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« Le peuple, c’est nous ! », le slogan d’une révolution pacifique

Manifestation du lundi 2 octobre 1989 à Leipzig. « Le peuple, c’est nous ! », scandent pour la première fois les quelque 20 000 manifestants qui font face à une police populaire armée jusqu’aux dents

Manifestation du lundi 2 octobre 1989 à Leipzig. « Le peuple, c’est nous ! », scandent pour la première fois les quelque 20 000 manifestants qui font face à une police populaire armée jusqu’aux dents, © dpa

02.10.2019 - Article

Les « manifestations du lundi » ont joué un rôle décisif dans la chute sans violence du mur de Berlin. Le 2 octobre 1989, les manifestants scandaient pour la première fois le célèbre « Le peuple, c’est nous ! » qui allait devenir leur slogan.

« Wir sind das Volk ! » (« Le peuple, c’est nous ! »). « Wir sind EIN Volk » (« Nous sommes UN seul peuple »). Ces deux slogans entendus dans les rues de la RDA ont fait tomber le mur de Berlin, puis précipité la réunification allemande. Ils ont vu le jour à l’automne 1989 dans les rues de Leipzig (Saxe) lors des célèbres « manifestations du lundi » qui mobilisaient une population toujours plus nombreuse pour réclamer plus de libertés. Le début du mois d’octobre constitua un tournant.

Les « manifestations du lundi » avaient lieu depuis le 4 septembre après la prière pour la paix en l’église Saint-Nicolas de Leipzig. La prière débutait à 17 heures. Mais le 2 octobre 1989, il fallut fermer les portes une demi-heure plus tôt : 2 000 à 2 500 personnes étaient là. Et à l’issue de la cérémonie, 3 000 à 4 000 manifestants les attendaient sur le parvis.

Début octobre 1989, le tournant

Ce 2 octobre, la quatrième manifestation du lundi constitua ainsi un premier apogée. Elle rassembla 20 000 participants, une mobilisation comme la RDA n’avait plus connue depuis le 17 juin 1953 lorsque les chars soviétiques avaient écrasé une révolte à Berlin-Est. Qu’allait faire la police cette fois, quatre mois après la répression du soulèvement de la Place Tienanmen à Pékin ? L’État est-allemand et l’Union soviétique allaient-ils rester sans réaction ?

La « Volkspolizei » était armée jusqu’aux dents. Chiens, matraques, etc. : les manifestants avaient conscience du danger (20 personnes seront d’ailleurs arrêtées). Ils redoutaient un bain de sang. Mais lorsqu’un policier s’adressa à la foule en lançant « Ici, c’est la Police populaire qui vous parle », se souvient un ancien manifestant, la foule répliqua immédiatement : « Le peuple, c’est nous ! ».

« Liberté, égalité, fraternité ! »

Un slogan était né. Il remplaça vite les phrases entendues jusque-là dans les cortèges : « Liberté, égalité, fraternité ! », « Gorbi, Gorbi, Gorbi ! » (en référence au dirigeant réformateur de l’Union soviétique de l’époque, Mikhaïl Gorbatchev) ou bien encore « Liberté pour les prisonniers ». Et le slogan de l’été 1989 « Nous voulons sortir » (de la RDA) devint : « Nous restons ici ».

Une semaine plus tard, le 9 octobre, 70 000 manifestants envahissent les rues de Leipzig. Les opposants appellent au calme. C’est un tournant : la révolution sera pacifique
Une semaine plus tard, le 9 octobre, 70 000 manifestants envahissent les rues de Leipzig. Les opposants appellent au calme. C’est un tournant : la révolution sera pacifique© dpa-Zentralbild

Une semaine plus tard, le 9 octobre, un tournant encore plus important se produisit. Les caméras des journalistes occidentaux avaient eu le temps de parler de l’événement. Il devint un véritable aimant, attirant 70 000 personnes. Le risque de dérapage était plus grand que jamais.

Les manifestants scandaient « Nous sommes le peuple ! » et « Pas de violence ! ». Et tandis que la police affûtait son dispositif, un appel à la non-violence fut lu à la radio par le maître de chapelle du Gewandhaus, le chef d'orchestre Kurt Masur.

Le chef de la circonscription du SED, le parti socialiste est-allemand, fut pris de cours. Impuissant, il appela à Berlin le chef du parti, Egon Krenz. Sans succès. Appelant alors le ministre de l'Intérieur, il obtint l'autorisation d’assurer sa sécurité personnelle mais sans intervenir pour contrer les manifestants. À 19 heures 30, Egon Krenz rappela. Mais il était trop tard : les dirigeants du SED local avaient capitulé. La foule encercla Leipzig puis se dispersa pacifiquement.

Pour les manifestants, c’était une première victoire : la répression n’aurait pas lieu. Le mur de Berlin allait tomber – pacifiquement - un mois plus tard, le 9 novembre 1989. Et l’on commencerait alors à entendre une autre musique : « Nous sommes un seul peuple », prélude à la Réunification du 9 octobre 1990.

A.L.

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