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Charbon : la fin d’une ère

La mine de Prosper-Haniel, à Bottrop, était la dernière mine de houille d’Allemagne encore en activité. Elle ferme définitivement ses portes ce vendredi

La mine de Prosper-Haniel, à Bottrop, était la dernière mine de houille d’Allemagne encore en activité. Elle ferme définitivement ses portes ce vendredi. Ce sont plus de 150 ans d’histoire industrielle de la Ruhr et de l’Allemagne toute entière qui prennent fin, © dpa

20.12.2018 - Article

Deux siècles d’histoire industrielle de l’Europe s’achèvent ce vendredi dans la Ruhr. La mine de Prosper-Haniel, dernière mine de houille d’Allemagne, ferme définitivement ses portes.

C’est un adieu attendu, mais un adieu lourd de sens. On y entend résonner l’écho de milliers de destins. On y sent vibrer l’identité d’une région de plus de cinq millions d’habitants. On y voit le point final à deux siècles d’histoire économique, sociale et politique qui ont transformé le visage de l’Allemagne et de l’Europe. Ce vendredi 21 décembre, la dernière mine de houille d’Allemagne ferme ses portes à Bottrop, dans la Ruhr.

Il s’agit de la mine de Prosper-Haniel. C’était la dernière mine de houille encore en activité en Allemagne depuis la récente fermeture de la mine d’Ibbenbüren, près de Münster. Ce jeudi, les mineurs ont ramené à la surface la statue de leur patronne, Sainte Barbara. Demain, le puits n° 10, qui plonge à 1 200 mètres sous terre, sera obturé lors d’une cérémonie qui réunira le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le ministre-président du land de Rhénanie-du-Land-Westphalie, Armin Laschet. Les 3 500 dernières « gueules noires » d’Allemagne partiront à la retraite, ou ils ont été embauchés ailleurs. « Prosper Haniel » restera l’ultime symbole de deux siècles d’histoire.

 L’« or noir » de l’industrialisation 

En effet, l’extraction de la houille est attestée pour la première fois dans la région d’Aix-la-Chapelle dès le début du Moyen-Âge, mais c’est au XIXe siècle qu’il faut remonter pour assister à l’essor de ce combustible que l’on va nommer « or noir ». Avec l’invention de la machine à vapeur, le charbon va permettre l’éclosion de la révolution industrielle et transformer la région. Une puissante industrie minière, sidérurgique et chimique, va émerger avec lui et faire naître de riches capitaines d’industrie. L’emploi va attirer dans les villages de la Ruhr une main-d’œuvre venue de toute l’Allemagne, de toute l’Europe même, pour créer l’une des plus grandes agglomérations d’Europe. On y assiste aux premiers combats sociaux. Les populations de diverses origines s’y mélangent. Une identité se crée, directement liée à la mine.

Le bassin minier de la Ruhr est ainsi devenu le moteur de la puissance économique allemande. Fabrique d’armes, il devient aussi un enjeu politique : en 1923, par exemple, les troupes anglaises et françaises l’occupent pour imposer le paiement des réparations prévues par le traité de Versailles. Vingt-cinq ans plus tard, Robert Schuman s’en souviendra. En 1950, il proposera de mettre en commun la production de charbon et d’acier pour empêcher toute nouvelle guerre entre l’Allemagne et la France. La communauté européenne du charbon et de l’acier devient le point de départ de toute la construction européenne.

 Après la guerre, l’âge d’or 

Au même moment, le bassin minier de la Ruhr connaît justement son âge d’or, dans l’élan de la reconstruction qui suit la Seconde Guerre mondiale. En 1957, les mines emploient près de 610.000 mineurs. Elles extraient près de 150 millions de tonnes de houille par an. Mais l’apogée ne dure pas. Jusque-là seule source d’énergie capable de porter l’industrialisation, le charbon se voit de plus en plus concurrencé par un nouvel « or noir » : le pétrole (et le gaz). De plus, le charbon européen n’est plus compétitif. Une part croissante de la consommation de houille est désormais importée. En 1958 éclate la crise du charbon. En 1959 ferme la première mine.

Après le déclin, vers un nouveau départ 

C’est le début d’une lente agonie. En Allemagne, pays du consensus social, les autorités dépensent des milliards de marks en subventions pour maintenir autant que possible l’activité et les emplois. Mais le secteur plonge. Entre 1960 et 1980, le nombre de puits passe de 146 à 39, puis à 12 au début des années 2000. En 1994, le nombre de mineurs passe pour la première fois sous la barre des 100 000. Les régions d’Aix-la-Chapelle (1997), puis de la Sarre (2012) tournent le dos à la houille. En 2007, le Bundestag adopte un plan de fermeture des dernières mines à l’horizon 2018. En 2017, les ultimes mines de la Ruhr ne produisent plus que 3,7 millions de tonnes de houille.

C’est la fin. Une fin sans fin, car l’ère de la houille marquera à jamais la région et son identité, qu’il s’agisse des paysages, de la densité de population, des mentalités, etc. En positif ou en négatif, le charbon est associé à la Ruhr comme à peu d’autres sites en Europe, et la Ruhr à l’histoire du charbon comme peu d’autres régions. La région n’en entend pas moins se tourner aujourd’hui vers l’avenir. La reconversion n’est pas facile. Mais la région possède des atouts, notamment dans le secteur du numérique.

A.L.

 

 

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