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Exposition : derrière le masque, qui est « je » ?

Gauri Gill, Sans titre (32) , tiré de la série « Acts of Appearance », 2015 – aujourd’hui. Impression pigmentaire, 41 x 61 cm

Gauri Gill, Sans titre (32) , tiré de la série « Acts of Appearance », 2015 – aujourd’hui. Impression pigmentaire, 41 x 61 cm, © Gauri Gill

20.06.2019 - Article

La question de l’identité est omniprésente dans notre monde hypnotisé par le virtuel et les réseaux sociaux. Elle l’est aussi dans l’art à travers la thématique du masque. Le musée d’art de Bonn nous invite à l’explorer jusqu’au 15 août.

« Je est un autre », écrivait le poète. Mais qui est « je » ? C’est la question que se pose le citadin connecté du XXIe siècle. Peu d’époques ont été aussi fascinées que la nôtre par la question de l’identité. Est-ce la rançon des masques innombrables qu’elle nous encourage à porter ? Est-ce le prix à payer pour les artifices dont nous nous servons pour « optimiser » notre image réelle et virtuelle, et nous rassurer ? Toujours est-il que la question n’intéresse pas seulement les simples mortels. Elle hante aussi les artistes depuis au moins un siècle à travers la thématique du masque. Le Musée d’art de Bonn nous invite à découvrir leurs réponses et perspectives dans l’exposition « Le masque. Art de la métamorphose » jusqu’au 25 août.

[De dr. à g.] Minya Diez-Dührkoop, Masque de danse, Insecte danseur de Lavinia Schulz; Martine Gutierrez, Masking, Green-Grape Mask; Miriam Cahn, Animal méfiant
[De dr. à g.] Minya Diez-Dührkoop, Masque de danse, Insecte danseur de Lavinia Schulz, 1924; Martine Gutierrez, Masking, Green-Grape Mask, Avec  l'aimable autorisation de l'artiste et de la galerie RYAN LEE Gallery, New York; Miriam Cahn, Animal méfiant, 1996, Huile sur toile, G + W Collection, Avec l'aimable autorisation de Tlön Projects© Musée d'art et d'artisanat de Hambourg / Martine Gutierrez / Miriam Cahn, photo : Katarina Dunst

L’exposition rassemble des œuvres allant du classicisme moderne à l’époque contemporaine. On y trouve des artistes dada, surréalistes et expressionnistes de la première moitié du XXe siècle : Karl Schmidt-Rottluff, Heinrich Campendonk, Sophie Taeuber-Arp, Meret Oppenheim, Hannah Höch, Claude Cahun. On y redécouvre aussi des pointures du siècle passé, de Max Ernst à Sigmar Polke en passant par Pablo Picasso. Mais on y admire aussi des propositions contemporaines. Par exemple, des toiles, sculptures, photos, installations et vidéos d’artistes présents à la Documenta 14 (2017) ou l’actuelle Biennale de Venise.

Actualité

C’est le cas de l’Indienne Gauri Gill. Dans une série intitulée « Acts of Appearances », l’artiste du sous-continent détourne des masques précieux de démons et de dieux de leur fonction rituelle en les photographiant dans des situations de la vie quotidienne : dans une chambre d’hôpital, une salle de classe, un intérieur domestique. Cela provoque un drôle de renversement. Soudain, le quotidien n’est plus aussi familier. Il devient même étranger. « Démasqué » par le pouvoir du masque ?

L’exposition présente aussi des œuvres inspirées des masques africains et amérindiens. Le peintre et sculpteur Max Ernst en fut un grand admirateur, tout comme Pablo Picasso. Le musée de Bonn montre la façon dont ils se les sont culturellement appropriés. Mais comme rien n’est plus anachronique qu’une vision occidentale unilatérale de motifs ethniques, il les met en dialogue avec des œuvres contemporaines d’artistes africains ou asiatiques. Par exemple celles du Sud-Africain Zanele Muholi, qui joue consciemment avec les clichés attachés au folklore africain.

Accessoire multiple et paradoxal

L’exposition en témoigne : rituel ou théâtral, de carnaval ou à gaz, le masque a de multiples formes. Et de multiples fonctions. Il masque et il démasque. Il voile et il dévoile. Il protège et il dissimule. C’est un accessoire paradoxal. C’est une porte entre l’individu et le monde qui s’ouvre et qui se ferme dans une tension permanente entre affirmation et retrait, volonté d’affichage et discrétion, lumière et ombre, voire entre franchise et fausseté.

Rien d’étonnant, dès lors, à ce qu’il nous hypnotise. En effet, s’il n’y a plus d’identité définie à l’heure des réseaux sociaux et des identités fluides de la mondialisation, à quoi peut ressembler une identité ? Une identité autre ?

Le Britannique Ed Atkins, également présent à la Biennale de Venise, propose à Bonn une vidéo tournée en 2018 qui met en scène une tranche de pain bombardée de masques ressemblant à des rondelles de saucisson imbibées de sauce rouge. Un sandwich peu appétissant. Une métaphore de l’homme moderne ?

A.L.

Exposition « LE MASQUE. Art de la métamorphose »
Au Musée d’art de Bonn (Kunstmuseum Bonn) jusqu’au 25 août 2019

Plus d'informations (en allemand)

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