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Exposition : la randonnée, une passion allemande

« La Joyeuse Randonnée » (1952), jeu de société des années 1950 en RDA

« La Joyeuse Randonnée » (1952), jeu de société des années 1950 en RDA. Sur la boîte, on reconnaît les foulards des « Jeunes pionniers », ainsi que les initiales « JP » (Junge Pioniere) sur le drapeau. Un bel exemple d’utilisation politique du thème de la randonnée pour exalter un sentiment collectif et mobiliser la jeunesse autour d’une idéologie., © Musée National Germanique de Nuremberg

29.01.2019 - Article

Popularisée par le romantisme, la randonnée est depuis bientôt deux siècles l’un des passe-temps préférés des Allemands. Une exposition du Musée National Germanique de Nuremberg s’intéresse à son histoire et à l’évolution de son rôle dans la société.

L’été dernier, Berlin accueillait une grande exposition sur l’histoire de la randonnée dans la peinture (voir notre édition du 5 mai 2018). Cet hiver, Nuremberg (Bavière) s’empare à son tour de ce sujet ô combien en vogue. Deux expositions en moins d’un an ? En Allemagne, les longues excursions dans la nature sont à l’image du football : une passion nationale. Et cela ne date pas d’hier, comme en témoignent les 400 objets et œuvres d’art rassemblés par le Musée National Germanique de Nuremberg.

Née il y a deux siècles

C’est avec le romantisme, vers 1800, que tout commence. Influencés par Rousseau ou par le Goethe de la période Sturm und Drang, les artistes et les penseurs éprouvent, dès les débuts de l’industrialisation, le besoin de se reconnecter à la nature et de ralentir. Marcher longuement, voyager à pied devient un style de vie (et non plus une obligation comme chez les commerçants). Très vite, l’engouement dépasse les cercles intellectuels pour gagner les milieux bourgeois et aristocratiques. Les Allemands deviennent un peuple de marcheurs.

Le Musée National de Nuremberg, qui est le plus vaste musée d’histoire culturelle de l’espace germanophone, a choisi d’explorer ce pan majeur de l’histoire collective dans une perspective large. « L’exposition de Berlin s’est fortement concentrée sur [l’art], la dimension de l’image. Nous, nous voulons présenter la randonnée dans tous ses aspects historiques et culturels », explique Daniel Hesse, directeur adjoint de l’institution.

Lennart Pagel, Au-dessus de la mer de brouillard, Wegelnburg (Forêt palatine)
Lennart Pagel, Über dem Nebelmeer, Wegelnburg (Pfälzer Wald) [Au-dessus de la mer de brouillard, Wegelnburg (Forêt palatine)], 1er octobre 2017. Photographie numérique, Gießen, propriété de l‘artiste© Musée National Germanique de Nuremberg

On trouve à Nuremberg relativement peu d’œuvres d’art (malgré des travaux de Friedrich, Kirchner ou Slevogt), mais beaucoup d’objets du quotidien : chaussures de marche, bâtons, sacs à dos, cartes, panneaux indicateurs, extraits de films, photos et jeux de société. La plupart font revivre une époque révolue dont ils semblent tout droit sortis, à l’instar des chaussures de randonnée de l’ancien chancelier Helmut Kohl. Et beaucoup ne racontent pas seulement l’histoire de la randonnée. Ils parlent de l’histoire du pays.

La randonnée participe à l’histoire d’une société

Au fil des salles, on voit ainsi évoluer le paysage. Il se greffe d’indications d’itinéraire, se meuble de bancs, puis s’orne de places de parking à mesure que les randonneurs se multiplient. Le tourisme naît, se développe, explose… Les chemins de fer s’adaptent très vite. Ils conduisent les citadins pressés toujours plus près des plus beaux sites : la vallée du Rhin, le Harz (et le Brocken), la Suisse saxonne, l’Eifel, le Mont des Géants, la Suisse franconienne…

Dans les villes, l’engouement pour la randonnée a aussi des répercussions. Les artistes écrivent leurs récits de voyage ou impressions. Et surtout on assiste au développement de toute une industrie autour des vêtements et accessoires (chaussures, pantalons, chapeaux, etc.). Les produits qu’elle développe finiront par devenir des vêtements de ville… comme les autres !

Le musée, enfin, pose des questions à la société. Celle de l’émancipation des femmes, par exemple, que l’on n’a pas toujours autorisées à randonner seules. Ou celle de l’exploitation politique. Les organisations de jeunesses nazie ou est-allemande n’ont, en effet, pas hésité à exploiter l’image positive dont jouissaient les marches collectives dans la nature pour endoctriner des générations de jeunes Allemands.

Aujourd’hui, la randonnée bénéficie de l’apport du numérique et se porte mieux que jamais en Allemagne. Il suffit d’arpenter les chemins du pays pour constater qu’elle est très en vogue dans toutes les générations. La Fédération allemande de randonnée compte 600 000 adhérents dans 3 000 communes. Sans compter les nombreux amateurs que l’on croise un peu partout sur les 300 000 à 400 000 kilomètres de chemins de randonnée du pays.

A.L.

Terre de marche – Un voyage à travers l’histoire de la randonnée
(Wanderland – Eine Reise durch die Geschichte des Wanderns)
Exposition au Musée National Germanique de Nuremberg  jusqu’au 28 avril 2019

Plus d’informations :

Musée National Germanique de Nuremberg (en allemand)

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