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Exposition : la chair dans tous ses états

L’exposition « Fleisch » à l’Altes Museum (Musée ancien) de Berlin explore la chair et la chère sous toutes les coutures jusqu’au 31 août 2018

L’exposition « Fleisch » à l’Altes Museum (Musée ancien) de Berlin explore la chair et la chère sous toutes les coutures jusqu’au 31 août 2018, © dpa

28.06.2018 - Article

« Fleisch » : le mot désigne à la fois la « viande » et la « chair ». Il est au menu d’une exposition originale proposée cet été par l’Altes Museum de Berlin. On y découvre que de la bonne chère au péché de chair, il n’y a finalement qu’un pas.

En manger ou pas ? C’est le débat du moment. Qu’on se préoccupe de la souffrance animale, de l’environnement ou de notre santé, la viande se fait de plus en plus rare dans nos assiettes. Mais n’allons pas croire que nous avons inventé la poudre. Au Ie siècle apr. J.C., Sénèque faisait déjà l’éloge du végétarisme, tout comme Platon, Ovide et Virgile avant lui. Au nom de l’éthique, ces hommes de lettres rejetaient la consommation de viande et la pratique de sacrifices animaux. Car la « viande » est depuis toujours bien plus qu’une nourriture pour l’être humain : c’est que montre une exposition très originale présentée durant tout l’été à l’Altes Museum de Berlin.

Le titre – « Fleisch » - est en soi un programme. En allemand, le mot désigne la « viande », mais aussi la « chair ». Il renvoie donc à de multiples réalités physiques (l’alimentation, le corps, etc.) et culturelles (les rites, les religions, etc.). « Fleisch werden », c’est s’incarner. Le mot nous transporte instantanément à la croisée du charnel et du spirituel, de la naissance et de la mort, de la création et de la décomposition.

Un voyage à travers 5000 ans d’histoire de l’humanité

À partir de là, l’exposition guide le visiteur dans un voyage à travers le temps et les civilisations. Plus de 5 000 ans défilent sous ses yeux depuis l’ancienne Mésopotamie (avec une tablette d’argile représentant 58 dessins de cochons) jusqu’aux œuvres d’artistes contemporains (Christian Jankowski, Bruce Naumann, Vanessa Beecroft, etc.). L’exposition explore tous les angles et toutes les perspectives. De quoi découvrir la chair sous toutes les coutures.

L’Altes Museum est connu pour ses thèmes d’exposition originaux. Avant de s’intéresser à la chair et à la chère (photo), il a exploré les relations entre l’art et l’alchimie (2016), ainsi que la barbe et sa signification au fil des siècles (2017)
L’Altes Museum est connu pour ses thèmes d’exposition originaux. Avant de s’intéresser à la chair et à la chère (photo), il a exploré les relations entre l’art et l’alchimie (2016), ainsi que la barbe et sa signification au fil des siècles (2017)© dpa

Trois temps forts scandent néanmoins le parcours : l’alimentation, le culte et le corps. La viande en tant qu’aliment est présentée à partir de représentations de cochons allant de l’Égypte ancienne aux abattoirs américains du début du XXe siècle. Le thème nous fait réfléchir sur notre relation à l’animal. Pourquoi mange-t-on le corps sans vie d’un porc et pas celui d’un homme ?

En Occident, le cannibalisme est un tabou, rappelle l’exposition. Il suscite horreur et dégoût. L’anthropophagie, thème entouré de légendes depuis le nuit des temps, effrayait déjà l’historien grec Hérodote, de même que les auteurs latins Pline l’Ancien et Ovide. Elle était, dans l’Antiquité, l’une des caractéristiques de l’étranger, difforme et monstrueux. Et c’est en s’appuyant sur ces récits que certains explorateurs du XVe siècle désignèrent comme « cannibales » les habitants du Nouveau monde, justifiant ainsi leurs conquêtes.

Du thème de la consommation de viande, on dérive ainsi lentement vers la dimension rituelle et religieuse de la chair. L’exposition s’interroge, par exemple, sur la tradition de l’eucharistie, qu’elle illustre à travers un ostensoir datant de 1629. Elle prend également pour thème les sacrifices animaux avec une vidéo de 2003 sur un sacrifice rituel de chèvres.

Vanessa Beecroft VB 55.004, Performance à la Neue Nationalgalerie de Berlin, 8.4.2005. Impression numérique
Vanessa Beecroft VB 55.004, Performance à la Neue Nationalgalerie de Berlin, 8.4.2005. Impression numérique© Musées nationaux de Berlin, Nationalgalerie / Stefanie Dietzel

Quant à la dimension du corps, elle apparaît à la fois sous le prisme culturel et sous celui de la dégénérescence. Les pièces exposées évoquent l’image et le culte du corps, la guerre et le combat, les symboles de fécondité et la tendance croissante à prendre conscience de son corps. Que l’on soit végétarien ou non.
A.L.

 

« Fleisch »
Une exposition des Musées nationaux de Berlin

Altes Museum, jusqu’au 31 août 2018

Plus d’informations :

Musées nationaux de Berlin - Altes Museum (en allemand et anglais)

 

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