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Stefan George, le poète éthéré

11.07.2018 - Article

Proche de Mallarmé et des symbolistes français, Stefan George fut un poète allemand important au tournant du XXe siècle. Sa personnalité atypique et son évolution philosophique lui valurent toutefois adulation et rejet viscéraux. Il aurait eu 150 ans le 12 juillet.

Le poète Stefan George (1868-1933), personnage énigmatique, figure du symbolisme allemand et héraut d’une philosophie élitiste, a exercé de son vivant fascination et rejet
Le poète Stefan George (1868-1933), personnage énigmatique, figure du symbolisme allemand et héraut d’une philosophie élitiste, a exercé de son vivant fascination et rejet© dpa

Son nom est bien connu des germanistes. Ses poèmes ciselés ont fasciné des générations d’universitaires depuis un siècle. Même si sa notoriété ne dépasse aujourd’hui plus le cercle des spécialistes, le poète Stefan George (1868-1933), né il y a 150 ans, a été l’une des figures majeure des lettres allemandes au tournant du XXe siècle. Sa personnalité atypique et sa poésie élitiste, influencée par les symbolistes français puis tournée vers un prophétisme éthéré, a attiré à l’époque un cortège de disciples connu sous le nom de « cercle George ».

Ce cercle très influent fondé en 1892 réunissait un ensemble d’écrivains et de lettrés autour du poète et de sa revue, Blätter für die Kunst. George, entièrement absorbé par son art, en était le pivot, et la vedette.

Exempt de soucis matériels, il avait commencé sa carrière en voyageant à travers l’Europe (il maîtrisait de très nombreuses langues et était aussi traducteur). À Paris, il avait fait la connaissance de Stéphane Mallarmé et subi l’influence décisive du symbolisme, de Baudelaire à Verlaine. Il avait repris à son compte la vision poétique de « l’art pour l’art », celle d’une création exempte de toute forme d’utilité, et il en avait fait le mot d’ordre de son ambition de renouveler la poésie allemande.

Stéphane Mallarmé (1842-1898) par Nadar, Musée Carnavalet. Le poète symboliste français, chantre de l’« art pour l’art », figurait parmi les principales sources d’inspiration de Stefan George
Stéphane Mallarmé (1842-1898) par Nadar, Musée Carnavalet. Le poète symboliste français, chantre de l’« art pour l’art », figurait aux côtés de Baudelaire, de Verlaine et du philosophe Friedrich Nietzsche (1844-1900) parmi les principales sources d’inspiration de Stefan George© picture-alliance / ©Selva/Leemag

Les vers qu’il a composés à cette époque sont travaillés à l’extrême, et pourtant pleins de sensibilité. Ils évoquent la mort, la nature et l’amour tragique. Certains seront d’ailleurs mis en musique par les compositeurs Arnold Schönberg, Anton von Webern ou Wolfgang Rihm. Stefan George échange aussi sur l’art poétique avec les écrivains de son temps, notamment avec Hugo von Hofmannsthal auquel le lie une amitié houleuse.

Mais peu à peu, dans les années 1900, le poète esthète affirme davantage sa personnalité. Le cercle George évolue. Bientôt, il ne comprend plus que des admirateurs entièrement dévoués au « maître ». Les frères von Stauffenberg, dont le futur auteur de l’attentat contre Hitler, en feront partie. Le maître en impose par son œuvre, mais aussi par un art consommé de la mise en scène de soi. Cette attitude de plus en plus dominatrice lui vaut l’adulation des uns, en même temps qu’une détestation sans faille des autres.

À partir des années 1910, Stefan George, également très influencé par le philosophe Friedrich Nietzsche, dépasse le seul art poétique. Il développe une réflexion beaucoup plus vaste, élitiste et aristocratique, qui embrasse la philosophie, l’art et la vie tout court. Il est de plus en plus attiré par les sujets métaphysiques. Il se fait visionnaire et prophète. Il impressionne, par exemple, ses admirateurs par ses prédictions sur l’issue fatale de la Première Guerre mondiale.

Il poursuit dans cette veine durant les années 1920, adulé par une partie de la jeunesse, de différents bords. En 1928, ce personnage fantasque publie Das neue Reich, ouvrage tardif dans lequel il réfléchit à une société hiérarchisée, guidée par une aristocratie intellectuelle et spirituelle. Les nazis, dont il peut se sentir proche sur certains thèmes mais qu’il trouve vulgaires, tentent de le récupérer sans succès. Il refuse leurs propositions. Malade, s’en va mourir à Locarno en Suisse, en 1933. Personnage atypique, il sera oublié du grand public après la Seconde Guerre mondiale. Mais il continuera autant à fasciner qu’à irriter dans les milieux littéraires.

A.L.

Plus d’informations :

Société et musée Stefan George à Bingen (Rhénanie-Palatinat) (en allemand)

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