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Quand Angela Merkel racontait « sa » chute du Mur

Angela Merkel : « je n’oublierai jamais ». La chancelière a vécu à Berlin-Est les événements du 9 novembre 1989

Angela Merkel : « je n’oublierai jamais ». La chancelière a vécu à Berlin-Est les événements du 9 novembre 1989, © Eventpress Stauffenberg

07.11.2019 - Article

Physicienne à l’Académie des sciences, à Berlin-Est, la chancelière était dans la foule des Berlinois passés à l’Ouest dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989. En 2014, elle avait raconté ses souvenirs. Wolfgang Schäuble, qui était, lui, ministre d’Helmut Kohl à Bonn, avait fait de même.

Angela Merkel : « je n’oublierai jamais »

Physicienne à l’Académie des sciences de Berlin-Est en 1989, aujourd’hui chancelière

« Lorsque je suis rentrée du travail au soir du 9 novembre, […] j’ai allumé la télévision et il y avait une conférence de presse de Günter Schabowski. Ce dernier avait en main ce fameux papier, et il a dit quelque chose que je n’ai pas parfaitement compris. D’une manière ou d’une autre, il me semblait que désormais, nous avions le droit de voyager. […]

C’était un jeudi. Et j’avais l’habitude, ce jour-là, d’aller au sauna avec une amie. Je suis donc allée au sauna. Et en rentrant avec mon sac dans la Schönhäuser Allee, juste à côté de la Bornholmer Straße [poste frontière entre l’Est et l’Ouest, ndlr], j’ai vu les gens descendre. Je n’oublierai jamais ce qui a suivi. Il était peut-être dix heures et demie, onze heures, voire un peu plus. Alors, j’ai simplement suivi les gens. J’étais seule […] Les grands-parents traînaient leurs petits-enfants, et ces derniers ne savaient pas ce qui leur arrivait. Puis, ils passaient sur le pont Bornholmer Brücke.

Angela Merkel et Wolfgang Schäuble en 2015. La première est aujourd’hui chancelière, le second président du Bundestag
Angela Merkel et Wolfgang Schäuble en 2015. La première est aujourd’hui chancelière, le second président du Bundestag© dpa

Une fois passés à Berlin-Ouest, un petit groupe s’est formé et nous sommes allés comme cela dans un appartement, je ne sais plus du tout où, quelque part du côté Ouest, et nous voulions tous téléphoner. Je voulais appeler ma tante, et chacun voulait faire quelque chose. Beaucoup ont alors continué leur chemin.

En ce qui me concerne, je devais me lever tôt le lendemain pour aller travailler. Or, je suis quelqu’un qui fait les choses comme il faut. À un moment donné, vers une heure ou deux du matin, je suis donc rentrée à la maison après avoir bu ma première bière ouest-allemande. Je m’en souviens encore : c’était une canette de bière, quelque chose qui ne m‘était pas familier. »

Extrait d’une rencontre avec des lycéens


Wolfgang Schäuble : « j’ai d’abord pris les choses à la blague »

Ministre de l’Intérieur de la République fédérale d’Allemagne en 1989, aujourd’hui président du Bundestag

« Au soir du 9 novembre 1989, lorsque la nouvelle de l’ouverture du mur de Berlin est arrivée, je me trouvais à la chancellerie fédérale, à Bonn, pour une réunion sur les problèmes d’hébergement des immigrés venant de RDA.

Soudain est arrivé le directeur du département Communication de la chancellerie, Eduard Ackermann. Il nous a dit : il y a des agences de presse qui disent que la RDA va ouvrir le Mur. J’ai d’abord pris les choses à la blague, suggérant qu’Ackermann avait bu, tellement ce qu’il racontait paraissait invraisemblable.

Puis, après une petite discussion, nous avons décidé d’interrompre la séance qui était en cours au Bundestag. Là-bas, quelques députés avaient spontanément entonné le Deutschlandlied [l’hymne national, ndlr], et presque toute l’assemblée s’était mise à chanter. La séance ne s’est pas poursuivie. Tous se sont rués sur le téléviseur le plus proche. »

[…]

« Dans la nuit du 9 novembre, en dépit de l’immense joie ressentie, j’avais une crainte très forte : nous étions peut-être dans l’une des situations les plus dangereuses de l’histoire de l’après-guerre en Europe. Comment l’Union soviétique allait-elle réagir ?

Depuis, on sait que l’ambassade soviétique à Berlin-Est s’était renseignée pour savoir qui était de service à Moscou. En raison du décalage horaire, seul le service de nuit était joignable à ce moment-là. Au sein de l’ambassade, il fut alors décidé que les informations sur la conférence de presse de Günter Schabowski ne seraient transmises que le lendemain matin. Cela paraît incroyable, mais c’est parfois ainsi que va l’histoire du monde.

Le jour suivant restait critique : pendant une réunion avec Helmut Kohl à l’Hôtel de Ville de Schöneberg, son conseiller pour les relations extérieures, Horst Telchik, s’approcha de lui pour lui dire : ‘Gorbatchev veut vous parler. Il a des nouvelles : attaques de garnisons soviétiques.’ Le chancelier a répondu : ‘Je ne suis pas disponible, mais je m’en porte garant : il ne se passe rien !’

D’un autre côté, il était prévisible que ni l’Union soviétique, ni, encore moins, la RDA ne pourraient arrêter les événements. Lorsque j’étais ministre de la chancellerie [avant 1989, ndlr] mon interlocuteur en RDA, Alexander Schalck-Golodkoski, était favorable à des entretiens strictement confidentiels sur des facilités et des transactions entre les deux Allemagne.

Un jour, il m’avait cité un mot du chef du groupe parlementaire du SPD au Bundestag, Hans-Jochen Vogel qui disait que finalement, tout allait bien avec la RDA et qu’il restait plus à celle-ci qu’à ouvrir la Porte de Brandebourg. Ce à quoi Schalck-Golodkoski avait répondu avec un hochement de tête : ‘Il ne se rend pas compte. Si nous ouvrons la Porte de Brandebourg, nous disparaissons. C’est une évidence !’ Et c’est ce qui s’est produit. Ce mois de novembre [1989] marqua ainsi le début de l’année la plus heureuse de l’histoire contemporaine allemande ».

Extrait d’un entretien accordé au quotidien « Saarbrücker Zeitung » le 6 novembre 2014

Rédaction : A.L.

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