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Menace sur le prix unique du livre ?

Le prix unique du livre assure la variété et la richesse du paysage littéraire allemand, plaide la Fédération allemande du livre. Il contribue à la bonne santé du marché allemand du livre, qui est le 2e au monde

Le prix unique du livre assure la variété et la richesse du paysage littéraire allemand, plaide la Fédération allemande du livre. Il contribue à la bonne santé du marché allemand du livre, qui est le 2e au monde, © Keystone

30.05.2018 - Article

Un rapport de la commission allemande des monopoles met en doute les vertus du prix unique du livre, ainsi que sa compatibilité avec le droit européen. Le débat est relancé.

C’est un vieux débat : le livre est-il un produit de consommation comme les autres ? L’Allemagne, comme la France, a répondu par la négative et choisi d’imposer un « prix unique du livre », gravé dans la loi en 2002. Il s’agit d’un prix fixé par l’éditeur qui s’impose au distributeur, quel qu’il soit. Il a pour but de promouvoir l’accès au livre comme « bien culturel » et d’assurer la diversité de l’édition. Mais une telle exception aux lois du marché est-elle encore opportune en 2018 ? Un rapport d’expertise de la Commission allemande des monopoles, publié hier, jette le doute et relance le débat.

Face aux géants de l’Internet

À l’heure d’Amazon & Co., la Commission allemande des monopoles se demande si le prix unique du livre est le bon outil pour accompagner les transformations du marché du livre
À l’heure d’Amazon & Co., la Commission allemande des monopoles se demande si le prix unique du livre est le bon outil pour accompagner les transformations du marché du livre© PAP

Selon les cinq membres de cette commission indépendante qui conseille le gouvernement fédéral, les arguments invoqués en faveur du prix unique du livre ne sont plus suffisants pour  justifier une exception aussi forte aux lois du marché.

La notion de bien culturel, dont la protection est un objectif incontestable, n’est pas assez clairement définie, estiment-ils. De plus, le prix unique du livre n’a pas fait la preuve de sa « valeur ajoutée » pour protéger le livre. Il a ralenti la mutation structurelle du secteur de la librairie et freiné l’installation de grandes chaînes de magasins à bas prix. Mais en maintenant des prix élevés, il fait perdurer une « barrière à l’entrée » du marché du livre qui empêche ce dernier de conquérir de nouveaux segments de clientèle.

Certes, le prix unique du livre ne doit pas être « jugé sous le seul angle économique », concèdent les auteurs. Mais il a été étendu il y a un an aux livres électroniques. Et  il est, selon eux, à craindre qu’il ne fasse dès lors l’objet d’un rejet par la Cour européenne de justice. C’est ce qui est arrivé au prix unique du médicament, sujet d’un précédent rapport de la commission… Les conséquences d’une décision similaire seraient délétères pour le secteur de la librairie en Allemagne, arguent les auteurs : les libraires allemands se verraient dans l’incapacité de répondre à la politique de prix agressive que pourrait mener la concurrence étrangère, Amazon en tête.

Un rapport reçu avec scepticisme

Le rapport de la Commission des monopoles a toutefois été reçu avec beaucoup de scepticisme en Allemagne. La ministre allemande déléguée à la Culture, Monika Grütters, s’est dite « stupéfaite » par ses recommandations. Le prix unique du livre protège « l’un de nos biens culturels les plus précieux, à savoir la diversité du paysage littéraire », a-t-elle souligné. Or, celle-ci « ne peut pas être laissée aux seuls mécanismes du marché ». Contrairement à ce que préconise le rapport, estime la ministre, le prix unique du livre est plus essentiel que jamais pour résister au pouvoir acquis par les géants de l’Internet comme Amazon.

La Fédération des libraires allemands a réagi de manière similaire. Le prix unique du livre garantit la diversité et la qualité du paysage littéraire en Allemagne, a-t-elle fait savoir. Il contribue à ce que le marché allemand du livre soit le deuxième au monde, avec un chiffre d’affaires de neuf milliards d’euros par an.

La consternation a été partagée jusqu’au sein du groupe parlementaire de la CDU/CSU. Dans un monde où il est de plus en plus difficile d’accéder à une information fiable et indépendante, « dans le combat pour le pouvoir des mots, le livre constitue une arme indispensable », a souligné la députée Gitta Connemann, porte-parole adjointe du groupe.

A.L.

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