Bienvenue sur les pages du Ministère fédéral des Affaires étrangères

Exposition : Thomas Mann, l’exil américain

L’écrivain allemand Thomas Mann (1875-1955), Prix Nobel de littérature en 1929. Critique du national-socialisme, il émigra dès 1933 en Suisse, puis cinq ans plus tard aux États-Unis où obtint en 1944 la nationalité américaine

L’écrivain allemand Thomas Mann (1875-1955), Prix Nobel de littérature en 1929. Critique du national-socialisme, il émigra dès 1933 en Suisse, puis cinq ans plus tard aux États-Unis où obtint en 1944 la nationalité américaine, © Dpa/pa

26.11.2018 - Article

Opposé au nazisme, l’écrivain et Prix Nobel de littérature prend dès 1933 le chemin de la Suisse, puis des États-Unis. Il y reste 14 ans. Une exposition à Marbach montre comment cet exil a transformé son écriture et éveillé sa conscience politique.

Thomas Mann (1875-1955) a plus de soixante ans lorsqu’il émigre aux États-Unis. Il s’y résout en 1938, après l’Anschluß. Il a quitté l’Allemagne cinq ans plus tôt. Opposé au nazisme, il a profité d’une conférence à l’étranger pour prendre le large et s’est installé à Küsnacht, en Suisse, après un bref passage à Sanary-sur-mer où se sont réfugiés beaucoup d’intellectuels allemands. Pour le Prix Nobel de littérature (1929), l’étoile des lettres et de la culture allemandes de l’époque, c’est un exil forcé. Mais ce sera un exil fécond et transformateur, comme le montre une exposition qui vient d’ouvrir ses portes à Marbach (Bade-Wurtemberg).

14 ans d’exil aux États-Unis

La résidence de Thomas Mann à Santa Monica (Californie), vers 1940 (Ernest E. Gottlieb)
La résidence de Thomas Mann à Santa Monica (Californie), vers 1940 (Ernest E. Gottlieb)© picture-alliance / akg-images

D’abord par sa durée. Thomas Mann arrive outre-Atlantique avec de grosses malles (présentées dans l’exposition), mais presque sans un mot d’anglais. Qu’à cela ne tienne, il y restera quatorze ans, entouré de sa famille. Il vit d’abord à Princeton (New Jersey), puis en Californie. La maison de Pacific Palisades où il a vécu vient d’être rachetée par l’État allemand. En 1944, il obtient la citoyenneté américaine après avoir été déchu de sa nationalité allemande fin 1936 par les nazis.

L’exil est une période féconde sur le plan artistique. Aux États-Unis, Thomas Mann écrit « Le Docteur Faustus », « L’Élu » ainsi que le troisième et dernier volet de sa trilogie « Joseph et ses frères ».

Il côtoie de nombreux intellectuels européens en exil : son frère Heinrich (1871-1950), mais aussi Albert Einstein, les philosophes Martin Buber et Theodor Adorno, les écrivains Alfred Döblin, Lion Feuchtwanger et même, malgré une détestation réciproque, Bertolt Brecht. Par ailleurs, il s’adresse directement à ses compatriotes dans des allocutions à la BBC restées célèbres et intitulées « Deutsche Hörer ! » (« Auditeurs allemands ! »).

Bref, le grand écrivain devient en quelque sorte le porte-parole de la culture allemande en exil. « C’est une consolation de savoir que vous existez », lui écrit en 1945 le sociologue et journaliste Siegfried Kracauer. « C’est comme si vous faisiez partie de ces puissances protectrices qui veillent à ce que tout ne glisse pas dans le vide ».

Transformé par l’exil

Pour Thomas Mann, c’est une transformation. Contrairement à son frère Heinrich, il n’est pas une tête politique. Conservateur dans l’âme, ne défendait-il pas dans son journal des années 1914-1918, publié sous le titre « Considérations d’un apolitique », des idées antidémocratiques ? Jusqu’aux années 1930, son prisme sera avant tout le prisme esthétique. « Ce qu’il reprochait aux nazis, c’était de déformer les traditions culturelles de l’Allemagne de la pire manière », rapporte ainsi Hans Wißkirchen, biographe de la famille Mann (« Die Familie Mann », Rororo). Mais lorsqu’il prend le chemin de l’exil, « ses journaux intimes trahissent la crise profonde dans laquelle il est plongé, sa recherche quasi désespérée d’un sens à donner aux événements historiques ».

C’est cela que montre l’exposition de Marbach. Présentée aux Archives littéraires jusqu’au 30 juin 2019, elle offre un plongée vivante dans la vie de l’écrivain et de sa famille en exil. Plus de 155 documents originaux sont exposés : des journaux, des manuscrits, des documents audio et vidéo, de nombreuses photos ainsi que des objets tels que des malles de voyage. Le musée a bénéficié d’une coopération avec les Archives Thomas Mann de l'École polytechnique fédérale de Zurich, qui n’avaient jamais prêté autant de documents.

À partir de 1945, Thomas Mann vit le climat changer aux États-Unis, la Guerre froide s’installer et la « chasse aux sorcières » du Maccarthysme déferler. Soudain, il fut, comme d’autres immigrants européens, soupçonné d’affinités avec le communisme. À 77 ans, le citoyen américain repris alors le chemin de l’exil en sens inverse. Direction la Suisse, car il refusa tout retour en Allemagne.

A.L.

Thomas Mann in America (« Thomas Mann en Amérique »)

Exposition aux Archives littéraires de Marbach (Bade-Wurtemberg) jusqu’au 30 juin 2019

En coopération avec les Archives Thomas Mann de l'École polytechnique fédérale de Zurich.

Plus d’informations :

Archives littéraires de Marbach (en allemand)

Archives Thomas Mann de l'École polytechnique fédérale de Zurich (en allemand)

Retour en haut de page