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Le Palais de la République de retour à Berlin ?

Berliner Festspiele/Immersion, Photo: Burkhard Peter

Berliner Festspiele/Immersion, Photo: Burkhard Peter, © Berliner Festspiele

13.03.2019 - Article

Symbole de la RDA disparu depuis dix ans du centre de Berlin, le Palais de la République y a fait une brève réapparition il y a quelques jours pour trois jours de spectacles et de débats sur la Révolution de 1989/1990.

Une nappe de brume, un écran de fumée qui tombent du ciel… et soudain stupeur ! Il est de retour, plus vrai que nature. Du 8 au 10 mars, la Maison du Festival de Berlin (Haus der Berliner Festspiele) a brièvement fait revivre un spectre qui a défiguré le centre de Berlin de 1976 à 2008 : le Palais de la République. Il a suffi d’apposer un film autocollant sur le bâtiment du festival pour reconstituer la silhouette honnie de ce symbole du socialisme de la RDA (détruit entre 1998 et 2008), qui abritait le Parlement est-allemand. L’objectif : une «  Immersion  » (c’est le titre du spectacle) dans le passé pour trois jours de spectacles et de débats à la lumière du présent.

À l’heure où l’on parle beaucoup des illusions déçues des habitants de l’ex-RDA, l’idée était de faire dialoguer les deux époques à trente ans d’intervalle. Une idée riche de promesses, comme l’explique Alske Rosenfeld, l’une des créatrices du spectacle-débat. «  On a beaucoup entendu parler, y compris ici, de vexations, du sentiment d’être invisible et inaudible  », dit-elle. «  Il s’agit de rendre à nouveau hommage à ce qui était une révolution qui a abouti à la chute d’un gouvernement, et à un mouvement d’émancipation qui s’est prolongé bien au-delà de la Réunification  ».

Parmi les invités, d’anciens manifestants de 1989, artistes, militants des droits civiques ou responsables politiques ont relu leur expérience à la lumière d’aujourd’hui. C’était une façon de changer de perspective. «  J’ai toujours cru à la Réunification  », rapporte l’écrivain et juriste Bernhard Schlink qui a directement participé aux débats en 1989. «  Et j’ai pensé : c’est maintenant ! La RDA a besoin d’une période de transition, plus ou moins longue. Mais […] une nouvelle Allemagne va naître, nous allons l’inventer ensemble. C’était naïf  ».

Berliner Festspiele/Immersion, Photo: Eike Walkenhorst
Berliner Festspiele/Immersion, Photo: Eike Walkenhorst© Berliner Festspiele

«  Immersion  » ne visait pas à critiquer le passé, pas plus qu’à l’idéaliser. Il s’agissait de s’y replonger pour le revivre dans son authenticité. Les problèmes qui ont fait couler le plus d’encre depuis trente ans (la Réunification, la désindustrialisation, les privatisations massives d’entreprises, l’illusion des «  paysages florissants  » promis par le chancelier Kohl aux Allemands de l’Est, le sentiment d’être dépossédé et rabaissé) ont ainsi eu tendance à passer au second plan. Et l’expérience a resurgi, pleine de vie... et soudain étrangement en phase avec certains débats du présent. Par exemple, le vif débat qui secoue actuellement la ville de Berlin au sujet de la possibilité de pratiquer des expropriations pour résoudre la crise du logement…

Bref, trois jours de débats intellectuellement stimulants pour jeter «  un autre regard sur l’histoire  ». Trois jours hors du temps. Et un adieu définitif au colosse d’acier et de béton aux fenêtres brunâtres. Le Palais de la République a été remplacé au centre de Berlin par le château des Hohenzollern. Reconstruit à l’identique, ce dernier sera inauguré à la fin de l’année.

 

A.L.

Plus d’informations :

Berliner Festspiele (en allemand/ anglais)

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