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Aux sources de l’art allemand contemporain

Anselm Kiefer, « Heroische Sinnbild VIII », 1970/71, huile sur toile, 150 x 230 x 4,5 cm, Collection Würth

Anselm Kiefer, « Heroische Sinnbild VIII », 1970/71, huile sur toile, 150 x 230 x 4,5 cm, Collection Würth, © Anselm Kiefer

27.05.2019 - Article

La Staatsgalerie de Stuttgart réunit des toiles de Georg Baselitz, Gerhard Richter, Sigmar Polke et Anselm Kiefer.

Le musée de la Staatsgalerie, à Stuttgart, réunit pour la première fois quatre des plus grands noms de la peinture allemande contemporaine : Georg Baselitz (né en 1938), Gerhard Richter (né en 1932), Sigmar Polke (1941-2010) et Anselm Kiefer (né en 1945). Une centaine de toiles sont à découvrir jusqu’au 11 août dans une exposition intitulée « Les jeunes années des maîtres anciens ».

Il s’agit d’un voyage à travers le temps. Il nous propulse à l’époque où tout a commencé pour ces icônes de l’art d’après-guerre dont les toiles se vendent aujourd’hui à prix d’or à travers le monde : les années 1960.

C’est une époque turbulente. Une époque d’euphorie et de rupture. La jeune République fédérale découvre l’ivresse de la consommation de masse sur fond de miracle économique. Parallèlement, elle voit éclore les utopies, les débats, les manifestations étudiantes, les interrogations sur le passé nazi.

Critiques, éruptifs, ironiques, provocateurs

Georg Baselitz, Gerhard Richter, Sigmar Polke et Anselm Kiefer respirent cette atmosphère lorsqu’ils affûtent leurs pinceaux. Leurs œuvres de jeunesse grincent de critique, d’ironie, de provocation, parfois jusqu’au scandale.

Baselitz peint des héros déchirés. En 1963, il voit deux de ses toiles confisquées lors d’une exposition sous prétexte d’obscénité.

Six ans plus tard, c’est Kiefer qui indigne l’Allemagne. Il chausse les bottes et le manteau militaire de son père et se met en scène dans ces accessoires trop grands, faisant le salut nazi dans un espace désert.

Sigmar Polke, « Freundinnen », 1965/66, Huile sur toile, 150 x 190 cm, Stuttgart
Sigmar Polke, « Freundinnen », 1965/66, Huile sur toile, 150 x 190 cm, Stuttgart© The Estate Of Sigmar Polke Cologne / VG Bild-Kunst, Bonn 2019
Polke et Richter, quant à eux, s’attachent à montrer l’absurdité de la société de consommation. Le premier s’inspire du pop art pour caricaturer les aspirations matérialistes de la société ouest-allemande d’après-guerre. Le second en montre le vide et la banalité dans des toiles ultra-réalistes, aptes à démonter tous les clichés.

Tous les quatre répondent à la destruction des traditions et des valeurs morales et intellectuelles par l’éruption foudroyante d’images, l’action génératrice de scandale ou le recours prosaïque aux lieux communs du quotidien. Tous les quatre s’interrogent sur le passé. Et tous les quatre expérimentent. En optant pour la figuration, ils remettent en cause le règne de l’abstraction qui domine la période.

Reflets d’une nouvelle Allemagne

Ils finissent ainsi par devenir eux-mêmes les représentants d’une époque. « Même s’ils se disent tous apolitiques, leur art forge l’image positive d’une Allemagne nouvelle et critique, notamment à l’étranger », souligne Christiane Lange, directrice de la Staatsgalerie.

« Aucun d’entre eux […] n’est imaginable indépendamment de l’histoire allemande et du passé nazi », a souligné le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, lors de l’inauguration. « La confrontation qu’ils ont menée avec la génération de leurs pères a fait d’eux-mêmes les pères de maintes générations d’artistes contemporains ».

Selon le président, « leur art ne fait pas seulement partie de notre culture, il contribue à créer la toile de fond spirituelle de l’Allemagne. […]  Si nous avons appris à apprécier, voire à aimer cet art, c’est que quelque chose s’est produit en nous-mêmes, les spectateurs, en nous-mêmes, les Allemands ».

A.L.
 

Exposition « Les jeunes années des maîtres anciens. Baselitz. Richter. Polke. Kiefer »
À voir à la Staatsgalerie de Stuttgart jusqu’au 11 août 2019
(puis à Hambourg du 12 septembre 2019 au 6 janvier 2020)

Plus d’informations :

Site officiel de la Staatsgalerie de Stuttgart (en allemand/ anglais)
Discours d'inauguration du président allemand, Frank-Walter Steinmeier (en allemand)

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