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Le Prix de la Paix des libraires allemands pour une œuvre à deux voix très actuelle

13.06.2018 - Article

Spécialistes des cultures anciennes, les chercheurs Aleida et Jan Assmann ne cessent de lancer des débats on ne peut plus actuels sur la mémoire ou la religion. Ils viennent d’être désignés pour recevoir ensemble le prestigieux Prix de la Paix des libraires allemands.

Fait rare mais pas inédit, le Prix de la Paix des libraires allemands récompense cette année un couple, les chercheurs Aleida et Jan Assmann. Complémentaires et en constant dialogue intellectuel, ils ont construit une œuvre à deux voix qui éclaire des débats contemporains en puisant à la source de différentes disciplines qui vont de l’archéologie aux études culturelles et à l’égyptologie.

Aleida Assmann, angliciste et égyptologue, spécialiste de la mémoire culturelle est, avec son mari Jan, lauréate du Prix de la Paix des libraires allemands 2018
Aleida Assmann, angliciste et égyptologue, spécialiste de la mémoire culturelle est, avec son mari Jan, lauréate du Prix de la Paix des libraires allemands 2018© dpa

Aleida Assmann est spécialiste de culture anglaise et d’archéologie. Mais elle s’est orientée depuis les années 1990 vers l’étude du souvenir et de l’oubli, et plus précisément de la mémoire dans sa dimension culturelle. Professeur à l’université de Constance, elle a étudié les tensions entre la mémoire individuelle et la mémoire collective et a publié un livre, Der lange Schatten der Vergangenheit. Erinnerungskultur und Geschichtspolitik (litt. : L’ombre du passé. Culture mémorielle et politique de l’histoire) (2006), où elle formule des recommandations pour construire une culture mémorielle pertinente. Elle y explique aussi la nécessité d’offrir à la mémoire un « espace commun du souvenir » incarné, par exemple, par un jour de commémoration.

Plus généralement, Aleida Assmann, qui a forgé avec son mari le concept de « mémoire culturelle », ne cesse d’appeler à entretenir un rapport ouvert et honnête avec le passé. C’est la  condition selon elle d’une société pacifiée. « Dans le contexte d’instrumentalisation croissante de l’histoire allemande récente, elle contribue beaucoup à éclaircir les questions relatives à la mémoire culturelle nationale », souligne la Fédération allemande du livre dans un communiqué.

Plus récemment, Aleida Assmann a aussi pris part au débat sur la crise des réfugiés en publiant  Menschenrechte und Menschenpflichten (litt. : Droits de l’homme et devoirs de l’homme) (2017). Elle s’y fait l’avocate d’un nouveau contrat social basé sur les droits de l’homme, les valeurs d’empathie et de solidarité ainsi que sur un ensemble de règles assurant des relations respectueuses et équitables entre populations autochtones et issues de l’immigration.

Jan Assmann, égyptologue et archéologue, a contribué à lancer des débats de société, notamment sur les liens entre les religions et la violence. Il recevra le 14 octobre à Francfort le Prix de la Paix des libraires allemands 2018, co-attribué à son épouse Aleida
Jan Assmann, égyptologue et archéologue, a contribué à lancer des débats de société, notamment sur les liens entre les religions et la violence. Il recevra le 14 octobre à Francfort le Prix de la Paix des libraires allemands 2018, co-attribué à son épouse Aleida© dpa-Zentralbild

Son mari Jan, de son côté, est égyptologue et archéologue. On lui doit des travaux théoriques importants sur la mise au jour, l’édition et l’interprétation de sources relatives à la religion égyptienne. Aimant faire dialoguer les disciplines et les savoirs, il a marié l’analyse philologique des textes anciens avec la dimension archéologique mais aussi avec la connaissance de la culture, de l’économie et de la société dont ils sont issus.

Ce faisant, il a, comme son épouse, touché des questions qui interrogent notre présent. À travers l’analyse du culte des morts chez les Égyptiens, par exemple, il s’est interrogé sur la transmission de l’identité entre les générations au sein d’une civilisation. Grâce à l’examen attentif de l’Ancien Testament, il a révisé l’image de l’Égypte ancienne : sa société était basée, selon lui, sur l’ordre et la justice et non soumise à l’arbitraire du pharaon.

Enfin, Jan Assmann a marqué les esprits et provoqué bien des débats en 2016 en publiant Totale Religion. Ursprünge und Formen puritanischer Verschärfung (litt. : Religion totale. Origine et formes du durcissement puritain). Il y étudiait l’origine du monothéisme et le potentiel de violence inhérent aux sociétés imprégnées par le monothéisme.

Aleida et Jan Assmann recevront le Prix de la Paix des libraires allemands le 14 octobre prochain en l’Église Saint-Paul de Francfort-sur-le-Main en clôture de la Foire du livre. Récompense prestigieuse, celui-ci est doté de 25 000 euros.

A.L.

Plus d’informations :

Prix de la Paix des libraires allemands - site officiel (en allemand)

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