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La valeur de la patrie

Jutta Allmendinger, sociologue

Jutta Allmendinger, sociologue, © Boris Schaarschmidt

29.07.2019 - Article

Explications de la sociologue Jutta Allmendinger sur les valeurs communes et la notion de « patrie » en Allemagne

Madame Allmendinger, dans votre étude sur l’héritage, vous vous êtes intéressée à ce qui est important pour les Allemands et à ce qu’ils souhaitent transmettre aux prochaines générations. Quelle est l’importance de la notion de patrie dans ce contexte ?

Pour la plupart des gens en Allemagne, le sentiment d’appartenance est très important. Ce «  nous  » est associé à l’interaction, à la confiance et à la solidarité. D’autres valeurs et normes telles que la santé ou le fait de fonder une famille sont nécessaires pour ressentir ce sentiment d’appartenance. La patrie est également primordiale. C’est un concept qui est fortement lié au « nous ». 

La « patrie » a de nombreuses facettes. À quoi ce terme est-il associé en premier lieu ?

Nous avons analysé 15 représentations différentes de la patrie. Les concepts liés au bien-être sont les plus partagés. La grande majorité des personnes interrogées perçoivent la patrie comme un lieu où l’on se sent protégé, où vit la famille, où l’on vit actuellement et où l’on a ses amis. On observe aussi un facteur territorial et nationaliste. Les personnes pour qui ce dernier critère est important citent déclarent avoir pour patrie l’Allemagne ou bien le lieu où l’on parle leur langue ou encore le lieu où elles possèdent un terrain ou une maison. Un troisième facteur est l’existence d’une culture ou une religion commune. Le monde virtuel, quant à lui, n’est pas ressenti comme une «  patrie  » : seuls 2 % des personnes interrogées associent Internet à cette notion.

 

Au cours de votre carrière, vous vous êtes beaucoup déplacée. Où avez-vous eu le sentiment de trouver une patrie et où votre patrie vous a-t-elle manqué ?

Le plus important, c’est que mes déménagements ont toujours été volontaires. Je n’y ai jamais été contrainte et cela n’a jamais eu lieu dans l’urgence. C’est pourquoi je considère avoir plusieurs patries qui font partie de moi où que je sois ; grâce à cela, je peux me construire de nouvelles patries que j’essaie de faire vivre en moi et de protéger. Bien sûr, je me sens parfois déracinée et isolée. La proximité avec certaines personnes et certains lieux me manque. Mais ce n’est que comme cela que l’on trouve de nouvelles patries. Sans mes nombreuses anciennes patries, je n’aurais jamais eu le courage d’en chercher de nouvelles et d’avoir la possibilité d’en trouver.

Jutta Allmendinger est sociologue et présidente du Centre scientifique de recherche sociale (WZB) à Berlin.

Traduction deutschland.de révisée et complétée par l’Ambassade d’Allemagne

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