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Quand Londres organisait la résistance à Hitler par l’art

[De g. à dr.] Max Liebermann, Portrait du Professeur Albert Einstein, 1925./ Alexander Archipenko, Collage, 1913 / Vassily Kandinsky, Improvisation II, sans titre, 1914

[De g. à dr.] Max Liebermann, Portrait du Professeur Albert Einstein, 1925./ Alexander Archipenko, Collage, 1913 / Vassily Kandinsky, Improvisation II, sans titre, 1914, © The Royal Society, London / Moderna Museet, Stockholm / Museum Boijmans Van Beuningen, Rotterdam. Photo: Studio Tromp, Rotterdam

29.11.2018 - Article

En 1938, une grande exposition d’art allemand s’est tenue à Londres en réaction à l’exposition « Art dégénéré » des nazis. 80 ans plus tard, la Villa Liebermann de Wannsee refait l’histoire en hommage à cette courageuse entreprise.

La nouvelle aurait mis Hitler dans une colère noire. À l’été 1938, une grande exposition d’art allemand contemporain se tenait à Londres en signe de résistance à la répression de l’art « dégénéré » (c’est-à-dire non héroïque et non officiel) par les nazis. Intitulée « Twentieth Century German Art », elle rassemblait près de 300 toiles. Cela en fait la plus grande exposition d’art allemand du XXe siècle jamais organisée en Angleterre – mais surtout la plus forte réaction internationale à l’exposition « Art dégénéré » orchestrée en 1937 par les nazis. Quatre-vingts ans plus tard, la Villa Liebermann de Wannsee, près de Berlin, refait l’histoire à travers sa propre exposition : « Londres, 1938. Avec Kandinsky, Liebermann et Nolde contre Hitler ».

Le peintre et dessinateur allemand Max Liebermann (1847-1935) faisait partie des artistes mis à l’index par Adolf Hitler dans le cadre de l’opération de propagande « Art dégénéré » présentée en 1937 à Munich. Son ancienne villa d’été, transformée en musée, a donc voulu rendre hommage au courage des initiateurs de l’exposition londonienne.

Car les conditions étaient tout sauf faciles. La ténacité était de mise. Il a fallu activer un vaste réseau de contacts internationaux et user de ruse pour faire entrer les œuvres en Angleterre sous le manteau. Max Beckmann, toujours en Allemagne, avait par exemple donné les noms des principaux collectionneurs étrangers qu’il connaissait. La veuve de Max Liebermann avait envoyé un portrait d’Albert Einstein réalisé par son mari en 1925 (photo). Et la galeriste zurichoise Irmgard Burchard, l’une des principales actrices de l’entreprise, profita de son passeport suisse pour passer les frontières et réunir les œuvres.

Une prise de position en faveur de l’art « dégénéré »

Erich Heckel, Baigneuses, 1914
Erich Heckel, Baigneuses, 1914© Kunstmuseum Bonn, photo: Reni Hansen

Mais lors de l’inauguration, le 7 juillet 1938, les spectateurs londoniens purent découvrir une véritable mine… d’art. Il y avait là des œuvres de Vassily Kandinsky, de Max Liebermann, d’Emil Nolde, de Paula Modersohn-Becker, d’Oskar Kokoschka, de Max Beckmann, d’Otto Dix, de Käthe Kollwitz, etc. Une véritable défense et illustration de l’art allemand contemporain. Une prise de position sans ambiguïté. Bref, un acte de résistance.

Plus d’une centaine d’œuvres provenaient d’ailleurs d’entrepreneurs, d’hommes politiques de gauche et d’artistes juifs allemands qui avaient déjà quitté l’Allemagne nazie.

80 ans après

À 80 ans d’intervalle, la Villa Liebermann de Wannsee se souvient de l’événement en réunissant à nouveau une partie des œuvres présentées en 1938 à Londres. L’exposition, qui est à visiter jusqu’au 14 janvier, s’enrichit aussi d'une partie documentaire qui s’appuie sur un travail de recherche extrêmement fouillé. Elle retrace notamment l’histoire des propriétaires des œuvres et l’écho rencontré par l’exposition en Grande-Bretagne et en Allemagne.

A.L.

Londres, 1938. Avec Kandinsky, Liebermann et Nolde contre Hitler
Exposition à la Villa Liebermann à Wannsee jusqu’au 14 janvier 2019

Plus d’informations :

Villa Liebermann (en allemand et anglais)

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