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Face à la Chine, une nouvelle stratégie industrielle

Pour faire face à la concurrence croissante de la Chine et des États-Unis, le ministre de l’Économie, Peter Altmaier, propose un soutien ciblé aux nouvelles branches industrielles

Pour faire face à la concurrence croissante de la Chine et des États-Unis, le ministre de l’Économie, Peter Altmaier, propose un soutien ciblé aux nouvelles branches industrielles que sont par exemple la fabrication de batteries, l’intelligence artificielle ou la biochimie. Il souhaite également renforcer la protection des entreprises allemandes contre les OPA hostiles venant de l’étranger, © dpa-Zentralbild

06.02.2019 - Article

Le ministre de l’Économie, Peter Altmaier, a présenté les grandes lignes d’une stratégie industrielle nationale pour 2030. De manière inhabituelle en Allemagne, il prône une intervention ciblée de l’État face à l’accélération de la mondialisation et au protectionnisme.

Peter Altmaier a lancé un débat, et il s’en félicite. Le ministre allemand de l’Économie et de l’Énergie présentait mardi à Berlin les grandes lignes d’une stratégie industrielle nationale qu’il entend mettre en œuvre à l’horizon 2030. Certaines de ses propositions en faveur d’un État plus interventionniste sont inhabituelles en Allemagne.

« Cartes rebattues »

Le ministre allemand de l‘Économie et de l’Énergie, Peter Altmaier, a présenté hier à Berlin les grandes lignes d’une stratégie industrielle nationale pour les dix prochaines années
Le ministre allemand de l‘Économie et de l’Énergie, Peter Altmaier, a présenté hier à Berlin les grandes lignes d’une stratégie industrielle nationale pour les dix prochaines années© dpa

Dans ce document, M. Altmaier commence par brosser le tableau des défis actuels. D’une part, la mondialisation et l’innovation de rupture s’accélèrent, de l’autre les tendances protectionnistes et les interventions étatiques se multiplient. « Les cartes sont en train d’être rebattues. Nous ne sommes qu’au début d’un bouleversement », dit-il.

Le risque, pour l’Allemagne comme pour l’Europe, est de perdre du terrain ou de ne pas s’imposer dans des secteurs clés pour la croissance de demain. Rester les bras croisés est risqué. Les stratégies de politique industrielle sont d’ailleurs de retour un peu partout dans le monde, note-t-il.

Une nouvelle stratégie industrielle pour l’Allemagne et l’Europe

M. Altmaier propose plusieurs pistes pour permettre à l’Allemagne et à l’Europe de défendre leurs intérêts industriels. Il recommande de soutenir de manière ciblée les nouvelles branches industrielles que sont par exemple la fabrication de batteries électriques, l’intelligence artificielle et la biochimie.

Il suggère également de mieux protéger les entreprises allemandes et européennes contre les OPA hostiles de l’étranger. Au mois de décembre, Berlin avait déjà abaissé le seuil à partir duquel l’État peut intervenir pour empêcher le rachat de parts d’entreprises allemandes par des investisseurs non-européens dans des secteurs stratégiques, comme ce fut le cas avec la prise de contrôle du fabricant de robots Kuka par le Chinois Midea en 2016.

Intervention de l’État dans des cas ciblés

Cette fois, M. Altmaier va jusqu’à évoquer l’acquisition par l’État de parts de ces sociétés via un fonds de participation. C’est une idée qui tranche avec le laisser faire traditionnel de la politique économique allemande, dont les bases ont été posées dans les années 1950 par le libéral Ludwig Erhard. M. Altmaier a toutefois défini précisément ses intentions. Selon lui, « une action de l’État ne peut entrer en considération que de manière exceptionnelle et temporaire, dans des cas d’une importance fondamentale et lorsque toutes les autres options se sont révélées insuffisantes ».

Le ministre a défini dix branches stratégiques où une telle action serait envisageable : l’acier, la chimie, la construction mécanique, l’automobile, les appareils médicaux, les technologies vertes, l’impression 3D ou encore l’aéronautique.

Enfin, il a formulé une dernière proposition : la constitution de « champions nationaux ». Il juge que l’État ne doit pas laisser sans soutien les grandes groupes nationaux – tels que Siemens, Deutsche Bank, Thyssen-Krupp ou des constructeurs automobiles – lorsqu’ils traversent une phase difficile. « La taille compte », a-t-il souligné.

Le ministre allemand est d’ailleurs également favorable aussi à la constitution de champions européens, à l’instar du projet de fusion entre Alstom et Siemens dans le secteur ferroviaire, rejeté aujourd’hui par la Commission européenne. Peter Altmaier est, comme son homologue français, Bruno Le Maire, favorable à une réforme des critères d’examen pour les fusions d’entreprises en Europe. En matière de concurrence, le marché à considérer est le marché mondial, et non européen, a-t-il souligné.

Avec cette stratégie, M. Altmaier espère maintenir, et même accroître la puissance industrielle européenne, clé de la prospérité et de l’emploi. Il se fixe des objectifs chiffrés : faire passer la part de l’industrie dans le produit intérieur (PIB) de 23 % à 25 % en Allemagne et de 16 % à 20 % en Europe d’ici à 2030.

En Allemagne, ces propositions novatrices ont reçu un accueil partagé. La Fédération de l’industrie allemande (BDI) y voit « une série de propositions intéressantes à discuter » alors que d’autres évoquent une politique dirigiste rappelant la RDA. Le débat ne fait que commencer. Le ministre a lui-même invité les syndicats, le patronat et les parlementaires allemands à s’y investir pleinement.

A.L.

Plus d’informations :

Ministère allemand de l’Économie et de l’Énergie :
Télécharger la Stratégie industrielle nationale (en allemand)
La politique industrielle de l'Allemagne (en allemand)
La transformation numérique de l'industrie (en allemand)

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