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Photographie et peinture : de la rivalité à l’émancipation

Francis Frith, Le Sphinx et la grande Pyramide à Gizeh, 1856/59, Papier albuminé, Rijksmuseum Amsterdam

Francis Frith, Le Sphinx et la grande Pyramide à Gizeh, 1856/59, Papier albuminé, Rijksmuseum Amsterdam , © Germanisches Nationalmuseum

09.07.2018 - Article

La présentation du daguerréotype en 1839, à Paris, est un coup de tonnerre dans le monde de l’art. La photo va-t-elle faire disparaître la peinture ? Comme le montre une exposition à Nuremberg, les deux formes d’art vont rivaliser pendant plusieurs décennies.

Faut-il réserver le statut d’artiste au peintre aux prises avec sa toile et ses pinceaux, ou l’accorder aussi au photographe qui saisit la réalité en un clin d’œil ? Le débat a couru tout au long du XIXe siècle après la présentation par Louis Daguerre à Paris, en 1839, du premier daguerréotype, l’ancêtre de l’appareil photo. D’abord rivaux, les deux arts se sont mutuellement inspirés avant de s’émanciper l’un de l’autre au début du XXe siècle. C’est ce que nous raconte une exposition à visiter à Nuremberg jusqu’au 9 septembre.

Intitulée « Lumière et toile. Photographie et peinture au XIXe siècle », elle présente 260 toiles et photos au Musée National Germanique de Nuremberg. Les œuvres couvrent la période allant des années 1840 aux années 1910. « Et beaucoup d’entre elles sont exposées pour la première fois », souligne le directeur général du musée, Ulrich Großmann.

1839, coup de tonnerre

Tout commence en 1839. Peintres et sculpteurs s’inquiètent. Le daguerréotype, qui fixe l’image de l’objet sur une plaque métallique après un certain temps d’exposition, a beau être rudimentaire. Il donne une image exacte et indélébile de l’objet, et ce rapidement et à moindre coût. Les ateliers de photo poussent d’ailleurs comme des champignons… Bientôt, les clichés deviennent reproductibles. Aura-t-on encore besoin de peintres pour réaliser des portraits, des paysages ou des vues de pays lointains comme l’Égypte ? En 1860, le photographe Francis Frith émerveille avec ses clichés des Pyramides de Gizeh ou du Caire…

Les photographes, de leur côté, sont aussi en proie à la critique. Certes, ils reproduisent la réalité avec une précision quasi-documentaire. Mais en rendent-ils la profondeur, comme le font les peintres ? Des artistes comme Carl Spitzweg, Johann Friedrich Voltz ou Eduard Schleich, auteur de la toile « L’arrivée de l’orage », cherchent à rendre ses lettres de noblesse à la peinture à travers le réalisme.

Influences réciproques

Eadweard Muybridge: Galloping, 1887. Phototypie. Rijksmuseum, Amsterdam
Eadweard Muybridge: Galloping, 1887. Phototypie. Rijksmuseum, Amsterdam© Germanisches Nationalmuseum

Et la photographie suit ! Pendant plusieurs décennies, les photographes vont se former à l’école des peintres. Ils vont améliorer leur technique et pratiquer des retouches pour parvenir à un effet de réalisme « pictural ».  Et réciproquement, les peintres vont se mettre à apprendre des photographes. Maîtres du réel « objectif », capables de le séquencer, ces derniers vont corriger des illusions d’optique communes aux peintres de l’époque. Ils vont, par exemple, montrer qu’un cheval au galop ne soulève pas simultanément ses quatre sabots. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la majorité des peintres travaillera avec l’aide de photographes…

Eduard Schleich l’Ancien, L’arrivée de l’orage, 1850/55, Huile sur toile, Germanisches Nationalmuseum, Nuremberg. Prêt permanent des collections de peintures de la Bavière
Eduard Schleich l’Ancien, L’arrivée de l’orage, 1850/55, Huile sur toile, Germanisches Nationalmuseum, Nuremberg. Prêt permanent des collections de peintures de la Bavière© Germanisches Nationalmuseum

Mais de la rivalité à la coopération, puis à la rupture, il n’y a qu’un pas. Il sera franchi au début du XXe siècle avec l’arrivée des clichés grands formats et de la couleur. La rivalité reprend. Mais les autoportraits, en vogue à l’époque, révèlent que les deux arts sont en train de s’émanciper l’un de l’autre. Là où les peintres se  campent en bohémiens ou en génies, les photographes se représentent avec leurs appareils photo et expérimentent des jeux de lumière subtils.

Dorénavant, la photo suivra son propre chemin jusqu’à triompher au début du XXIe siècle avec l’invention du smartphone. Quant à la peinture, elle n’aura de cesse, elle aussi, de s’interroger sur le réel et de se réinventer tandis que se développe une réflexion nouvelle sur les liens entre  réalité et vérité dans l’art, entre idéalisation et simple représentation documentaire.

A.L.

 

Licht und Leinwand. Fotografie und Malerei im 19. Jahrhundert

(Lumière et toile. Photographie et peinture au XIXe siècle)

Exposition au Musée National Germanique de Nuremberg jusqu’au 9 septembre

 

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