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Le réveil politique de la jeunesse

Luisa Neubauer (au centre) au premier rang d’une manifestation de jeunes pour le climat. La jeunesse allemande montre un fort regain d’intérêt pour la politique.

Luisa Neubauer (au centre) au premier rang d’une manifestation de jeunes pour le climat. La jeunesse allemande montre un fort regain d’intérêt pour la politique., © dpa/pa

27.03.2019 - Article

Manifestations pour le climat ou la liberté sur Internet : les jeunes Allemands seraient-ils en train de retrouver goût à la politique ?

Elle étudie la géographie à l’Université de Göttingen. Mais ces dernières semaines, Luisa Neubauer a un peu délaissé les amphis. Tous les vendredis, elle participe en Allemagne aux manifestations « Fridays For Future », les rassemblements de jeunes pour réclamer une politique plus active en faveur du climat. À 22 ans, elle en est même devenue le visage, la « Greta Thunberg allemande », en quelque sorte, même si elle rejette ce surnom.

Luisa Neubauer est à l’image de nombreux jeunes Allemands. Elle n’hésite pas à descendre dans la rue, à s’engager pour défendre les causes qui lui tiennent à cœur, au premier rang desquelles la sauvegarde du climat. D’autres jeunes ont récemment battu le pavé pour s’opposer à la toute nouvelle directive européenne sur le droit d’auteur. C’est un phénomène nouveau par son ampleur.

« Repolitisation »

« La jeunesse fait à nouveau de la politique », rapportait ainsi récemment le quotidien économique « Handelsblatt » (édition du 22/3). Ce regain d’intérêt interpelle jusqu’aux spécialistes. « On observe un degré d’intérêt politique que l’on n’avait plus vu depuis la Réunification », indique Klaus Hurrelmann, sociologue à la Hertie School Of Governance.

Les jeunes se mobilisent pour des causes précises, ponctuelles, mais ils font peu confiance aux partis politiques dont ils se sentent souvent abandonnés.
Les jeunes se mobilisent pour des causes précises, ponctuelles, mais ils font peu confiance aux partis politiques dont ils se sentent souvent abandonnés.© dpa/pa

L’étude Shell, qui étudie périodiquement l’évolution des jeunes de 12 à 25 ans, le confirme : après le pic de 1991 (57 %), la proportion des jeunes Allemands disant s’engager en politique  était retombé à 34 % en 2002 avant de remonter à 46 % en 2015. Elle a sûrement augmenté depuis.

Que s’est-il passé ? Selon le « Handelsblatt », le retour de la prospérité et la bonne santé du marché du travail n’y sont pas pour rien. Avec un chômage au plus haut, la jeunesse allemande du début des années 2000 était focalisée sur son avenir professionnel. Avec un chômage des jeunes aujourd’hui divisé par plus de deux, elle se préoccupe davantage de l’avenir collectif. Le journal esquisse même un parallèle avec le mouvement de 1968, survenu en plein « miracle économique ».

Engagés, pas encartés

Cette « repolitisation » a toutefois une particularité : si les jeunes s’engagent, ils le font en dehors des partis politiques et des structures établies. Ils prennent fait et cause sur des enjeux ponctuels, précis.

Ils ne prennent pas le risque de dialoguer pour essayer de trouver un compromis avec ceux qui pensent différemment, comme le veut la politique « classique », analysent les experts interrogés par le « Handelsblatt ». À moins qu’il ne s’agisse de méthodes et de codes qu’ils ne possèdent pas, comme le décrivent d’autres observateurs ? Ou qu’ils ne se sentent pas écoutés, voire qu’ils se sentent abandonnés par les responsables politiques, comme on le lit aussi souvent ?

Une chose est sûre, les jeunes Allemands ont retrouvé le sens de l’engagement mais le divorce semble consommé avec les partis politiques et les autres structures classiques du débat.

Le constat attriste Klaus Hurrenmann. Le chercheur avait écrit en 2017 une tribune sur le site Internet du « Spiegel » pour appeler les partis politiques se saisir de cette énergie nouvelle en offrant davantage de portes d’entrée aux jeunes. Les idées ne manquent pas : formations, quotas de jeunes sur les listes électorales, etc. Mais pour commencer, il convient de remédier à un problème de fond, juge le spécialiste : l’abstentionnisme des jeunes aux élections. En 2017, ils ont été le groupe qui a le moins voté aux élections législatives. La discussion sur l’abaissement de la majorité électorale à 16 ans, qui dure depuis plusieurs années en Allemagne, a de beaux jours devant elle.

A.L.

Plus d’informations :

Agence fédérale pour l'éducation civique (en allemand)
Étude Shell sur les jeunes allemands (en allemand)
Institut allemand pour la jeunesse (en allemand)

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