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La croix de la discorde

Valorisation de l’identité bavaroise ou instrumentalisation d’un symbole religieux à des fins politiques ? La décision d’installer une croix à l’entrée de toutes les administrations de Bavière est loin de faire l’unanimité © Dpa/pa

Valorisation de l’identité bavaroise ou instrumentalisation d’un symbole religieux à des fins politiques ? La décision d’installer une croix à l’entrée de toutes les administrations de Bavière est loin de faire l’unanimité, © Dpa/pa

02.05.2018 - Article

La décision du gouvernement de Bavière d’imposer une croix à l’entrée de toutes les administrations fait polémique en Allemagne.

Paysages de montagne, traditions, dialecte : en Bavière, l’identité est quelque chose de sacré. Et le catholicisme aussi (il suffit de compter les clochers). Mais de là à imposer l’installation d’une croix à l’entrée de toutes les administrations, comme vient de le décider le gouvernement régional, rien n’est moins évident.

L’homme qui est à l’origine de l’initiative s’appelle Markus Söder. Il est, depuis moins de deux mois, chef du gouvernement (ministre-président) de la Bavière. Et, comme tous ses prédécesseurs depuis des décennies, il est membre de l’Union chrétienne-sociale (CSU). Ce parti conservateur (associé au niveau national à la CDU) n’existe qu’en Bavière. Mais il a le statut d’une véritable institution. Et il est le premier à défendre l’identité bavaroise.

Neutralité de l’État

Il y a une semaine, M. Söder a pris un décret qui fait beaucoup de vagues jusqu’à Berlin. Il impose d’installer une croix à l’entrée des bâtiments administratifs comme on en trouve déjà, la plupart du temps, dans les écoles et les tribunaux du land. Y a-t-il violation du principe de neutralité de l’État, réaffirmé en 1995 par les juges constitutionnels lorsque la Bavière avait voulu imposer le crucifix dans toutes les écoles ?

De nombreuses personnes pensent qu’il s’agit d’un cas limite. M. Söder a reçu le soutien de ses ministres et des conservateurs. Mais au Bundestag, un large front alliant sociaux-démocrates, libéraux, Verts et députés de Die Linke a vertement critiqué son initiative.

La croix, instrumentalisée ?

Le ministre-président leur a répondu que la croix était, certes, un symbole religieux mais qu’elle « fais[ait] aussi partie des fondements de l’État » libre de Bavière. Selon lui, elle « contribue à forger l’identité » de la société et elle renforce la conscience que celle-ci a de ses « valeurs culturelles, sociales et immatérielles ».

La critique, cependant, ne porte pas seulement sur le respect de la neutralité de l’État. Le nouveau chef du gouvernement bavarois est aussi, et peut-être surtout, accusé d’instrumentaliser le symbole de la croix à des fins électorales. La CSU a, en Effet, perdu de nombreuses voix au profit du parti populiste d’extrême droite AfD en septembre dernier. Elle espère les regagner lors des prochaines élections régionales, à l’automne, pour pouvoir conserver sa majorité absolue à l’assemblée de Bavière.

« Celui qui voit dans la croix un symbole culturel ne l’a pas comprise », estime le cardinal Reinhard Marx, président de la Conférence des Évêques d’Allemagne © Dpa/pa
 « Celui qui voit dans la croix un symbole culturel ne l’a pas comprise », estime le cardinal Reinhard Marx, président de la Conférence des Évêques d’Allemagne© Dpa/pa

Ce reproche est le plus largement partagé, y compris en Bavière où la décision semble susciter un certain scepticisme. Et - ce qui a surpris M. Söder - jusque dans l’Église catholique.

Celle-ci voit en effet d’un mauvais œil cette instrumentalisation et elle rejette par ailleurs l’idée d’une identité définie par rejet de l’autre.   « La croix est purement un symbole religieux et elle ne doit pas être réduite au folklore bavarois ou à un ensemble de coutumes », a ainsi affirmé le futur évêque de Würzburg, Franz Jung.

« Qui voit [en elle] un symbole culturel ne l’a pas comprise », a renchéri le cardinal Reinhard Marx, président de la Conférence des Évêques d’Allemagne. « Cela revient à déposséder la croix au nom de l’État ». « Aucun parti, aucun État, ni [lui]-même en tant que cardinal ne peut définir seul ce qui est chrétien ». Pour lui, la décision du gouvernement bavarois crée « de la division, de l’inquiétude et de la confrontation ».


A.L. 


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