Willkommen auf den Seiten des Auswärtigen Amts

Revenu de base : le débat qui fait des vagues en Allemagne

416 euros par mois pour une personne seule : le montant de l’allocation Hartz IV

416 euros par mois pour une personne seule : le montant de l’allocation Hartz IV, © dpa/Geisler-Fotopress

05.04.2018 - Article

L’Allemagne a retrouvé une situation de quasi plein-emploi. Mais cette bonne nouvelle attire l’attention sur la situation des moins favorisés du système : les chômeurs de longue durée et les travailleurs précaires. Berlin annonce des mesures de soutien d’ici à l’été.

Le 14 mars dernier, 15 ans jour pour jour après le lancement des réformes de l’Agenda 2010 par Gerhard Schröder, la chancelière Angela Merkel a entamé son quatrième mandat dans un contexte économique on ne peut plus favorable. La croissance est soutenue et l’Allemagne, proche du plein-emploi, a vu son taux de chômage divisé par deux depuis 2005. Mais cette prospérité, alliée à la montée des populismes, attire l’attention sur les oubliés de la croissance : six millions de personnes vivent du minimum social Hartz IV, dont 800 000 chômeurs de longue durée. Des mesures sont annoncées pour les aider. Mais une proposition du maire de Berlin, Michael Müller, vient d’accélérer le débat.

Michael Müller, le maire de Berlin, propose la création d’un revenu solidaire de base contre l’occupation d’un emploi d’utilité publique
Michael Müller, le maire de Berlin, propose la création d’un revenu solidaire de base contre l’occupation d’un emploi d’utilité publique© dpa

M. Müller a proposé il y a quelques jours la création d’un « revenu solidaire de base ». Il s’élèverait à 1 200 euros, soit le niveau du salaire minimum, et serait versé aux chômeurs de longue durée acceptant d’occuper un emploi d’utilité publique soumis aux cotisations sociales. De quoi mettre du beurre dans les épinards, car l’allocation Hartz IV ne s’élève qu’à 416 euros pour une personne seule. Mais surtout, argue M. Müller, de quoi favoriser le retour à l’emploi classique.

Chômeurs de longue durée : des mesures en perspective

L’idée n’est pas nouvelle. Elle fait florès dans plusieurs pays. En Allemagne, la proposition du maire de Berlin a été diversement accueillie. Le nouveau ministre du Travail et des Affaires sociales, Hubertus Heil, a exclu catégoriquement tout revenu d’existence versé sans condition. Mais il est ouvert à un débat qu’il juge aujourd’hui « nécessaire ».

Lui-même prépare un projet de loi qu’il espère voir aboutir d’ici à l’été. Il s’agit d’un ensemble de mesures visant à créer un « marché du travail social » pour remettre le pied à l’étrier à 150 000 chômeurs de longue durée. Quatre milliards d’euros sont prévus pendant cinq ans pour financer la formation, le placement et surtout des subventions salariales.

« Exiger et encourager »

Au sein du Parti social-démocrate (SPD), auquel appartiennent M. Müller et M. Heil, certains voudraient toutefois aller plus loin. Ils appellent de leurs vœux une refonte plus radicale du système d’assurance-chômage et l’abandon de la philosophie de la réforme Hartz IV : « exiger et encourager ». À l’époque, il s’agissait d’inciter les chômeurs au retour à l’emploi. Mais la dureté des mesures prises (alignement de l’allocation de chômage sur l’aide sociale au bout d’un an, sanctions), n’ont jamais fait l’unanimité au sein du SPD.

À l’inverse, le ministre des Finances et vice-chancelier, Olaf Scholz, actuel président du SPD par intérim, refuse toute remise en cause de la logique des réformes de l’Agenda 2010. Il jugerait plus efficace, pour améliorer la situation des plus démunis, de passer par des hausses de salaire négociées entre patronat et syndicats et d’augmenter le salaire minimum. D’autant qu’on ne peut pas prédire l’avenir de la conjoncture mondiale.

Detlef Scheele est du même avis. « Je mets en garde contre la tentation de remettre en cause tout le système », a déclaré le directeur de l’Agence fédérale pour l’emploi (BA) également membre du SPD. Selon lui, il faut travailler sur les points faibles de la loi Hartz IV, mais il n’y a pas de raisons d’en sortir « car nous avons des succès ». Il appuie les projets de réforme de M. Heil. Mais il estime que la notion de revenu solidaire de base éveille « des attentes qu’il ne peut pas remplir ».

L’Union chrétienne-démocrate (CDU) d’Angela Merkel et le patronat sont encore plus réticents. Leur principale crainte : que soient massivement créés des emplois artificiels, financés par les contribuables.

A.L.

Retour en haut de page