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La Frauenkirche de Dresde, histoire d'une église ressuscitée

La Frauenkirche de Dresde

La Frauenkirche de Dresde, © dpa

17.04.2019 - Article

Reconstruire Notre-Dame : c'est l'espoir de tous après le terrible incendie qui a frappé lundi la cathédrale Notre-Dame de Paris. En Allemagne, plusieurs appels aux dons ont été lancés, notamment à Dresde, une ville qui parle d'expérience.

Elle se dresse haute et majestueuse non loin des rives de l'Elbe. Aux alentours s'élève une pléiade de joyaux baroques, le Zwinger, l'opéra Semper et le château de Dresde. Ils se disputent l'attention des touristes, chaque année plus nombreux et venus des cinq continents. Mais depuis une quinzaine d'années, c'est elle, la Frauenkirche (Église Notre-Dame), qui l'emporte à l'applaudimètre. À cause de son histoire tragique et lumineuse, l'édifice est devenu plus qu'un joyau patrimonial de la « Florence de l'Elbe », plus même qu'un emblème de la ville : un symbole de renaissance et de paix.

En effet si les touristes se pressent pour l'admirer, c'est parce qu'ils savent que c'est un privilège. Il y a 25 ou 30 ans, sa silhouette était absente du paysage. L'édifice baroque construit entre 1726 et 1743 par l'architecte George Bähr n'avait pas survécu au terrible bombardement de la ville en février 1945. Brûlé, mutilé, il s'était effondré le lendemain. Pendant un demi-siècle, il n'est resté de lui qu'une montagne de ruines :  22.000 m3 de pierres et de gravats enchevêtrés sur la place du Neumarkt.

Pourtant, les habitants de Dresde ont voulu reconstruire leur église dès les lendemains du bombardement. Elle représentait plus pour eux qu'un édifice religieux : un emblème de la ville. La voir détruite les affligeait. La reconstruire était une évidence. Mais tout manquait en ce printemps 1945, marqué par l'effondrement du IIIe Reich : et l'argent, et les moyens techniques, et les bras. Une souscription fut lancée par l'église luthérienne de Saxe un an après la fin de la guerre. Mais Dresde était située dans la zone d'occupation soviétique qui devint la RDA en 1949. Et reconstruire une église était, pour le régime, tout sauf une priorité.

C'est même une chance que les ruines de la Frauenkirche n'aient jamais été rasées. Elles ont été menacées de l'être à plusieurs reprises entre le début des années 1950 et la fin des années 1980. Heureusement, elle était aussi un lieu de mémoire, un mémorial des atrocités de la Seconde Guerre mondiale.

Il a ainsi fallu attendre jusqu'à la fin des années 1980 pour que l'on sorte du statu quo. C'est à l'automne 1989, au moment même où les citoyens de la RDA sortaient dans la rue pour réclamer la liberté, que le tournant se produit. Des personnalités se lèvent pour lancer une souscription en faveur de la reconstruction de l'édifice. Un mouvement citoyen naît. Et en février 1990, vingt-deux personnalités publient « l'Appel de Dresde », une lettre ouverte qui va trouver un écho dans le monde entier.

Des dons du monde entier

Tout s'accélère, alors. Une association de soutien, puis une fondation sont créées. Elles portent le projet dans toute l'Allemagne et au-delà des frontières. Les comités de soutien se multiplient et les dons affluent du monde entier. Au total, quelque 600 000 particuliers et entreprises apportent environ 115 millions des 180 millions d'euros nécessaires.

Finalement, la ville de Dresde donne son aval et accorde à son tour son soutien financier le 20 février 1992. Le projet doit être réalisé selon trois exigences : reconstruire à l'identique selon les plans d'origine et avec un maximum de pierres authentiques, exploiter la technique moderne pour améliorer certaines faiblesses architecturales du bâtiment du XVIIIe siècle et favoriser une utilisation vivante de l'édifice au XXIe siècle.

Campagne archéologique de recensement des décombres
Campagne archéologique de recensement des décombres© akg

Ce qui est dit, est fait. Le 4 janvier 1993, le lancement d'une campagne archéologique de recensement des décombres donne le coup d'envoi du gigantesque chantier. On repère minutieusement et on numérote chaque pierre et chaque objet découvert, ainsi que sa localisation. Près de 8.400 pierres appartenant à la façade d'origine et 91.500 pierres des murs porteurs seront dégagées des ruines et utilisées pour la reconstruction. On découvre aussi des pierres tombales et la croix de la flèche miraculeusement épargnée.

On se sert, pour les plans, des plans historiques et des documents établis lors des restaurations du XIXe et du XXe siècle. L'informatique est d'un grand secours. Elle permet notamment de créer une maquette en trois dimensions. La nouvelle Frauenkirche prend alors forme de manière virtuelle.

On repère minutieusement et on numérote chaque pierre et chaque objet découvert, ainsi que sa localisation
On repère minutieusement et on numérote chaque pierre et chaque objet découvert, ainsi que sa localisation© akg

Le 27 mai 1994, les travaux débutent par la pose solennelle et symbolique d'une nouvelle « première pierre » (la première pierre posée en 1726 étant toujours intacte dans le chœur). Les choses ne sont pas simples à cause des dimensions de l'édifice. Il faut, par exemple, construire un toit pour protéger le chantier des intempéries et imaginer un système de vérins hydrauliques pour pouvoir le rehausser à mesure que l'église s'élève de terre. Il faut construire des échafaudages aux formes particulières, notamment pour la coupole. Mais le chantier avance.

Et vite : reconstruction de la crypte (1995-1996), élévation des murs et des piliers intérieurs (1997-1998), mise en place définitive des piliers devant porter chacun un poids de 1800 tonnes et des voûtes (1999), élévation des murs à plus de 28 mètres (2000), inauguration solennelle de la coiffe de la tour (2004) devant 60.000 personnes et huit millions de téléspectateurs, finition de l'architecture intérieure, installation de l'orgue (2005).

Finalement, l'église Notre-Dame de Dresde rouvre ses portes au public plus tôt que prévu, le 30 octobre 2005. Elle a été portée par un immense élan de générosité et de ferveur, puis sortie de terre par la mobilisation des ouvriers et les progrès de la technique. Elle rayonne. Plus belle que jamais. Et porteuse d'un message unique de paix, de communion et d'espoir.

A.L   

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