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Le jour où le mur est tombé…

Dans la nuit du 9 novembre 1989, les Berlinois dansent devant la Porte de Brandebourg après l’ouverture du mur

Dans la nuit du 9 novembre 1989, les Berlinois dansent devant la Porte de Brandebourg après l’ouverture du mur, © A0009_dpa

07.11.2019 - Article

Au soir du 9 novembre 1989, vers 19 heures, l’Histoire prend le monde par surprise. Récit d’une folle nuit que personne n’a oubliée.

En apparence, les autorités de l’ex-RDA gardent leur calme. Mais voilà plusieurs mois que ce n’est plus qu’une façade. À l’ombre du Rideau de fer, la RDA bouillonne. Ses habitants, lassés de leur vie grise entourée de délateurs et de barbelés, profitent des premières craquelures dans le bloc de l’Est pour fuir. Plusieurs milliers réussissent à prendre le chemin de l’exode à l’été 1989.

Ceux qui restent n’en pensent pas moins. Au début du mois de septembre, à Leipzig, ils commencent à descendre dans la rue après la prière du lundi. Les cortèges grossissent de semaine en semaine. Un slogan s’affiche soudain sur les banderoles : « Le peuple, c’est nous ! » (« Wir sind das Volk »).

Les forces de sécurité est-allemandes hésitent à réagir. L’épreuve de force a commencé. Au début du mois d’octobre, la tension monte. Mais le bain de sang est évité. Première victoire des manifestants.

Le 18 octobre, face à la pression de la rue, Erich Honecker, secrétaire général du parti socialiste de RDA (SED), est remplacé à la tête du pays par un dirigeant plus souple, Egon Krenz. Sans succès : le 4 novembre, les manifestants sont plus nombreux que jamais (500.000) à Berlin-Est. La confusion règne. Mais personne, à cet instant, ne se doute que l’impensable est sur le point d’arriver.

Berlin-Est, 18h57

Car en ce 9 novembre 1989, la chute du mur de Berlin est impensable. Les manifestants réclament plus de libertés, de démocratie, d’ouverture du pays. Mais l’effondrement pur et simple du bloc de l’Est ? Irréaliste !

Pourtant, ce jour-là, en début de soirée, tout s’accélère. À 18h57, Günter Schabowski, porte-parole du SED et chef du parti à Berlin-Est, se présente devant les journalistes étrangers pour une conférence de presse à Berlin-Est. Il vient présenter une nouvelle loi dont l’encre n’est pas encore sèche. Les voyages privés à l'étranger sont autorisés sans condition particulière, annonce-t-il.

« Charabia politico-administratif. On n’a pas bien compris. Ou on pense avoir compris, mais on n’en croit pas ses oreilles. On fait répéter », se souvient Jacqueline Deloffre, journaliste française alors en poste à Berlin (voir notre article « Ils sont Français… Ils y étaient ! »).

Un journaliste italien de l'agence Ansa pose alors la question : « à partir de quand ? ». Schabowski ne montre aucune émotion. Il sort une feuille de sa poche, y jette un œil. Puis il répond de manière plus ou moins improvisée : « À ma connaissance… tout de suite ».

Quand l’impensable arrive…

Il faut quelques instants à l'assistance pour réaliser la portée de ce qui vient d’être dit. Cela signifie, ni plus ni moins, que le Mur de Berlin n'a plus de raison d'être. En une fraction de seconde, le monde a changé d’époque.

Mais la nouvelle est si inattendue que les radios et les télévisions ne savent pas comment l’interpréter. Pendant une heure, l’information est relayée comme une information presque banale. Ce n’est que vers vingt heures qu’elle fait enfin les gros titres du journal de la chaîne publique ouest-allemande ARD, également reçue à Berlin-Est : « La RDA ouvre sa frontière ».

Nuit d’éternité sur Berlin

Les Berlinois de l’Est accueillis sous les applaudissements au poste-frontière de la Sonnenallee vers 23h, au soir du 9 novembre 1989
Les Berlinois de l’Est accueillis sous les applaudissements au poste-frontière de la Sonnenallee vers 23h, au soir du 9 novembre 1989© akg

Le bruit se répand alors comme une traînée de poudre. Les chaînes de télévision occidentales multiplient les directs pour relayer l’information dans la stupéfaction. Et à Berlin, les Allemands de l'est descendent dans la rue.

Ils se rassemblent devant la porte de Brandebourg. Devant ce symbole de 28 ans de division, ils attaquent le mur à coups de marteau et de pioche. Ils grimpent au sommet. Ils se mettent à danser dans une nuit éternelle.

Il n’y a plus de temps. Chaque minute devient un morceau d’histoire. Chaque coup de pioche arrache un pan de liberté à 40 ans de dictature, devant les yeux médusés de la planète entière.

Peu à peu, des files de voitures et de piétons se forment aussi en direction de Berlin-ouest. Aux postes-frontières, les gardes sont vite débordés. Ils attendent des ordres qui ne viennent pas. Surpris, désemparés, ils abandonnent tout contrôle.

Les Allemands de l'est se ruent dans Berlin-ouest. À pied. Ou en klaxonnant à bord de leurs Trabant. Ils sont accueillis par les applaudissements émus des Berlinois de l'ouest. Ils reçoivent quelques deutschmark. Un précieux sésame ! Et de quoi acheter quelques souvenirs avant de rentrer chez eux.

La liesse dure toute la nuit.

A.L.

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