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Une légende de la satire

[À g.] Le Britannique, éd. du 18.7.1905, Caricature de W. Schulz ; [À dr.] Visite des Stahlhelm (association allemande d' anciens soldats du front sous la république de Weimar) aux fascistes (italiens), éd. du 2.12.1929

[À g.] « Le Britannique », éd. du 18.7.1905, Caricature de W. Schulz ; [À dr.] « Visite des Stahlhelm (association allemande d' anciens soldats du front sous la république de Weimar) aux fascistes (italiens) », éd. du 2.12.1929, © dpa

09.09.2019 - Article

Il y a 75 ans s’éteignait le magazine « Simplicissimus ». Il reste dans les mémoires comme le plus célèbre hebdomadaire satirique d’Allemagne et l’inénarrable chroniqueur de l’Empire de Guillaume II et de la République de Weimar.

Le rire ne meurt jamais. C’est encore plus vrai quand il explore les ressorts d’une époque en en démasquant les faux-semblants. Depuis 2014, l’hebdomadaire « Simplicissimus », légende de la satire politique en Allemagne, s’offre ainsi une seconde vie à l’ère numérique. La Fondation Weimar Klassik, la Bibliothèque Anna Amalia de Weimar et les archives littéraires de Marbach, trois des plus prestigieuses institutions culturelles du pays, se sont associées pour republier en ligne l’ensemble des numéros parus de 1896 à 1944 (lien ci-dessous). C’est une mine d’or pour les historiens. Et la preuve de l’aura qui continue d’entourer le célèbre journal 75 ans après sa disparition, le 13 septembre 1944.

« Simplicissimus », de flèches et de plumes

« Simplicissimus » est, en Allemagne, une référence inégalée en matière de satire politique. Un mythe, peut-être. En tout cas, le reflet aiguisé d’une époque qui court de l’Empire wilhelminien à la République de Weimar. Et un journal à succès porté par le talent de dessinateurs, journalistes et écrivains, dont plusieurs étaient des plumes célèbres : Thomas Theodor Heine, Karl Arnold, Olag Gulbransson, Wilhelm Schulz et Käthe Kollwitz pour le dessin, Hermann Hesse, Hugo von Hoffmannsthal, Erich Kästner, Heinrich et Thomas Mann, Robert Walser et Frank Wedekind pour l’écriture.
 

[À g.] Caricature de l'empereur Guillaume II, publiée dans le magazine Simplicissimus le 28.12.1908 ; [À dr.] Une mère avec ses enfants, dessin de Käthe Kollwitz publié dans le magazine Simplicissimus en 1924
[À g.] Caricature de l'empereur Guillaume II, publiée dans le magazine « Simplicissimus » le 28.12.1908 ; [À dr.] Une mère avec ses enfants, dessin de Käthe Kollwitz publié dans le magazine « Simplicissimus » en 1924© dpa

« Simplicissimus » est né à Munich de l’ambition d’Albert Langen. Cet éditeur francophile, qui avait vécu à Paris, s’inspira de l’hebdomadaire français « Gil Blas » : il décida de lancer une revue intitulée elle aussi d’après un autre roman picaresque, en l’occurence « Les Aventures de Simplicius Simplicissimus » de l’Allemand Hans Jakob Christoffel von Grimmelshausen.

Le premier numéro parut le 4 avril 1896. En bon stratège, Langen décida de tirer à des centaines de milliers d’exemplaires alors que les ventes ne dépassèrent pas quelques milliers. Mais quelques années plus tard, « Simplicissismus » s’était établi comme une référence de la satire.

Sa cible était la politique de Guillaume II, la morale bourgeoise, les églises, mais aussi les fonctionnaires et l’armée. « Simplicissimus » était craint autant qu’apprécié de ses lecteurs. Il fut donc souvent en butte à la censure. Mais il sut en faire une force, et donner aux procès qui lui étaient intentés une large publicité qui augmenta ses ventes.

Malgré sa popularité, ses 49 années d’existence furent tout sauf un long fleuve tranquille. Ainsi, il abandonna son rôle naturel d’opposition durant la Première Guerre mondiale, puis à partir de 1933, cédant à la pression violente des nazis.

Entre les deux, il sut toutefois se renouveler pour éviter de sombrer avec sa victime favorite, le régime impérial. Entre 1918 et 1933, il endossa brillamment la fonction de miroir des évolutions de la société, brossant l’Allemagne des Années folles ou pointant les tensions entre l’Allemagne et les vainqueurs de la guerre. Signe des temps, la France, « ennemi héréditaire » devint alors l’une de ses cibles favorites.

A.L.

Plus d’informations :

Réédition en ligne de l'ensemble des éditions du magazine « Simplicissimus » (1896-1944) (en allemand)

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