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On n’aime pas gaspiller, mais on a des idées

« Ne me débarrasse pas de la table ! », supplie la miche de pain. « Ne me laisse pas tomber ! », implore la pomme de terre. Cartes postales et autocollants promotionnels de l’initiative « Trop bon pour finir à la poubelle !

« Ne me débarrasse pas de la table ! », supplie la miche de pain. « Ne me laisse pas tomber ! », implore la pomme de terre. Cartes postales et autocollants promotionnels de l’initiative « Trop bon pour finir à la poubelle ! » du ministère allemand de l’Alimentation et de l’Agriculture (BMEL) (disponibles sur le site www.zugutfuerdietonne.de), © Ministère allemand de l’Alimentation et de l’Agriculture (BMEL)

10.04.2019 - Article

Il y a quelques jours, le ministère allemand de l’Alimentation et de l’Agriculture a récompensé les idées les plus créatives mises en œuvre pour lutter contre le gaspillage alimentaire.

Achats en trop grande quantité, mode de stockage inapproprié, date de péremption dépassée, aliments laissés sur le bord de l'assiette : les Allemands gaspillent en moyenne 55 kg de nourriture par an et par personne. Si l'on y ajoute la surproduction alimentaire, la mise au rebut de fruits et légumes échappant aux normes esthétiques, les pertes pendant le transport vers le supermarché ou dues à un emballage non étanche, le gaspillage dans les restaurants et les cantines, ce sont chaque année onze millions de tonnes d'aliments qui finissent inutilement à la poubelle en Allemagne… et plus de six millions de tonnes équivalent CO2 de gaz à effet de serre qui sont rejetés pour rien dans l'atmosphère. Mais depuis quelques années, la résistance s'organise. De l'association de quartier aux Nations unies, on ne compte plus les initiatives qui fleurissent pour lutter contre le gaspillage. En Allemagne, le gouvernement a lancé en février une stratégie nationale. Son objectif : diviser par deux le gaspillage dans la distribution et chez les ménages d'ici à 2030. Toutes les idées sont les bienvenues pour y parvenir.

Eclosion d'idées

Les lauréats du Prix national « Trop bon pour finir à la poubelle » sont là pour en témoigner. Ils viennent d'être récompensés par la ministre de l'Alimentation et de l'Agriculture, Julia Klöckner, pour leurs idées originales contre le gaspillage dans les écoles, les cantines, les magasins ou les foyers. La création du prix, en 2016, a généré une saine émulation. On ne compte plus les initiatives. Une floraison d’initiatives a montré qu'avec un peu de volonté, d'astuce et d'organisation, on pouvait déplacer des montagnes. Ici, on a vu naître un magasin (physique et en ligne) spécialisé dans la revente d'invendus ou d'aliments inesthétiques. Là, on promeut le « doggy bag », qui permet aux clients des restaurants d'emporter leurs restes chez eux. Ailleurs, on recycle les surplus sous forme de boulettes goûteuses ou on permet à chacun de vendre en ligne les excédents de son jardin grâce à une plateforme numérique.

Les projets nominés ou primés en 2019 ne sont pas en reste, si l’on peut dire. À Ulm (Bade-Wurtemberg), en l'espace de deux ans, l'association des étudiants a sauvé onze millions de tonnes d'aliments d'un avenir tout tracé dans les poubelles du restaurant universitaire en créant un « Guichet Happy Hour ». Le principe est simple : il ouvre quinze minutes avant la fermeture du resto U et revend aux étudiants les plats non consommés à des prix imbattables. Les 100 grammes de pâtes, de viande ou de légumes qui valaient entre 0,89 et 1,39 euros quelques minutes plus tôt s'écoulent maintenant à 45 centimes d'euros. Autant dire qu'on se bouscule au portillon... Et que les plus motivés viennent en repérage une demi-heure avant l'heure dite pour chasser les meilleures affaires. Le restaurant n'en garde pas moins une ligne sans faille : pas question de produire plus en vue de la revente, et on s'est réorganisé pour éviter aux agents de faire des heures supplémentaires, etc.

Comme tout peut être simple avec un peu d'imagination… C'est aussi ce que démontrent les créateurs de l'association ShoutOutLoud, à Francfort. Ils ont décidé de remettre au goût du jour ce que l'on appelait au Moyen Âge le « pain liquide » : à force d'expérimentations, ils ont transformé du pain en bière. Leur « bière de pain contre le gaspillage alimentaire », ou Frankfurter Knärje, tire un tiers de son malt de miches invendues d'une boulangerie bio, autrefois promises à la poubelle. Elle est produite dans deux brasseries partenaires à Francfort. La trentaine de bénévoles, dont douze permanents aux profils variés (mathématicien, doctorante en biologie, etc.), agit par passion et par goût d'un mode de vie durable. Mais, le succès aidant, ils commencent à voir plus loin et envisagent de créer leur entreprise.

Ainsi, les idées poussent comme des champignons. À Bonn, un restaurant fait salle comble en calculant au poids la nourriture servie et en revendant les restes à bas prix à la fin du service. À Berlin, des créateurs permettent à tout un chacun d'acheter les invendus des restaurants,  boulangeries et supermarchés grâce à une application. Un peu partout une chaîne de magasins discount  a décidé de vendre les « gueules cassées » (fruits et légumes consommables mais à la silhouette imparfaite) sur ses étals et d'étiqueter les produits pour rappeler au consommateur que date de consommation optimale ne rime pas avec date limite de consommation.

Former des générations plus conscientes

Liv, Ida et Quintus présentent leur récolte de radis et salades frais à Potsdam (Brandebourg) dans le cadre de la « GemüseAckerdemie ».
Liv, Ida et Quintus présentent leur récolte de radis et salades frais à Potsdam (Brandebourg) dans le cadre de la « GemüseAckerdemie ».© dpa-Zentralbild

Enfin, preuve que la veine « anti-gaspi » est dans l'air du temps, il y ceux qui anticipent et qui plantent des graines. C'est le cas de l'association Ackerdemia, à Potsdam, dans le Brandebourg. Son ambition est de lutter contre l'ignorance de plus en plus criante qui sépare la société de la terre qui la nourrit. Et comme une journée à la ferme de temps en temps ne suffit pas, son  projet « Ackern schafft Bildung » (Les champs sont sources de formation) propose un programme complet d'« Académie des légumes ».

Il s'agit de familiariser les enfants dès le plus jeune âge avec les légumes, de leur expliquer d'où ils viennent et comment on les cultive, exercices pratiques à l'appui. Plus de 17 000 bambins et adolescents en Allemagne, en Autriche et en Suisse, issus de toutes les catégories sociales, en ont déjà profité. « Il est très facile d'éveiller l'enthousiasme des enfants et des adolescents pour les jardins et pour la nature en général », souligne Christoph Schmitz, le fondateur. « Mais malheureusement, la plupart d'entre eux n'ont jamais l'occasion d'entrer en contact » avec cet univers.

Le chercheur cultivateur a pour ambition de créer un millier de sites en trois ans pour atteindre 30 000 jeunes. « Le but essentiel est de leur apprendre à accorder de la valeur aux aliments, ce qui rejoint l’ambition du Prix », dit-il. « Notre objectif est de former une jeune génération de consommateurs qui se démarque en comprenant la façon dont la nourriture est produite et en choisissant un mode de consommation conscient et durable. Bref, une génération qui sache ce qu'elle mange ».

A.L.

Plus d’informations :

Concours national « Trop bon pour finir à la poubelle ! » du ministère allemand de l’Alimentation et de l’Agriculture :
Les lauréats en 2019 (en allemand)
Les projets nominés en 2019 (en allemand)

Office de presse et d'information du gouvernement fédéral (en allemand)

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