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Retraites : le départ anticipé a la cote

À partir de 2030, l’âge de la retraite sera fixé en Allemagne à 67 ans. Mais les seniors sont d’ores et déjà nombreux à se renseigner sur les possibilités de partir plus tôt, quitte à payer pour éviter de subir une décote

À partir de 2030, l’âge de la retraite sera fixé en Allemagne à 67 ans. Mais les seniors sont d’ores et déjà nombreux à se renseigner sur les possibilités de partir plus tôt, quitte à payer pour éviter de subir une décote, © dpa Themendienst

09.07.2019 - Article

Alors que l’âge légal du départ à la retraite tend à reculer, les Allemands sont de plus en plus nombreux à vouloir profiter des nouvelles dispositions permettant de partir plus tôt.

À l’heure où l’on débat en France de l’instauration d’un « âge pivot » pour le départ à la retraite à taux plein, les Allemands semblent plébisciter l’autonomie accrue dont ils disposent aujourd’hui pour choisir le moment de leur cessation d’activité. Alors que l’âge légal de départ atteindra 67 ans en 2030, ils sont de plus en plus nombreux à faire usage des nouvelles possibilités de partir plus tôt. Voire dès 63 ans, le minimum légal.

63 ans, avec ou sans décote

Cela concerne, pour commencer, les carrières longues. Depuis 2014, les salariés qui justifient de 45 années de cotisations peuvent prendre leur retraite à taux plein dès 63 ans (au lieu de 65 et huit mois pour les retraités qui doivent partir normalement en 2019). Et ils sont nombreux à le faire : près 735 000 au cours des trois dernières années. Des chiffres imposants. Mais qui correspondent aux prévisions, selon le ministère du Travail et des Affaires sociales.

Depuis 2017, la loi permet de partir à la retraite à 63 ans après 35 années de cotisations, moyennant une décote dans la majorité des cas
Depuis 2017, la loi permet de partir à la retraite à 63 ans après 35 années de cotisations, moyennant une décote dans la majorité des cas© dpa Themendienst

Mais désormais, il y a plus. Depuis quelques mois, rapporte le « Süddeutsche Zeitung », « les assurés versent des sommes croissantes aux caisses publiques de leur propre initiative pour pouvoir prendre leur retraite plus tôt sans décote ».

Ces assurés profitent d’une autre disposition, entrée en vigueur en 2017 : qui justifie de 35 années de cotisations peut prendre sa retraite à partir de 63 ans. Cette « retraite flexible » prévoit une décote qui ampute la pension de 0,3 % par mois (3,6 % par année) non travaillé(e). Mais les candidats à la retraite anticipée peuvent verser une compensation financière à leur caisse de retraite pour éviter de la subir. Cette possibilité leur est offerte dès 50 ans.

En 2018, ces versements ont ainsi atteint la somme de quelque 207 millions d’euros. C’est « huit fois plus qu’en 2015 », soulignent les caisses publiques de retraite (Deutsche Rentenversicherung, DRV Bund).

Faut-il y voir le reflet d’une tendance de fond ? C’est en tout cas une tendance coûteuse, souligne le « Süddeutsche Zeitung » : il en coûte plus de 40 000 € pour compenser un départ anticipé de deux ans sur une retraite de 2400 € mensuels. Jusqu’à une date récente, les hauts salaires étaient donc plus ou moins les seuls à en profiter. Mais « ce qui était un bon tuyau se répand de plus en plus et gagne en popularité », ajoute le journal. Il est vrai, argue-t-il, que la faiblesse des taux d’intérêt s’ajoute aux raisons personnelles pour faire de ces versements un bon placement.

Une tendance, des débats

Pour l’heure, les caisses de retraites publiques se réjouissent de cet afflux d’argent. Il prouve à leurs yeux la confiance des Allemands dans leur système de retraites. Mais qu’en sera-t-il à long terme ? Le financement du système s’en trouvera-t-il fragilisé si la tendance au départ anticipé se confirme, voire s’amplifie ? Il est trop tôt pour y répondre.

Quant à la retraite à 63 ans sans décote pour les carrières longues, elle séduit les salariés mais suscite l’ire du patronat allemand. Celui-ci critique une mesure qui aggrave, selon lui, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée dont souffrent les entreprises allemandes. Au contraire, les syndicats jugent qu’il serait injuste de renvoyer chez eux avec une retraite amoindrie des gens usés par une vie de travail.

Une chose est sûre : ces mesures n’empêchent pas les Allemands de travailler de plus en plus longtemps. Les statistiques le prouvent sans détour : La proportion de seniors qui travaillent est en hausse constante depuis de nombreuses années.

A.L.

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