Bienvenue sur les pages du Ministère fédéral des Affaires étrangères

Berlin ouvre le chantier des retraites

65 % des Allemands voient dans le vieillissement de la population un risque, principalement d’augmentation de la pauvreté chez les personnes âgées. Ils n’étaient que 55 % dans ce cas en 2014 © Dpa/pa

65 % des Allemands voient dans le vieillissement de la population un risque, principalement d’augmentation de la pauvreté chez les personnes âgées. Ils n’étaient que 55 % dans ce cas en 2014., © Dpa/pa

07.05.2018 - Article

Comment préserver un « contrat fiable entre les générations » au-delà de 2025 ? À l’heure où un nombre croissant d’Allemands craint que vieillesse ne rime avec pauvreté, Berlin a chargé une commission de faire des propositions.

C’était l’un des chantiers prioritaires inscrits dans le contrat de coalition. Le gouvernement allemand a ouvert la semaine dernière le premier volet de ses projets en matière de retraites : la mise en place d’une commission chargée de réfléchir à l’après-2025.

Ce groupe d’experts comptera dix personnalités : des responsables politiques, des représentants des partenaires sociaux et des chercheurs. Leur mission sera d’élaborer des propositions pour prévenir une dégradation des revenus des retraités à partir de 2025.

Hubertus Heil, ministre fédéral du Travail et des Affaires sociales, a présenté la semaine dernière la commission qui sera chargée de faire des propositions pour préserver un « contrat fiable entre les générations » © Dpa/pa
Hubertus Heil, ministre fédéral du Travail et des Affaires sociales, a présenté la semaine dernière la commission qui sera chargée de faire des propositions pour préserver un « contrat fiable entre les générations »© Dpa/pa

Il s’agit d’établir « un nouveau contrat fiable entre les générations », a annoncé le ministre allemand du Travail et des Affaires sociales, Hubertus Heil. La réflexion sera guidée par un double objectif : sécuriser le niveau des retraites à 48 % du salaire moyen (le niveau actuel) et stabiliser le niveau des cotisations à 20 % maximum (contre 18,6 % aujourd’hui). La loi actuelle, issue des réformes des années 2000, autorise en théorie un abaissement du niveau des retraites à 43 % du salaire moyen à l’horizon 2030 et une hausse des cotisations allant jusqu’à 22 %.

Réflexion « sans tabous »

La commission dévoilera ses recommandations en 2020. Indépendante et composée de personnalités aux avis très divers, elle travaillera « sans tabous », a assuré sa coprésidente Gabriele Lösekrug-Möller, ancienne secrétaire d’État parlementaire au ministère du Travail.

Les pistes de réformes sont en effet très variées. Dans une récente étude, le chercheur Axel Börsch-Supan a chiffré à 80 milliards d’euros par an le surcoût du maintien concomitant du niveau des retraites et du niveau des cotisations à partir de 2035. Selon lui, le seul moyen de le financer serait de repousser l’âge de la retraite à 69 ans en 2030 et à 71 ans en 2045.

À l’inverse, la Confédération allemande des syndicats (DGB) rejette tout relèvement de l’âge du départ en retraite. Bien des gens ont déjà du mal à travailler jusqu’à 65 ou 67 ans, note Annelie Buntenbach, représentante du syndicat au sein de la commission sur les retraites. « Aller encore plus loin revient à empêcher ceux qui ont un travail physiquement pénible – sur les chantiers, les chaînes de montage ou à l’hôpital – d’y parvenir et les contraindre à des décotes importantes ».

Le retour de la pauvreté du 3e âge ?

Tous les experts s’accordent néanmoins sur un point : la nécessité d’agir. L’arrivée à l’âge de la retraite des générations nombreuses du baby-boom, ainsi que les mutations du marché du travail risquent en effet de dégrader les conditions de vie des retraités au cours des prochaines années.

Or, à l’heure actuelle, déjà, les retraités allemands ne comptent pas parmi les mieux lotis. Selon une étude publiée par l’OCDE en décembre dernier, le niveau des retraites publiques atteint 51 % du revenu antérieur en Allemagne, contre 63 % en moyenne dans l’OCDE. Seuls le Mexique, la Pologne, le Chili, le Royaume-Uni et le Japon font moins bien. Les bas revenus ne touchent en Allemagne que 55 % de leur ancien salaire, contre 73 % dans l’OCDE. Les plus exposés à la pauvreté sont les indépendants soumis aux nouvelles formes de contrats de travail, les femmes et les parents isolés.

La peur d’une baisse de revenus significative après le départ à la retraite étreint d’ailleurs une part croissante de la population allemande. Selon un sondage de l’institut d’Allensbach pour la Fondation Bertelsmann, 65 % des Allemands voient dans le vieillissement de la population un risque : en grande majorité (83 %) un risque accru de pauvreté. Le chiffre a bondi de dix points depuis 2014.

Dans ces circonstances, 80 % des sondés redoutent un relèvement de l’âge légal de la retraite et 77 % une hausse des cotisations. Ils ne sont plus aujourd’hui que 25 % à souhaiter quitter la vie professionnelle avant l’âge légal – ils étaient 52 % en 2002. Et la proportion de personnes qui souhaitent travailler au-delà de l’âge légal a bondi dans le même temps de 5 % à 12 %.

A.L.

 

Plus d’informations :

Ministère allemand du Travail et des Affaires sociales (en allemand)

Office de presse et d'information du gouvernement fédéral (en allemand)

Dossier du Centre fédéral pour l'éducation politique (BPB) sur la politique allemande en matière de retraite (en allemand)

Retour en haut de page