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Course-poursuite pour la liberté

7 octobre 1989 à Berlin-Est : manifestations pour les droits civiques en marge des célébrations officielles du 40e anniversaire de la RDA. Les jours du régime est-allemand sont comptés

7 octobre 1989 à Berlin-Est : manifestations pour les droits civiques en marge des célébrations officielles du 40e anniversaire de la RDA. Les jours du régime est-allemand sont comptés, © Berliner_Verlag

01.10.2019 - Article

Il y a 30 ans naissait en RDA le mouvement du « Renouveau démocratique » où Angela Merkel allait faire ses premiers pas en politique.

Le théologien Ehrhart Neubert s’en souvient comme si c’était hier. Le 1er octobre 1989, son appartement à Berlin-Est a été le théâtre d’une naissance des plus atypiques : celle du mouvement du « Renouveau démocratique » (« Demokratischer Aufbruch ») pour les droits civiques en RDA. En cet automne 1989, la société est-allemande, en plein bouillonnement démocratique derrière le Rideau de fer, sut parfois faire preuve d’une audace et d’une inventivité rares.

C’est dans l’appartement du pasteur Ehrhart Neubert (photo) que fut créé le mouvement du « Renouveau démocratique » qui militait pour les droits civiques en RDA
C’est dans l’appartement du pasteur Ehrhart Neubert (photo) que fut créé le mouvement du « Renouveau démocratique » qui militait pour les droits civiques en RDA© dpa-Zentralbild

« Nous étions bien préparés », raconte le pasteur, aujourd’hui âgé de 79 ans. « Plus de 80 personnes devaient venir » dans l’appartement pour lancer le mouvement. Pour éviter une descente de la Stasi [la police politique est-allemande, ndlr], « nous avions d’abord organisé un faux rendez-vous ». Les 80 fondateurs se sont rendus chez les Samaritains où « on leur a donné l’adresse où il fallait se rendre. »

Malheureusement, tout ne s’est pas passé comme prévu. « Il devait y avoir un espion parmi nous », dit Ehrhart Neubert. Dans tous les cas, la Stasi a obtenu l’adresse de l’appartement. Et « une course a alors commencé » dans les rues de Berlin « pour savoir qui arriverait le premier. » Dix-sept personnes ont réussi à devancer les policiers de la Stasi avant qu’ils ne bouclent l’appartement, ne postent une voiture bourrée d’armes lourdes sur le trottoir et ne coupent toutes les communications. Ces dix-sept ont fondé ce soir-là le mouvement du « Renouveau démocratique ».

De la liberté à l’unité

Ses militants, issus pour beaucoup de milieux religieux, ne réclamaient pas la fin de la RDA. À cinq semaines de la chute du mur de Berlin, elle leur paraissait tout bonnement impossible. Inimaginable, même.

Mais contrairement au « Nouveau Forum », un autre mouvement fondé trois semaines plus tôt, ils ne voulaient pas se cantonner à organiser le dialogue entre les revendications. Ils voulaient formuler des demandes politiques. « Nous pensions qu’il était possible d’arracher aux communistes un peu plus de liberté un petit pas après l’autre », se souvient Ehrhart Neubert.

Les revendications du « Renouveau démocratique » ont évolué au fil des semaines. Ses militants ont d’abord cherché à promouvoir une troisième voie entre socialisme et capitalisme. Puis, ils ont adopté une ligne plus affirmée lorsqu’ils se sont constitués en parti politique le 16 décembre 1989, à Leipzig. Leur programme : refus du centralisme autoritaire, oui à l’organisation d’élections libres et à la démocratie partisane et surtout réunification de l’Allemagne.

Le nouveau parti s’allia rapidement avec l’Union chrétienne-démocrate (CDU) est-allemande et l’Union sociale allemande (DSU) en vue des premières élections libres, organisées en RDA le 18 mars 1990. L’alliance remporta le scrutin haut la main avec plus de 48 % des voix.

Le scrutin fut toutefois un échec pour le « Renouveau démocratique » qui n’obtint que 0,92 %. Quelques jours plus tôt, en effet, son président Wolfgang Schnur, avait été démasqué comme « collaborateur informel » de la Stasi. Un coup de malchance que n’a sans doute pas oublié la jeune physicienne, novice en politique, qui dut le gérer en tant que porte-parole du parti. Elle s’appelait Angela Merkel.

A.L.

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