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Exposition : au commencement était la mer

Carl Gustav Carus, Vagues près de Rügen, 1819 © bpk, Collections nationalesn d’art de Dresde, Elke Estel

Carl Gustav Carus, Vagues près de Rügen, 1819, © © bpk, Collections nationalesn d’art de Dresde, Elke Estel

15.06.2018 - Article

De la Grèce antique aux problèmes contemporains (migrations, surexploitation des ressources), l’importance de la mer est un fil conducteur de l’histoire européenne. C’est que montre le Musée historique allemand de Berlin dans une grande exposition : « L’Europe et la mer ».

En 2017, au moins 25 000 personnes avaient déjà trouvé la mort en essayant de traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. Des chercheurs estiment qu’il y aura plus de plastique que de poissons dans la mer à l’horizon 2050. Et l’on sait aujourd’hui le rôle majeur que joue l’océan dans le fonctionnement du climat. Pas de doute : la mer est un enjeu clé pour les Européens du XXIe siècle. Mais, ce que l’on sait moins, c’est que ce n’est pas nouveau. Avec ses 70 000 kilomètres de côtes, l’Europe est un continent maritime. Elle a été façonnée par la mer tant dans son développement que dans son identité et dans sa culture. C’est que montre une grande exposition qui vient d’ouvrir ses portes à Berlin.

Un renversement de perspective

Modèle réduit de L’Eentragt (L’Union), navire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (XVIIe-XVIIIe s.), présenté dans le cadre de l’exposition « Europa und das Meer » à Berlin.
 Modèle réduit de L’Eentragt (L’Union), navire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (XVIIe-XVIIIe s.), présenté dans le cadre de l’exposition « Europa und das Meer » à Berlin.© Carsten Koall/dpa

« Europa und das Meer » (L’Europe et la mer), c’est son titre, est à visiter au Musée historique allemand (DHM) jusqu’au 6 janvier 2019. Berlin peut sembler une ville très continentale pour s’intéresser à un tel sujet. Mais c’est précisément l’un des objectifs de l’exposition : faire prendre conscience aux Européens du continent tout entier du lien essentiel, existentiel et presque identitaire qui les lie à la mer.

C’est, il est vrai, un renversement de perspective. Pendant longtemps, l’histoire a été racontée et étudiée dans une perspective nationale. La mer, élément transnational, à la fois objet de compétition et trait d’union entre les nations, était négligée.

Le premier à ouvrir une brèche dans cette conception a été l’historien Fernand Braudel en 1949 dans La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II. Aujourd’hui, ses successeurs, tels Christian Buchet en France ou Jürgen Elvert en Allemagne, ont pris le parti d’aller au-delà du seul espace méditerranéen. C’est toute l’histoire de l’Europe qu’ils racontent en prenant la mer pour point de départ. Et l’exposition berlinoise, réalisée avec le concours de Jürgen Elvert, est la première à reprendre cette approche féconde à son compte.

La maîtrise des mers, élément de domination

Sur 1500 m2, elle nous fait explorer 2 500 ans d’histoire, de la Grèce antique à nos jours. 400 objets, œuvres et documents sont exposés. Les angles les plus divers sont abordés (politique, économie, sciences, arts, etc.) mais réunis sous le prisme unique de la mer.

Et une constante apparaît très vite dans cette histoire de l’Europe revisitée : dès l’origine, la maîtrise des mers est un gage de victoire et un pilier de pouvoir. C’est vrai dès l’Antiquité. Les cités grecques colonisent la Méditerranée, notamment Athènes avec le port du Pirée. Puis elles sont imitées par Rome dont l’empire reposera pendant 300 ans sur la domination du Mare nostrum (litt. : « notre mer »).

Du XIIe au XVIe siècle, ce sera au tour de Venise d’illustrer cette puissance maritime dans une version moderne. République maritime, la cité des doges tire du commerce maritime la plus grande part de ses revenus et crée une marine de guerre sans équivalent en Europe pour protéger ses activités. Elle sera copiée par d’autres…

À partir du XIIIe siècle, on voit également se constituer une alliance maritime de 200 villes situées en bordure de la Mer du Nord et de la Baltique : la Hanse. Route centrale pour le commerce entre la Russie et l’Europe occidentale, elle marque l’identité de ces régions jusqu’à aujourd’hui, comme en témoigne le signe « HH » (« Hansestadt Hambourg ») qui continue à désigner Hambourg.

L’appel du large : le Nouveau monde

L’expansion européenne se poursuit au XVe et au XVIe siècle avec les débuts de la circumnavigation et la découverte du Nouveau monde. En 1494, le Portugal et l’Espagne se « partagent » ces nouveaux espaces à découvrir : les Portugais descendent le long des côtes de l’Afrique pour aller vers l’Asie, les Espagnols prennent le large vers l’Atlantique dans l’espoir de trouver les Indes.

La découverte de ces nouveaux mondes est un tournant. Elle ouvre aux Européens de nouvelles perspectives (importations de nouveaux produits comme le thé, la poudre ou la porcelaine de Chine, progrès de la construction navale, de la finance, etc.). Mais elle montre aussi l’ambivalence de la relation de l’Europe avec les mers, en particulier avec la création du commerce triangulaire et la traite négrière.

Émigration et nouveaux enjeux

Richard Fleischhut, Des émigrants à bord du paquebot Bremen II, prêts à traverser l’Atlantique, 1909
Richard Fleischhut, Des émigrants à bord du paquebot Bremen II, prêts à traverser l’Atlantique, 1909© Musée historique allemand, Berlin

Au XIXe siècle, les progrès de la navigation ouvrent encore de nouveaux horizons. La mer, qui était jusque-là une barrière infranchissable pour beaucoup d’Européens, devient un pont vers une nouvelle vie. Avant d’être un continent d’immigration, l’Europe fut d’abord une terre d’émigration… Entre 1840 et 1880, 15 millions d’Européens partent chercher fortune ou de meilleures conditions de vie outre-Atlantique, la plupart du temps aux États-Unis.

Simultanément, à partir de la fin du siècle, se développe pour les classes bourgeoises la mode des bains de mer et des stations balnéaires. Elle est inaugurée en Angleterre à Brighton, et suivie partout en Europe. Les peintres immortalisent ces scènes nouvelles, tandis que la mer, autrefois simplement élément de paysage, devient un sujet pictural à part entière, notamment à partir du romantisme.

Avec le XXe siècle, l’océan devient de plus en plus un gisement de ressources (pétrole, gaz, ressources halieutiques) et un objet de recherche. Il l’est plus que jamais aujourd’hui, avec les problèmes que l’on connaît mais aussi l’intérêt croissant des scientifiques pour son rôle dans l’équilibre écologique de la planète.

A.L.

Exposition Europa und das Meer/ Europe and the sea
Musée historique allemand (DHM), Berlin
Du 13 juin 2018 au 6 janvier 2019

Plus d’informations :

Musée historique allemand (en anglais et allemand)
Chaire Jean Monnet d'histoire européenne de l'université de Cologne (en allemand)

À lire sur le même thème :

- Jürgen Elvert (titulaire de la chaire Jean Monnet), Europa, das Meer und die Welt : eine maritime Geschichte der Neuzeit, Deutsche Verlag-Anstalt, mai 2018
- Christian Buchet, Le Grande Histoire de la mer, Cherche Midi, octobre 2017

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