Bienvenue sur les pages du Ministère fédéral des Affaires étrangères

Travail à l’ère numérique : l’Allemagne mise sur la formation

1,3 millions d'emplois vont disparaître, 2,1 millions d'autres apparaître en Allemagne grâce au numérique, selon le ministre du Travail allemand, Hubertus Heil. Une nouvelle loi vient d'être adoptée pour faciliter la formation des salariés.

1,3 million d’emplois vont disparaître, 2,1 millions d’autres apparaître en Allemagne grâce au numérique, selon le ministre du Travail allemand, Hubertus Heil. Une nouvelle loi vient d’être adoptée pour faciliter la formation des salariés et préparer la Transition., © dpa/pa

06.12.2018 - Article

La révolution numérique s’apprête à bouleverser le monde du travail. Comment y préparer les salariés ? En Allemagne, les députés viennent d’adopter une loi qui élargit les possibilités de formation tout au long de la vie.

Des usines automatisées, des robots d’assistance pour les personnes âgées, une meilleure santé grâce à la télémédecine et une agriculture dopée par les analyses en temps réel de la composition du sol ou le séquençage du génome des plantes : y a-t-il un secteur qui ne soit pas touché par la numérisation ? La grande révolution de ce début de XXIe siècle transforme nos vies et nos façons de travailler. Par l’ampleur de ses conséquences, on la compare à l’invention de la machine à vapeur, dont a surgi la révolution industrielle. On en espère des avancées décisives, ou on la craint par peur de perdre son emploi. Mais comment s’y préparer ? En Allemagne, les députés viennent d’adopter une loi afin d’accompagner le monde du travail dans sa transition. Elle mise tout sur la formation continue.

Un double constat s’est, en effet, imposé. Premièrement, les entreprises - les PME surtout - n’exploitent pas tout le potentiel qu’offrent les nouveaux outils numériques. Le manque de temps ou d’argent pour développer les compétences nécessaires en est la principale raison.

Deuxièmement, la très grande majorité des métiers va évoluer, voire disparaître. Mais cette perte devrait être plus que compensée par la création de nouvelles activités, soulignent les experts. Quelque 1,2 million d’emplois sont menacés d’extinction d’ici à 2025 en Allemagne, estime ainsi le ministère du Travail et des Affaires sociales. Mais dans le même temps, 2,3 millions d’autres devraient voir le jour.

Faire de la transformation technologique un progrès social

Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est donc de faire en sorte que chacun puisse s’adapter pour ne pas se trouver relégué sur le bas-côté. « C’est une question vitale », martèle Hubertus Heil. Le ministre allemand du Travail a un credo : faire de la révolution technologique un progrès social.

Les situations diffèrent fortement d’un secteur à l’autre. Certains salariés doivent acquérir de nouvelles compétences pour adapter leur métier au nouvel environnement. D’autres doivent repartir de zéro et apprendre une nouvelle profession. « Ce n’est pas simple, mais je n’entrevois pas d’alternative », dit M. Heil. « Les entreprises, les syndicats et les responsables politiques doivent coopérer pour répondre aux inquiétudes ». Car il existe un besoin commun : la formation.

Des aides financières à la formation continue

C’est sur celle-ci que mise le gouvernement allemand. La loi s’intitule « Loi sur les opportunités de qualification ». À partir du 1er janvier prochain, elle élargira l’accès à la formation continue pour tous les salariés quel que soit leur âge, leur niveau de qualification ou la taille de leur entreprise. Elle s’adresse à tous les actifs impactés d’une manière ou d’une autre par la transformation structurelle liée au numérique. Elle améliorera, en particulier, les possibilités de financement des formations, sous réserve d’une participation de l’entreprise.

Les subventions varieront d’ailleurs fortement selon la taille de celle-ci. L’État prendra en charge 100 % du coût de formation d’un salarié d’une entreprise de moins de dix salariés, mais seulement jusqu’à 50 % pour une PME et 25 % pour une entreprise de plus de 250 salariés. Il financera également à 100 % la formation pour les  actifs de plus de 45 ans et les personnes lourdement handicapées dans les sociétés de moins de 250 salariés. Quant aux salariés sans qualification professionnelle, ils seront rémunérés à 100 % (au lieu de 25 % à 75 % dans les autres cas).

Un second dispositif complètera ces aides au financement pour offrir une protection spécifique aux salariés qui enchaînent les emplois de courte durée. La loi leur ouvrira la possibilité de toucher des indemnités de chômage en ayant travaillé douze mois au cours des 30 derniers mois. Il leur fallait cumuler douze mois sur 24 jusqu’à présent. Cette disposition sera en vigueur au moins jusqu’à la fin de l’année 2022.

Cela n’empêchera pas le gouvernement de baisser simultanément les cotisations, étant donné la bonne santé des caisses d’assurance. Le taux de cotisation à l’assurance chômage sera ainsi ramené à 2,6 %, et même à 2,5 % jusqu’à la fin de 2022.

A.L.

Plus d’informations :

Sur les nouvelles mesures en faveur de la formation continue :

Ministère allemand du Travail et des Affaires sociales (en allemand)

Le ministre allemand du Travail, Hubertus Heil, détaille les modalités de l'Offensive pour la qualification à l'ère du numérique (vidéo en allemand)

L'exemple de la Compagnie allemande de chemins de fer Deutsche Bahn (vidéo en allemand)

Études :

Institut de recherche sur le marché du travail et la formation professionnelle (IAB)

Les pionniers de la numérisation investissent plus que les autres entreprises dans la formation continue (en allemand)

Les länder allemands au défi de la numérisation : des besoins d'adaptation variables (en allemand)

Les ordinateurs vont-ils bientôt nous prendre nos emplois ? Interview avec le Prof. Britta Matthes, chercheuse à l'IAB (vidéo en allemand)

Les entreprises et la formation à l'ère numérique. Interview du Prof. Lutz Bellmann, chercheur à l'IAB (vidéo en allemand)

Ministère fédéral du Travail et des Affaires sociales :

Étude prospective sur les impacts de la numérisation sur le marché du travail (en allemand)

Retour en haut de page