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Crise du logement : le débat s’enflamme autour du projet d’« expropriations »

Des milliers de personnes ont manifesté le week-end dernier à Berlin (photo) et dans toute l’Allemagne pour protester contre la hausse des loyers

Des milliers de personnes ont manifesté le week-end dernier à Berlin (photo) et dans toute l’Allemagne pour protester contre la hausse des loyers, © dpa

09.04.2019 - Article

Manifestations, pétition : la hausse des loyers suscite la colère des Allemands. À Berlin, certains vont jusqu’à proposer de socialiser une partie du parc immobilier. Une idée très controversée.

Des terrains chers et de plus en plus rares aux abords des grandes villes. Un vivier de logements sociaux qui se tarit. Et des loyers qui grimpent malgré leur encadrement depuis 2015. La crise du logement, qui émerge en Allemagne depuis quelques années, suscite une colère grandissante chez les citadins. Confrontés à des difficultés croissantes pour se loger à des prix abordables, ils sont descendus dans la rue par milliers, le week-end dernier, aux quatre coins du pays. À Berlin, certains ont même été plus loin en lançant une pétition appelant à socialiser une partie du parc immobilier. La proposition suscite une vive polémique.

Ses auteurs accusent, en effet, les grands groupes immobiliers de se livrer à la spéculation et d’être à l’origine de la hausse des loyers. Ils veulent revenir sur la politique de privatisation qui a conduit la ville de Berlin à leur vendre en 2004 des milliers de logements publics. Pour ce faire, ils proposent d’exproprier les bailleurs propriétaires de plus de 3000 logements à Berlin moyennant un dédommagement, comme le permettrait un article de la Loi fondamentale sous certaines conditions.

La proposition est dans l’air depuis plusieurs mois à Berlin. Elle a les faveurs de l’extrême-gauche locale mais suscite aussi une certaine méfiance. Socialiser des biens privés n’est pas anodin dans une ville qui a connu deux dictatures. De plus, les groupes concernés se sentent injustement mis en cause.

Comment remédier au manque de logements ?

Berlin, dans le quartier de Kreuzberg. Les logements loués à des prix abordables sont de plus en plus rares dans la capitale allemande
Berlin, dans le quartier de Kreuzberg. Les logements loués à des prix abordables sont de plus en plus rares dans la capitale allemande© dpa

Ce week-end, avec la mobilisation et le lancement de la pétition, le débat s’est déplacé sur la scène politique nationale. Le co-président des Verts, Robert Habeck, s’est attiré les foudres des libéraux et des partis de la coalition en déclarant qu’il ne trouverait pas absurde de ne pas réserver l’expropriation à la construction d’autoroutes. Il n’a pas exclu de s’en servir en dernier recours pour lutter contre la crise du logement en libérant de cette manière des terrains constructibles en friche. « Du pur populisme de gauche », lui a répondu le ministre allemand de l’Économie, Peter Altmaier. « Cette idée venue tout droit de la RDA ne créera pas un seul logement supplémentaire ».

L’avis du ministre est partagé au sein du gouvernement. Exproprier « n’est pas un moyen adapté pour adoucir la pénurie de logement », a d’ailleurs fait savoir la chancelière Angela Merkel. Le gouvernement a conscience que le niveau élevé des loyers et les prix immobiliers « représentent un fardeau » dans les agglomérations, a-t-elle dit. Mais il y répond par un ensemble de mesures dont les expropriations ne font pas partie.

De fait, la chancelière et son gouvernement mènent depuis plusieurs années une politique d’incitation à la construction de logements (notamment de logements sociaux) qui s’accompagne d’un encadrement des loyers. Cela n’a sans doute pas résolu tous les problèmes, ni clos tous les débats. Mais l’orientation fait consensus. De droite comme de gauche, du secteur privé comme du secteur public, une même conviction est, en effet, partagée: construire davantage est la seule manière de résoudre durablement une crise dont la racine est le manque de logements disponibles.

A.L.

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