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Exposition : Georg Baselitz, la vieillesse mise à nu

Georg Baselitz (1938- ), « Dystopische Glocken », 2015. Huile sur toile, H. 400 x l. 600 cm. Collection particulière

Georg Baselitz (1938-  ), « Dystopische Glocken », 2015. Huile sur toile, H. 400 x l. 600 cm. Collection particulière, © Georg Baselitz 2018 – Photo Jochen Littkemann, Berlin

20.06.2018 - Article

Le musée Unterlinden de Colmar consacre jusqu’au 29 octobre une vaste exposition à l’œuvre récent de l’Allemand Georg Baselitz. Cet artiste contemporain majeur, qui vient de fêter ses 80 ans, s’interroge sur l’âge et sur sa place dans l’histoire de l’art.

Certains jugent le mode d’expression brutal et provocateur. D’autres saluent l’expressivité, les recherches hors des sentiers battus et la réflexion constante sur l’art et sur l’histoire. Depuis les années 1960, l’œuvre de Georg Baselitz ne laisse personne indifférent. En 2018, année de ses 80 ans, les expositions abondent à travers le monde pour rendre hommage à ce grand nom de l’art allemand contemporain. Lui poursuit son œuvre plus concentré que jamais, retiré avec sa femme Elke au bord du lac Ammersee, près de Munich. Le musée Unterlinden de Colmar (Haut-Rhin) a eu la bonne idée d’explorer ce pan totalement neuf et inédit de sa production.

L’exposition est à visiter jusqu’au 29 octobre. Elle rassemble 70 œuvres (26 toiles, une quarantaine de dessins et trois sculptures) réalisées entre 2014 et 2018. Il s’agit essentiellement d’autoportraits nus, avec ou sans l’épouse de l’artiste. Le titre, « Corpus Baselitz », en reprend le thème quasi obsessionnel : le corps. Le corps vieilli par les ans.

« Corpus Baselitz »

Georg Baselitz (1938 - ), « Andiamo, la porta è apertura », 2016. Encre de Chine à la plume et aquarelle sur papier, H. 50,1 x l. 66,6 cm. Galerie Thaddaeus Ropac
Georg Baselitz (1938 -  ), « Andiamo, la porta è apertura », 2016. Encre de Chine à la plume et aquarelle sur papier, H. 50,1 x l. 66,6 cm. Galerie Thaddaeus Ropac© Georg Baselitz 2018 – Photo Jochen Littkemann, Berlin

Que Baselitz prenne son corps pour sujet n’est pas nouveau. Mais on le sent ici observer avec un intérêt plus exclusif cette enveloppe corporelle usée par le temps. C’est durant l’hiver 2014-2015 qu’il a entamé ce travail, sombre et introspectif. Il s’y est confronté à la réalité de son âge. Et le voyage ressemble à une descente aux enfers portée par un regard sans concession : membres exposés dans leur nudité flasque, muscles flétris, sillons apparents de la peau. Déliquescence, finitude et nostalgie.

Le champ thématique de mon travail s’est fortement réduit au cours des dernières années. L’important est que je me suis de plus en plus isolé dans ma peinture. Je me suis de plus en plus replongé en moi-même pour en tirer tout ce que je fais. Je vis avec d’anciens catalogues, avec de vieilles photos et ne fais rien d’autre. Je peins entre moi et moi-même et sur nous deux.
G. Baselitz, 2017

Baselitz refuse toute séduction, tout divertissement, tout pathos. Il a fait de la dysharmonie le principe de son œuvre. Cela nous bouscule, nous irrite ou nous envoûte. Mais cet œuvre tardif ne se résume pas non plus à la violence du traitement du corps sur fond d’obscurité et de néant. Le mouvement, la répétition des motifs, la générosité de la matière sur la toile, la vigueur du geste et une nouvelle technique qui rend les corps luminescents et vibrants viennent la contrebalancer. La mise à nu se transforme en représentation vigoureuse, reflet de l’énergie vitale et créatrice.

En dialogue avec l’histoire

Georg Baselitz (1938 - ), « Zero Mobil », 2014. Cuivre patiné, H. 92 x l. 284 x P. 80 cm. Collection particulière
Georg Baselitz (1938 -  ), « Zero Mobil », 2014. Cuivre patiné, H. 92 x l. 284 x P. 80 cm. Collection particulière© Georg Baselitz 2018 – Photo Jochen Littkemann, Berlin

Par ailleurs, Baselitz n’en reste pas à une réflexion existentielle sur la vieillesse. Il fait le bilan. Il s’interroge sur sa place dans l’histoire de l’art - histoire à laquelle il a passé sa vie à se confronter. Il recourt à la citation de maîtres et d’œuvres anciens (Baldung Grien, Bacon, Duchamp, Dubuffet, Dix, Picasso ou Titien). Il décline un motif comme celui du nu descendant l’escalier. Il revisite le portrait des parents d’Otto Dix (« Die Eltern des Künstlers II », 1924). Le « corpus » dont il est question est aussi le corpus de ses œuvres.

Finalement, Baselitz apparaît dans la filiation de Matthias Grünewald, le peintre du Retable d’Issenheim (vers 1512-1516), célèbre triptyque exposé toute l’année au musée Unterlinden. « Même si Baselitz ne s’en est pas inspiré, il est difficile de ne pas voir dans ces corps écorchés aux bras ballants et couverts d’un voile tel un suaire la référence aux gisants des célèbres prédelles de Grünewald à Colmar, de Holbein à Bâle ou de Dix à Dresde », souligne ainsi la commissaire de l’exposition, Frédérique Goerig-Hergott, dans la catalogue de l’exposition.

A.L.

Corpus Baselitz
Exposition du 10 juin au 29 octobre 2018 au Musée Unterlinden de Colmar (Haut-Rhin)

Plus d’informations :

Musée Unterlinden de Colmar (en français)

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