Bienvenue sur les pages du Ministère fédéral des Affaires étrangères

À Berlin, l’arme de la poésie contre les fake news

« La langue est créatrice de réalités. Les actes suivent les mots. C’est pourquoi il n’est pas acceptable que la haine, les propos discriminatoires et la déformation des faits prennent une place croissante dans notre manière de parler », souligne Thomas Wohlfahrt, directeur du 20e Festival international de poésie de Berlin (14-20 juin).

«  La langue est créatrice de réalités. Les actes suivent les mots. C’est pourquoi il n’est pas acceptable que la haine, les propos discriminatoires et la déformation des faits prennent une place croissante dans notre manière de parler  », souligne Thomas Wohlfahrt, directeur du 20e Festival international de poésie de Berlin (14-20 juin)., © colourbox

18.06.2019 - Article

Jusqu’au 20 juin, le 20e Festival de poésie de Berlin appelle à la résistance : quelle meilleure arme contre les discours de haine, la propagande et les fausses informations que le langage poétique ?

« Mieux vaut une lame qu’un mot », écrivait Hilde Domin (1909-2006). « Une lame peut s’émousser/ Une lame vise souvent à côté du cœur. / Pas le mot ». La poétesse savait de quoi elle parlait : juive, elle avait dû prendre le chemin de l’exil en République dominicaine pour fuir le nazisme. À l’inverse, c’est la nostalgie de sa langue maternelle qui l’éveillera à l’écriture poétique et lui donnera la force de surmonter le désespoir de l’exilé. Tout son premier recueil (« Nur eine Rose als Stütze », 1959) est consacré à cette « rose » qui lui servit d’« unique soutien » : la langue, et plus précisément la langue poétique.   

Urayoan Noel, 20e Festival international de poésie de Berlin
Urayoan Noel, 20e Festival international de poésie de Berlin© Luis Carle

La poésie peut beaucoup. C’est aussi le message que porte le 20e Festival international de poésie qui se tient du 14 au 20 juin à Berlin. Arme hier contre les nazis, la parole incandescente du poète peut aujourd’hui nous aider à lutter contre les maux qui empoisonnent l’époque contemporaine. Et plus précisément contre les propos haineux, les fausses informations et les messages de propagande qui pullulent sur les réseaux sociaux.

La façon d’utiliser le langage est à la source de tout, souligne ainsi son directeur, Thomas Wohlfahrt. « La langue est créatrice de réalités. Les actes suivent les mots. C’est pourquoi il n’est pas acceptable que la haine, les propos discriminatoires et la déformation des faits prennent une place croissante dans notre manière de parler ».

La ministre allemande déléguée à la Culture, Monika Grütters, qui a assisté à l’ouverture du festival, est du même avis. Le durcissement du langage « commence par l’invasion de son usage public par des notions agressives, par le glissement des frontières du dicible », a-t-elle souligné.

Et si brutaliser le langage, c’est ouvrir la porte à la violence concrète, se mettre à l’écoute des mots peut à l’inverse nous sauver. Le langage poétique, dans sa subtilité, sa plasticité et sa pureté, vise la vérité. « La sensibilité à la puissance des mots est [très] importante », a affirmé Mme Grütters. « Les poètes nous invitent à la cultiver ».

La ministre invite donc à la résistance. À la résistance par la poésie. Jusqu’à quel point celle-ci est-elle possible ? Jusqu’où les mots peuvent-ils devenir une planche de salut dans notre monde saturé de paroles et d’informations si simples à détourner, à falsifier ?

Des écrivains, philosophes et journalistes de différents pays sont venus en débattre lors de la première soirée du festival. Puis ils ont laissé la parole aux poètes et aux artistes. 150 écrivains et créateurs de 25 pays présentent encore leurs œuvres jusqu’au 20 juin aux quelque 12 000 amateurs de poésie attendus à la Maison des arts de Berlin.

A.L.

20e Festival international de poésie de Berlin
Jusqu’au 20 juin

Plus d'informations (en allemand)

Retour en haut de page