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Quand l’archéologie tourne au polar…

Le disque de Nebra est la plus ancienne représentation de la voûte céleste. Objet d’une découverte spectaculaire en 1999 en Allemagne, il est classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2013 et conservé au Musée régional de la Préhistoire de Halle

Le disque de Nebra est la plus ancienne représentation de la voûte céleste. Objet d’une découverte spectaculaire en 1999 en Allemagne, il est classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2013 et conservé au Musée régional de la Préhistoire de Halle, © dpa

05.07.2019 - Article

Le 4 juillet 1999, deux archéologues amateurs faisaient en Allemagne l’une des découvertes du siècle : celle du disque de Nebra.

Il pèse 2,5 kg pour un rayon de 32 cm et 4,5 mm d’épaisseur. Le disque de Nebra (photo) n’est pas l’ancêtre préhistorique du smiley, mais l’une des découvertes archéologiques les plus importantes du XXe siècle. Vieux de 3600 ans, il constitue la plus ancienne représentation de la voûte céleste au monde, et a chamboulé notre vision des débuts de la civilisation européenne. Sa découverte en Saxe-Anhalt, entre Weimar et Leipzig, il y a 20 ans, a donné lieu à un véritable feuilleton policier.

Tout commence le 4 juillet 1999. Deux archéologues amateurs ratissent une forêt de la région de Naumburg (Saxe-Anhalt). Ils sont armés de détecteurs de métaux. Les pillards sont plutôt nombreux en ex-Allemagne de l’Est à cette époque. Soudain, l’engin se met à sonner. Les deux hommes exhument un disque de bronze, ainsi que divers objets du début de l’Âge de bronze tels que des épées et une hache.

La surface du disque est parsemée d’éléments en or. En l’analysant, on reconnaît un croissant de lune, un disque représentant le soleil ou la pleine lune (selon les interprétations), ainsi que 32 points indiquant les étoiles. Parmi eux se trouve un amas de sept étoiles qu’on pense être les Pléiades.

Mais les deux archéologues sont loin de se douter de l’importance de leur découverte. Et au lieu de la remettre aux autorités comme l’exige la loi, ils ne pensent qu’à la monnayer. Ils se débarrassent ainsi dès le lendemain de l’ensemble des pièces mises au jour pour la somme de 30.000 deutschemarks.

Une véritable odyssée commence alors pour le disque de Nebra. Pendant trois ans, il passe entre diverses mains sur le marché noir. En 2002, son propriétaire illégitime finit par s’adresser à des musées pour tenter de le vendre. Mise à prix : 700 000 marks.

C’est alors qu’Harald Meller, archéologue du land de Saxe-Anhalt, monte une véritable opération commando. Il se fait passer pour un acheteur et donne rendez-vous aux receleurs dans un hôtel de Bâle. La police suisse fait le reste. En 2003, les auteurs de la découverte et les receleurs sont condamnés à des peines avec sursis, de plusieurs années pour certains.

Une vision nouvelle de l’Âge de bronze en Europe

Le volet criminel de l’affaire se referme. Mais l’enquête n’est pas terminée. Elle se poursuit, sur le terrain de la science. Et pour longtemps. Car le disque pose aux archéologues de nombreuses questions. Il recèle de nombreux mystères qui sont loin d’être tous percés à ce jour.

Le site où a été découvert le disque de Nebra, entre Weimar et Leipzig (Saxe-Anhalt), et le musée Arche Nebra
Le site où a été découvert le disque de Nebra, entre Weimar et Leipzig (Saxe-Anhalt), et le musée Arche Nebra© dpa-Zentralbild

On sait pour l’heure qu’il a été enterré lors d’une cérémonie rituelle vers 1 600 avant Jésus-Christ. Mais il était utilisé, sans doute, depuis plusieurs siècles. On sait aussi qu’il offre une représentation symbolique du ciel, utilisée dans des cérémonies religieuses. Mais on a constaté qu’il servait aussi très concrètement à calculer les mouvements du soleil et de la lune, comme calendrier.

Il est, en tout cas, le fruit d’une observation minutieuse, la première description du cosmos par un esprit « rationnel » et non religieux. C’est ce qui est révolutionnaire. Car il démontre ainsi que la civilisation européenne au début de l’Âge de bronze était beaucoup plus évoluée que ce que l’on pensait, bien qu’elle n’ait pas possédé l’écriture.

Dans un ouvrage paru en 2018, les archéologues Harald Meller und Kai Michel avancent l’hypothèse que ses habitants aient importé ces connaissances astrologiques lors d’un voyage en Orient. Le débat est loin d’être clos.

Mais une chose est sûre : le disque de Nebra est devenu une véritable vedette. Intégré en 2008 dans l’exposition permanente du Musée régional de la Préhistoire de Halle, il a voyagé dans plusieurs pays d’Europe. Il pourrait être encore exposé à Londres en 2021. Et le musée qui a vu le jour sur le site de sa découverte, l’Arche Nebra, attire à lui seul quelque 60.000 visiteurs par an.

A.L.

Plus d’informations :

Harald Meller und Kai Michel, Die Himmelsscheibe von Nebra. Der Schlüssel zu einer untergegangenen Kultur im Herzen Europas, Propyläen Verlag, 2018.

Et sur Internet :

Musée régional de la Préhistoire de Halle (en allemand/anglais)
Musée Arche Nebra (site de la découverte du disque) (en allemand)
Documentaire de la BBC, diffusé par ARTE (version française, en six parties à ouvrir dans les détails sous la vidéo)

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