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Ce T-shirt peut être composté

Ce T-shirt peut être composté, © C&A/deutschland.de

09.11.2018 - Article

Des T-shirts compostables et des lave-linge renouvelables : la fabrication « du berceau au berceau » pourrait révolutionner la consommation.

Le professeur Michael Braungart, co-concepteur du principe cradle-to-cradle
Le professeur Michael Braungart, co-concepteur du principe cradle-to-cradle© dpa

Enseignant à l’université Leuphana à Lüneburg ainsi qu’à l’université Erasmus à Rotterdam et fondateur de l’institut de recherche sur l’environnement EPEA, Michael Braungart a élaboré avec l’Américain William McDonough le concept de fabrication « du berceau au berceau » ou « cradle-to-cradle » (C2C). Celui-ci consiste à concevoir des produits entièrement recyclables sur le plan technique ou biologique.

Dans son bureau, dans ce qu’il appelle un « musée de l’avenir », il présente de nombreux produits C2C, dont notamment des chaussures de sport compostables.

M. Braungart, l’Allemagne est championne du recyclage. Peut-on en être fier ?
Non. Le recyclage des emballages, c’est du downcycling : on perd en qualité. Un produit qui devient un déchet est, de base, de mauvaise qualité. Je considère en outre le recyclage comme l’ennemi de l’innovation. On optimise les anciens produits, du coup, on ne met pas de nouveaux produits sur le marché. Ces mauvais produits sont perfectionnés, et deviennent ainsi parfaits dans leur fonction de mauvais produits. Au lieu de développer de meilleurs produits, nous avons amélioré l’industrie du déchet.

Le recyclage est l’ennemi de l’innovation.
Le professeur Michael Braungart, inventeur du principe de fabrication « du berceau au berceau »

Pourquoi le principe de fabrication « du berceau au berceau » est-il mieux que le recyclage ?
Parce que les matériaux peuvent être complètement revalorisés dans la biosphère ou la technosphère. J’ai par exemple conçu des sièges pour les trains qui, au lieu d’être brûlés en tant que déchets polluants, finissent en compost dans les jardineries.

En Allemagne, la protection de l’environnement signifie éviter, renoncer, réduire. Le principe de durabilité qui en découle est technophobe et transforme le client en ennemi. Le « cradle-to-cradle » n’est pas une question de morale mais d’innovation et de qualité : au lieu d’être simplement moins polluant, tout devient utile. Plus tu achètes, mieux c’est.

Comment réagit l’industrie ?
L’industrie est euphorique car il ne s’agit plus de renoncement mais d’innovation, de qualité et de beauté. En outre, dans un monde numérisé, les machines peuvent être copiées en l’espace de quelques semaines et les entreprises se retrouvent en concurrence avec leurs propres produits. L’industrie doit s’habituer à ne plus vendre les machines mais leur utilisation.

Pouvez-vous nous donner un exemple concret ?
Un lave-linge qui dure 50 ans est un très mauvais produit, parce que l’on ne récupèrera jamais les matériaux qui le composent et qu’il empêche la commercialisation d’une technique économisant l’eau. Mais si je ne vends que son utilisation, l’innovation peut se diffuser. Nous avons développé un lave-linge que l’on vend avec seulement 3 000 lavages aux clients. Pour les produire, on n’a alors besoin que de cinq à huit composants de qualité au lieu d’utiliser 150 plastiques bon marché.

Et je reçois un nouveau lave-linge après 3 000 lavages ?
Non, les 20 % de composants usés sont changés et les autres 80 % restent.
Nous avons également conçu un tapis que l’on ne vend que pour dix ans d’utilisation. On peut alors utiliser les meilleurs matériaux, au lieu de prendre des matériaux polluants à bon marché, et le tapis reste beau pendant toute sa durée d’utilisation.

Existe-t-il des produits « du berceau au berceau » prêts à être commercialisé ?
Oui, il y a déjà plus de 11 000 produits certifiés C2C.

Interview : Tanja Zech

© www.deutschland.de
Révisé par l’Ambassade d’Allemagne

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