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Exposition : Goethe, caméléon dans un monde en mutation

Goethe, Illustration de Maria Gottweiss d'après le tableau de J. H. W. Tischbein, Goethe dans la Campagne romaine, 1787

Goethe, Illustration de Maria Gottweiss d'après le tableau de J. H. W. Tischbein, « Goethe dans la Campagne romaine », 1787, © Bundeskunsthalle

28.05.2019 - Article

Jusqu’au 25 septembre, la Bundeskunsthalle de Bonn consacre une rétrospective à J.W. Goethe (1749-1832). Elle dévoile l’homme, le créateur et l’observateur critique d’une époque de grandes mutations dont les œuvres inspirent les artistes jusqu’à aujourd’hui.

Il n’avait plus inspiré d’exposition de cette ampleur depuis 25 ans. Jusqu’au 25 septembre, Johann Wolfgang Goethe (1749-1832), figure de proue des lettres allemandes depuis deux siècles, fait l’objet d’une vaste rétrospective à la Bundeskunsthalle de Bonn.

250 œuvres d’art et documents invitent à se replonger dans sa vie et son œuvre, mais aussi à découvrir sa perception d’un monde en mutation, son extraordinaire capacité de métamorphose et son influence sur les artistes jusqu’à nos jours.

C’est par une belle journée d’été que tout commence. Francfort-sur-le-Main est une cité de marchands de 33 000 âmes. Tous les empereurs du Saint Empire romain germanique y ont été couronnés depuis 1562. J.W. Goethe y voit le jour le 28 août 1749. Il est l’aîné d’une famille respectée qui vit dans une vaste demeure bourgeoise en plein cœur de la ville. Son père le confie avec sa sœur cadette Cornelia aux meilleurs précepteurs. Ils forment son goût pour les langues (français, italien, anglais, hébreux, yiddish, grec et latin) et les arts (dessin, etc.).

En 1774, ce jeune homme doué fait une entrée fulgurante au panthéon des lettres. Il a 25 ans. Son premier roman, « Les souffrances du jeune Werther », œuvre épistolaire au style passionné, exalte la subjectivité et s’insurge contre les normes sociales. C’est tout de suite un bestseller. Et pour longtemps. Les contemporains sont fascinés, euphoriques (au point qu’on assiste à une vague de suicides). Mais certaines voix s’élèvent contre l’absence de distance dans la narration de l’acte fatal commis par Werther.

Témoin de son temps

Le jeune Goethe, docteur en droit, voit sa carrière littéraire lancée. L’année suivante, il est appelé à la cour de Weimar par le duc Charles-Auguste de Saxe-Weimar-Eisenach. Il va y exercer d’éminentes fonctions politiques, s’installer dans un confort bourgeois et tenter d’assouvir son insatiable quête de savoir par une curiosité tous azimuts (botanique, anatomie, optique, etc.) tout en poursuivant son œuvre. Mais bientôt, l’insatisfaction le guette. Ses réformes stagnent. Sa relation extraconjugale avec Charlotte von Stein lui pèse. En 1786, il prend la poudre d’escampette.

Direction l’Italie. Il reste deux ans dans ce paradis où le fascinent les ruines antiques, l’art de la Renaissance et d’innombrables rencontres. Le récit de ce « Voyage en Italie », écrit 30 ans plus tard, inspire encore les touristes du XXIe siècle.

Christoph Heinrich Kolbe, „Goethe dans la baie de Naples“, 1826, Huile sur toile /Johann Joseph Schmeller, „Johann Wolfgang Goethe dans son cabinet de travail à Weimar, faisant la dictée à son secrétaire John“, 1834, Huile sur toile
Christoph Heinrich Kolbe, « Goethe dans la baie de Naples », 1826, Huile sur toile /Johann Joseph Schmeller, « Johann Wolfgang Goethe dans son cabinet de travail à Weimar, faisant la dictée à son secrétaire John », 1834, Huile sur toile© Friedrich-Schiller-Universität Jena, Kustodie/© Klassik Stiftung Weimar, Herzogin Anna Amalia Bibliothek

Et, lorsqu’il revient du « pays où fleurissent les citronniers », c’est un homme neuf. Adieu les élans werthériens. À partir du milieu des années 1790, Goethe devient à Weimar le héraut du classicisme allemand avec Friedrich Schiller.

C’est une nouvelle métamorphose pour ce touche-à-tout en perpétuelle quête. Et non des moindres, car l’époque est aux bouleversements. La Révolution française est passée par là. Goethe la regarde d’un œil sévère. Il est hérissé par ses flambées de violence en totale contradiction avec l’idéal classique qu’il prône aux côtés de Schiller, et qui passe par une éducation esthétique de l’homme. Il admire en revanche Napoléon, créateur d’un nouvel ordre européen qu’il rencontrera à Erfurt en 1808.

Autour de 1800 commence aussi à poindre, dans la ville voisine d’Iéna, l’étoile des Romantiques. Goethe considère leur insondable quête mystico-poétique avec un scepticisme teinté de curiosité (notamment pour le peintre Caspar David Friedrich). Eux portent aux nues son œuvre de jeunesse, celle de la période « Sturm und Drang ». Mais ils  rejettent sa conversion à l’idéal classique, et sa vision d’un art sans autre fin que lui-même, n’ayant pas vocation à servir Dieu.

Métamorphoses

Goethe le caméléon poursuit sa route. En 1810, il publie sa « Théorie des couleurs », aboutissement de décennies de recherches. Il espérait invalider l’optique de Newton, parvenir à une description de l’appareil sensoriel humain et établir une théorie de l’utilisation des couleurs destinées aux artistes. À son grand dépit, Goethe ne révolutionnera pas la science. Mais son traité intéressera beaucoup certains peintres du XXe siècle.

J.W. Goethe, Exercices d'écriture en langue arabe, 1816
J.W. Goethe, Exercices d'écriture en langue arabe, 1816© Klassik Stiftung Weimar, Goethe- und Schiller-Archiv

De même, son « Divan occidental-oriental » (1819) reste jusqu’à aujourd’hui une référence dans le dialogue interculturel entre l’Orient et l’Occident. Goethe s’est intéressé au monde arabe dès les années 1770. Il a lu le Coran et projeté d’écrire un drame redorant l’image de Mahomet écornée par la tradition chrétienne. À partir de 1814, il se replonge dans cette culture. Il lit, copie des textes en arabe et découvre le poète et mystique persan Hafez. Chez ce dernier, il puise la force de prendre de la distance vis-à-vis des bouleversements de son temps.

Reste une dernière étape. Un dernier monument. Le monument ultime, peut-être : « Faust ». Goethe a mis 60 ans à écrire cette somme de 12 000 vers dont il achève la seconde partie quelques mois avant de mourir. Il y retisse la légende ancienne d’un savant prêt à passer un pacte avec le diable pour accéder à l’ultime connaissance.

Faust, alchimiste du Moyen Âge, finit dans sa vision en promoteur d’un projet de colonisation. Comme Goethe, il semble passer d’une époque à l’autre, de l’ancien monde à la modernité. C’est l’ultime métamorphose. Celle qui fait la synthèse de toutes les autres. Le reflet du chemin tortueux d’un esprit insatiable dans le tourbillon d’une époque torturée.

La postérité saura s’en emparer. Jusqu’à nos jours, « Faust » est le drame le plus célèbre de la littérature allemande, et Goethe la figure tutélaire des lettres germaniques. Deux cents ans après sa mort, la Bundeskunsthalle aligne les grands noms de l’art qui s’en sont inspirés (des Romantiques allemands à Olafur Eliasson en passant par William Turner, Auguste Rodin, Paul Klee, Piet Mondrian ou Andy Warhol). La liste est longue. Goethe, plus actuel que jamais.

A.L.

« Goethe, Verwandlung der Welt » (« Goethe, métamorphose du monde »)
Exposition à la Bundeskunsthalle de Bonn jusqu’au 25 septembre 2019.

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