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Les industriels allemands redoutent une guerre commerciale États-Unis-Europe

Depuis le 1er juin, les États-Unis imposent aux Européens des taxes douanières à l’importation sur l’acier et l’aluminium. L’Union européenne (UE), en réaction, a décidé d’imposer certains produits américains comme les jeans ou le whisky à partir du 1er juillet

Depuis le 1er juin, les États-Unis imposent aux Européens des taxes douanières à l’importation sur l’acier et l’aluminium. L’Union européenne (UE), en réaction, a décidé d’imposer certains produits américains comme les jeans ou le whisky à partir du 1er juillet, © picture alliance

13.06.2018 - Article

Quelle réponse aux taxes douanières américaines sur l’acier et l’aluminium européens ? L’Union européenne s’apprête à pénaliser à son tour certains produits américains. En Allemagne, la perspective d’une guerre commerciale inquiète les industriels.

Ce n’est pas encore un signal d’alarme, mais c’est peut-être un signe annonciateur d’orage. Dans son bulletin mensuel, le ministère allemand de l’Économie et de l’Énergie (BMWI) constate ce mercredi que la croissance allemande a débuté le deuxième trimestre au ralenti en enregistrant un recul inattendu des commandes industrielles. Les carnets de commandes restent pleins pour plusieurs mois, et la situation économique très bonne, précise le BMWI. Mais  « l’accroissement des risques en matière de commerce extérieur rend les acteurs économiques attentistes », notamment « les investisseurs ». « La politique étrangère et commerciale des États-Unis et la formation du gouvernement en Italie ont renforcé l’incertitude […] ».

De fait, les taxes douanières imposées à l’Europe par les États-Unis de Donald Trump inquiètent en Allemagne. Le gouvernement allemand les a jugées « illégales » du point de vue du droit commercial international et rejetées. L’Union européenne (UE) prépare des mesures pour pénaliser certains produits américains, tels que le whisky ou les jeans. Mais les industriels, et en particulier les constructeurs automobiles allemands redoutent une escalade qui mènerait à une guerre commerciale transatlantique.

 

Les constructeurs automobiles en première ligne

Les constructeurs automobiles allemands s’inquiètent d’une guerre commerciale entre les États-Unis et l’Europe
Les constructeurs automobiles allemands s’inquiètent d’une guerre commerciale entre les États-Unis et l’Europe© dpa-Zentralbild

L’industrie automobile risquerait d’être la première visée, et une telle perspective coûterait cher, expliquent différents spécialistes. Fin mai, l’institut Ifo évaluait ainsi à cinq milliards d’euros la facture d’un relèvement des taxes américaines sur les voitures importées d’Allemagne. « Aucun pays n’aurait davantage à craindre de telles taxes en chiffres absolus que l’Allemagne », commentait l’un de ses dirigeants, Gabriel Felermeyer.

L’analyse est partagée par Ethan S. Harris, économiste d’une grande banque américaine interrogé cette semaine par le quotidien Die Welt. « Après l’acier et l’aluminium, les prochaines cibles pourraient être l’automobile européenne et l’électronique asiatique », dit-il.

Et « l’Allemagne serait potentiellement le plus grand perdant », ajoute le journal, car « aucun pays du G7 n’est autant intégré dans l’économie mondiale, ni dépendant d’elle que la première économie européenne ». Importations et exportations représentent plus de 70 % de la performance économique de l’Allemagne, contre 50 % pour l’Italie, 45 % pour la France et seulement 20 % pour les États-Unis. Cela laisse penser à certains économistes interrogés par le quotidien que la raison économique ne l’emportera pas forcément.

Dans ce contexte, certains constructeurs automobiles allemands appellent à la prudence. « Je pense qu’on doit proposer des négociations », déclarait vendredi dans la presse le président de l’équipementier ZF Friedrichshafen, Wolf-Henning Scheider. Par exemple, « nous pourrions faire des concessions aux États-Unis en abolissant la taxe douanière de 10 % qui est imposée sur les véhicules américains. Ce serait un acte symbolique ». 

À Berlin, le gouvernement n’a pas non plus fermé la porte à la négociation. « Les taxes douanières américaines […] sont illégales » et l’UE va y répondre, a déclaré lundi son porte-parole, Steffen Seibert. « En même temps […], les membres du G7 ont aussi décidé d’engager d’ici à la fin de l’année des négociations sur les règles internationales pour réduire les distorsions de concurrence […] », a-t-il ajouté. « Qu’un signal commun puisse être envoyé est selon nous positif. Par ailleurs, nous continuons à plaider pour qu’une solution soit recherchée et trouvée sur le problème de l’acier et de l’aluminium. »

A.L.


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