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Solidarité sur les hauteurs de Medellin

Medellín, deuxième ville de Colombie, possède 2,4 millions d’habitants. Près de 200 000 vivent dans des « cités informelles » sur les hauteurs

Medellín, deuxième ville de Colombie, possède 2,4 millions d’habitants. Près de 200 000 vivent dans des « cités informelles » sur les hauteurs, © dpa

09.05.2019 - Article

200 000 personnes vivent sur les montagnes entourant la ville de Medellin, en Colombie. Leurs maisons sont précaires, et surtout sans cesse menacées par les glissements de terrain. Une équipe germano-colombienne a eu l’idée de développer un système d’alerte précoce.

D’ici, on jouit d’une vue imprenable sur Medellin, se flattent les habitants. L’air est bien meilleur qu’en ville. Et on peut compter sur la solidarité entre voisins. Dans la deuxième ville de Colombie, ils sont quelque 200 000 à vivre ainsi à flanc de montagne, sur les hauteurs qui surplombent l’agglomération de 2,4 millions d’habitants. Ils sont arrivés par vagues depuis un demi-siècle. Beaucoup fuyaient la guerre civile. Ils se sont installés comme ils le pouvaient. Les premiers ont posé leurs valises aux portes de la cité où ils jouissent aujourd’hui de maisons en dur raccordées aux réseaux d’eau et d’électricité. Les plus récents sont arrivés il y a quelques semaines. Ils s’abritent dans des baraquements en bois tout en hauteur. La précarité est leur quotidien, comme celui du milliard d’êtres humains qui vivent dans des « cités informelles » à travers le monde. Mais ici s’ajoute un danger supplémentaire : celui des glissements de terrain.

Des militaires à la recherche de victimes après un glissement de terrain à La Sierra dans la banlieue de Medellin, le 14 novembre 2010. 125 personnes y trouvèrent la mort, plus de 200 furent blessées
Des militaires à la recherche de victimes après un glissement de terrain à La Sierra dans la banlieue de Medellin, le 14 novembre 2010. 125 personnes y trouvèrent la mort, plus de 200 furent blessées© EFE

Sur les hauteurs de Medellin, le sol est, en effet, composé d’une pierre à forte concentration en fer qui la rend particulièrement vulnérable à l’érosion. Chaque épisode de pluie risque d’ameublir le sol et de provoquer un glissement de terrain. Il s’en produit plusieurs fois par an. Et ils sont parfois meurtriers : 850 personnes en sont mortes au cours des 80 dernières années.

Pourtant, il est peu envisageable de reloger en ville les habitants des montagnes. Comme dans beaucoup de grandes villes, le terrain manque. Et les habitants des hauteurs s’en sont fait une raison depuis longtemps : ils ne veulent pas quitter leur quartier et se consolent en profitant de la vue et de l’air pur. De toute façon, même s’ils connaissent le danger, ils ont d’autres soucis en tête que les glissements de terrain. Les transférer tous en ville serait extrêmement compliqué et cher, reconnaît Christian Werthmann, un architecte de l’université de Hanovre qui connaît bien la question. Alors, les chercheurs colombiens ont cherché une autre solution en coopération avec M. Werthmann et d’autres chercheurs allemands.

Une coopération germano-colombienne innovante

Et ils ont trouvé. Pour commencer, ils ont décidé de consolider les infrastructures bâties sur les pentes : réseau électrique, canalisations, voirie, etc. Mais leur idée maîtresse, et novatrice, a été d’imaginer un système d’alerte précoce qui permette une évacuation rapide des habitants en cas de glissement de terrain, même de nuit.

Kurosch Thuro, un ingénieur géologue de l’Université technique de Munich qui avait déjà travaillé sur l’érosion de la roche dans les Alpes, a apporté son expertise. « De nos recherches dans les Alpes », dit-il, « nous avions appris qu’il faut deux à trois jours à l’eau pour ramollir le sol au point de le faire céder. Cela laissait un laps de temps allant de quelque heures à trois jours pour sonner l’alerte ». Une donnée essentielle.

Les chercheurs allemands et colombiens, soutenus à hauteur de deux millions d’euros par le gouvernement allemand, ont alors imaginé un dispositif pour surveiller le comportement de la roche après un épisode de pluie. « Nous enterrons des câbles dans des trous percés dans le flanc de la montagne », explique le géologue. « Ils sont reliés à des antennes. S’ils se déforment, cela indique une altération de la résistance interne et nous pouvons en déduire que le sol a bougé ». Les chercheurs testent aussi un autre outil : l’installation de capteurs pour détecter la survenue de fissures sur les murs des maisons. Et « nous pourrions même avoir un GPS pour mesurer si le mouvement du sol est bien orienté vers le bas », ajoute M. Thuro. De quoi éviter les fausses alertes…

Prévention et évacuation

Mais il ne suffit pas de savoir détecter les risques de glissements de terrain. Il faut aussi pouvoir évacuer rapidement la population. Un autre casse-tête. Comment marquer les issues de sortie en cas d’alerte de nuit ? Et surtout, comment régler le problème du « dernier kilomètre » ? Car « à quoi bon un système d’alerte précoce si personne n’entend l’alarme quand elle sonne ? », explique Kurosch Thuro.

Là aussi, les chercheurs doivent donc élaborer une stratégie précise. Ils travaillent en étroite collaboration avec les autorités municipales et les ONG locales, qui sont en contact avec la population. À l’heure actuelle, ils hésitent encore : sirènes, haut-parleurs ou applications pour smartphone ?

Mais déjà, une chose est sûre : ce système d’alerte précoce ne restera pas lettre morte. Ni à Medellin, ni sans doute ailleurs. Car la créativité des chercheurs est parvenue à imaginer un système peu coûteux et qui nécessite très peu de maintenance. Cela le rend adaptable à d’autres sites en Amérique du Sud. Voire, comme le souligne Kurosch Thuro, « à toutes les régions du globe où la menace est forte et l’argent rare ».

A.L.

Plus d’informations :

Office de presse et d'information du gouvernement allemand (en allemand)
Présentation du projet en vidéo (en allemand, sous-titres en anglais)
Ministère allemand de l'Éducation et de la Recherche - CLIENT II : des partenariats internationaux pour l’innovation durable (en allemand)

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