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Exposition : les peintres, ces grands marcheurs

Jørgen Roed; Caspar David Friedrich; Jens Ferdinand Willumsen

Jørgen Roed; Caspar David Friedrich; Jens Ferdinand Willumsen, © SMK Photo; SHK/Hamburger Kunsthalle/bpk/Elke Walford; Statens Museum for Kunst/Copenhage

09.05.2018 - Article

Envie d’un bain de nature pour ralentir et se ressourcer ? Des débuts de l’industrialisation à la Première Guerre mondiale, la randonnée fut une source d’inspiration pour beaucoup d’artistes européens. Une exposition à Berlin montre la diversité de leurs approches.

Sylvain Tesson ou Frédéric Gros en France, Wolfgang Büscher en Allemagne : les livres d’écrivains marcheurs se vendent comme des petits pains. Quant aux enseignes dédiées à la randonnée, elles ne désemplissent pas. La marche contiendrait-elle l’ultime sagesse dans notre vie rythmée par Internet et les vols supersoniques ? Une chose est sûre : l’homme du XXIe siècle éprouve le besoin de ralentir et de se ressourcer face à l’accélération généralisée diagnostiquée par le sociologue allemand Hartmut Rosa. Mais est-ce tellement moderne ? Une grande exposition qui ouvre ses portes demain à Berlin révèle que non.

Retour à la nature

Dès les débuts de l’industrialisation, les artistes et les penseurs ont ressenti un besoin de se reconnecter à la nature. C’est le retour à la nature prôné par le philosophe Jean-Jacques Rousseau face à la corruption de la société, ou le Sturm und Drang qui marqua les jeunes années de Johann W. Goethe. On s’adonna alors à une nouvelle mode : la randonnée. La nature, jadis plutôt considérée comme hostile ou dangereuse, et les voyages, qui étaient souvent le fait des commerçants, acquéraient une vertu nouvelle : celle du ressourcement.

En Allemagne, ce sont les romantiques qui ont popularisé la marche à pied en pleine nature comme style de vie. Courses dans la vallée du Rhin, le Harz, la Suisse saxonne, l’Eifel, le Mont des Géants : la « Wanderlust » (littéralement l’envie de randonner) devenait une part intégrante de l’identité allemande. Tout au long du XIXe siècle, de Moritz à Goethe et de Novalis à Heine, les écrivains de langue allemande furent ainsi de grands marcheurs et de grands admirateurs de la nature. C’est également vrai des musiciens (que l’on pense au Voyage en hiver mis en musique par Franz Schubert) et des peintres. Le peintre romantique Caspar David Friedrich en avait même fait un mode de vie : tous ses tableaux sont directement inspirés d’études réalisées, comme on le dira plus tard, « sur le motif ».

La randonnée, un motif phare de l’art du XIXe siècle

Emil Nolde, Hiver, 1907, Huile sur toile, 73 x 88 cm, Fondation Nolde Seebüll © Fondation Nolde Seebüll
Emil Nolde, Hiver, 1907, Huile sur toile, 73 x 88 cm, Fondation Nolde Seebüll© Fondation Nolde Seebüll

Tous, cependant, n’exploitèrent pas cet appel de la nature de la même manière dans leurs œuvres. Et c’est cette diversité que l’exposition « Wanderlust. Von Caspar David Friedrich bis Auguste Renoir » veut illustrer. Elle ouvre ses portes à l’Alte Nationalgalerie de Berlin ce jeudi 10 mai, et elle est la première à s’intéresser au thème de la marche dans l’art. On y découvre près de 120 tableaux, sculptures et dessins d’artistes allemands, français, britanniques, danois, norvégiens, russes et suisses couvrant tout le XIXe siècle. La palette s’étend du « Voyageur contemplant une mer de nuages » (1817) de Caspar David Friedrich, qui ouvre l’exposition, à « L’alpiniste » (1912) du Danois Jens Ferdinand Willumsen, qui la clôture.

Entre les deux, c’est un vaste champ d’expériences sensorielles, philosophiques et, bien entendu, picturales qui se déploie en une explosion de couleurs et de formes. De Friedrich à Courbet, Schinkel, Dahl, Renoir, Nolde, Kirchner, Dix ou Barlach, les artistes nous livrent leurs impressions, mais aussi leurs réflexions.

Ainsi, l’exposition ne suit pas un plan chronologique. Elle s’articule en plusieurs chapitres thématiques qui explorent la nature comme lieu de découverte, le voyage comme métaphore de la vie, l’artiste randonneur, l’embourgeoisement de la marche avec la mode de la promenade, l’appel de l’Italie, destination préférée des artistes allemands, les paysages naturels, au nord comme au sud des Alpes.

Gustave Courbet, Bonjour Monsieur Courbet, 1854, Huile sur toile, 132 x 150,5 cm, Musée Fabre, Montpellier
Gustave Courbet, Bonjour Monsieur Courbet, 1854, Huile sur toile, 132 x 150,5 cm, Musée Fabre, Montpellier© Musée Fabre de Montpellier Méditerranée / Frédéric Jaulmes

L’un des temps forts de l’exposition est la confrontation (jusque début juin seulement) de deux œuvres de peintres français historiquement liées et pourtant encore jamais vues ensemble : Le « Bonjour Monsieur Courbet » de Gustave Courbet et le « Bonjour Monsieur Gauguin » de Paul Gauguin.


A.L.

Exposition « Wanderlust. Von Caspar David Friedrich bis Auguste Renoir » (litt. L’envie de randonner, de Caspar David Friedrich à Auguste Renoir)

Alte Nationalgalerie, Berlin

Du 10 mai au 16 septembre 2018

Plus d’information :

Musées nationaux de Berlin (en allemand et anglais)

Exposition "Wanderlust.Von Caspar David Friedrich bis Auguste Renoir" et programme (en allemand)

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