entre les hommes au XXIe siècle. Une exposition sur les divisions physiques, mais aussi sur tous les murs qui encombrent nos têtes.

Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin tombait. Le musée Martin Gropius, situé à deux pas des barbelés, était aux premières loges. Mais 30 ans plus tard, s’il rappelle en photos le souvenir de ces heures grisantes, c’est un autre thème qu’il a choisi de placer dans la lumière : celui des «  murs  » qui divisent toujours les hommes au XXIe siècle.

L’exposition, visible jusqu’au 19 janvier 2020, s’intitule «  Traverser des murs  » («  Durch Mauern gehen  »). Elle propose une réinterprétation contemporaine du thème du mur par 28 artistes des quatre coins du monde : Marina Abramović et Ulay, José Bechara, Sibylle Bergemann, Tagreed Darghouth, Jose Dávila, etc.

De 1989 à nos jours

Anri Sala, 1395 Days without Red, 2011, Vidéo HD et son 5.0 surround, 43mn 46 s. En cooperation avec Liria Bégéja, sur un projet original de Šejla Kamerić et Anri Sala en coopération avec Ari Benjamin Meyers.
Anri Sala, 1395 Days without Red, 2011, Vidéo HD et son 5.0 surround, 43mn 46 s. En cooperation avec Liria Bégéja, sur un projet original de Šejla Kamerić et Anri Sala en coopération avec Ari Benjamin Meyers.© Anri Sala, Šejla Kamerić, Artangel, SCCA/2011. Galerie Marian Goodman, Hauser & Wirth, VG Bild-Kunst, Bonn 2019

«  Il n’y a pas si longtemps, la chute du mur de Berlin était considérée comme l’un des grands symboles de l’utopie au XXe siècle  », expliquent les commissaires, Sam Bardaoui et Till Fellrath. «  Mais dans la période récente, la montée de positions nationalistes radicales, du populisme et de nouvelles formes de ségrégation réelles et virtuelles n’ont cessé d’ouvrir la voie à des idéologies qui ont pour objectif de diviser  ».

L’exposition se veut «  une réponse moderne  » à ces évolutions. «  Le mur de Berlin est envisagé au-delà du contexte allemand  », expliquent encore les deux commissaires. «  Il sert de point de départ à une réflexion critique sur les conséquences émotionnelles, psychologiques et physiques de la division qu’elle soit réelle ou métaphorique. Il permet aussi de montrer les efforts qu’il faut faire pour dépasser celle-ci.  »

On l’aura compris : il est question de murs concrets, mais aussi des innombrables «  murs dans les têtes  » qui minent nos sociétés sans avoir besoin de frontières physiques. C’est ce qu’illustre, par exemple, le travail de l’artiste José Becharas «  Ok, Ok, Let’s Talk  » (2006). Il se compose de 50 tables de bois enchevêtrées dont semblent sortir deux chaises placées face à face. Mais la surface apparemment plane est constellée de brèches, de rupture, d’irrégularités. Impossible de rapprocher les chaises. Ce sont des lignes de partage invisibles qui rendent le dialogue impossible, semble nous dire l’artiste.

Il y a encore bien d’autres manières d’envisager les murs d’aujourd’hui. L’exposition nous invite à les découvrir. Sans oublier de replonger un peu dans le Berlin de 1989/1990 à travers des clichés de la photographe Sibylle Bergemann.

A.L.

«  Traverser des murs  » (Durch Mauern gehen)

Exposition au Musée Martin Gropius de Berlin jusqu’au 19 janvier 2020

Plus d'informations : Musée Martin Gropius (en anglais et allemand)

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