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Jacques Chirac, artisan de l’amitié franco-allemande

Le président Jacques Chirac et le chancelier allemand Gerhard Schröder le 6 juin 2004 lors du 60e anniversaire du Débarquement (g.) et au restaurant Chez Philippe à Blaesheim (Alsace) le 31 janvier 2001 (en haut à dr.). Bain de foule du président Chirac avec la chancelière Angela Merkel en décembre 2006 au château de Mettlach, en Sarre

Le président Jacques Chirac et le chancelier allemand Gerhard Schröder le 6 juin 2004 lors du 60e anniversaire du Débarquement (g.) et au restaurant « Chez Philippe » à Blaesheim (Alsace) le 31 janvier 2001 (en haut à dr.). Bain de foule du président Chirac avec la chancelière Angela Merkel en décembre 2006 au château de Mettlach, en Sarre, © (dr. à g., h. en b.) : dpa / dpa - Fotoreport/ dpa

27.09.2019 - Article

Européen, l’ancien président français décédé hier à l’âge de 86 ans a apporté sa pierre à l’œuvre de réconciliation et de paix engagée par ses prédécesseurs à partir de la fin des années 1950. Notamment aux côtés du chancelier Gerhard Schröder.

L’un aimait le bon vin et la tête de veau, l’autre la bonne bière. Quand Jacques Chirac accède à l’Élysée le 7 mai 1995, c’est un terrien bon vivant qu’il trouve en face de lui à Bonn : le chancelier Helmut Kohl (1982-1998). Humainement, le courant passe. Politiquement, Jacques Chirac a voté en faveur du traité de Maastricht dont Kohl a été l’un des principaux artisans avec François Mitterrand. Il s’attache immédiatement à réaliser l’une de ses principales ambitions : le passage à l’euro. Mais à Bonn, le chancelier de l’unification quitte bientôt le pouvoir.

Gerhard Schröder est élu le 27 septembre 1998. À la différence du chrétien-démocrate et européen dans l’âme Kohl (CDU), il est social-démocrate (SPD). Et comme souvent dans les « couples » politiques franco-allemands, les débuts sont plutôt âpres. Tension sur l’avenir de la Politique agricole commune, sur le choix du futur directeur de la Banque centrale européenne (BCE) : « les deux premières années furent émaillées de conflits », reconnaît Gerhard Schröder dans l’hommage qu’il rend aujourd’hui à Jacques Chirac dans le Figaro. La pression culmine au sommet européen de Nice en décembre 2000. « Le ton est monté », dit Schröder, « et nous ne sommes parvenus que laborieusement à un compromis ».

« Blaesheim »

Mais l’échec est porteur d’enseignement. Et la crise est salutaire. Jacques Chirac et Gerhard Schröder prennent conscience que l’Europe ne peut avancer sans accord entre la France et l’Allemagne. Un mois après le sommet de Nice, ils se retrouvent à Blaesheim, en Alsace, le 31 janvier 2001. Le dîner informel apaise les esprits et amorce un tournant. Jacques Chirac et Gerhard Schröder conviennent de se réunir de manière informelle toutes les six à huit semaines pour discuter et harmoniser leurs positions sur l’Europe.

Ce « processus de Blaesheim » crée rapidement une dynamique. Après Adenauer et De Gaulle, Schmidt et Giscard, Kohl et Mitterrand, un nouveau « couple » franco-allemand est en train d’émerger. Agriculture, élargissement de l’Union européenne à l’est : il résout les crispations et affiche son entente, sa proximité.

Une « nouvelle étape » en 2003

Une étape cruciale est ainsi franchie au début de l’année 2003. Sur le plan international, d’abord. La France fait front commun avec l’Allemagne pour refuser la guerre en Irak voulue par les États-Unis. Elle monte au créneau dans l’enceinte des Nations unies, défendant la position commune.

Sur le plan bilatéral, ensuite. Le 22 janvier 2003, Jacques Chirac et Gerhard Schröder profitent du 50e anniversaire du traité franco-allemand de l’Élysée, qui réunit les Parlements allemand et français au château de Versailles, pour « engager une nouvelle étape dans la coopération » franco-allemande. Dans une déclaration commune, ils affichent leur volonté de « proposer à [leurs] partenaires une vision commune de l’Europe », ils souhaitent « la réussite de la Convention sur l’avenir de l’Europe » (chargée de rédiger une Constitution européenne) et ils appellent à faire progresser la politique européenne de sécurité et de défense.

Ils annoncent, par ailleurs, une série de projets pour relancer la coopération franco-allemande : plan pour relancer l’apprentissage de la langue du partenaire, élaboration d’un manuel d’histoire franco-allemand pour les lycéens, etc. Tous ces projets verront le jour. Ils s’ajouteront à un projet déjà réalisé depuis 1999 : la création d’une Université franco-allemande.

Enfin, les efficaces rencontres de Blaesheim donnent bientôt le jour à un nouveau format : la tenue régulière de conseils des ministres franco-allemands. Ils se tiennent alternativement en France et en Allemagne, réunissent un nombre variable de ministres et permettent jusqu’à aujourd’hui de faire avancer en permanence l’agenda bilatéral. Il est aussi prévu dès 2003 qu’un membre d’un gouvernement français puisse assister au conseil des ministres allemand, et inversement. Cette possibilité sera utilisée à partir de 2010.

Cette relance de la coopération franco-allemande donne de l’élan aux relations entre les deux pays et à l’Union européenne. La France et l’Allemagne semble avoir retrouvé un « couple » aussi solide qu’au temps de Konrad Adenauer et le général De Gaulle, Helmut Schmidt et Valéry Giscard d’Estaing ou Helmut Kohl et François Mitterrand. Pour preuve, en 2003, lorsque Gerhard Schröder doit participer à un débat crucial au Bundestag pour défendre son Agenda 2010, il laisse à Jacques Chirac le soin de présenter la position de l’Allemagne à Bruxelles, dans un sommet européen.

Le symbole, lors du 60e anniversaire du Débarquement

Mais c’est sans doute en 2004 que cette confiance et cet élan se traduisent avec le plus de force. Le 6 juin 2004, le chancelier Gerhard Schröder est, à l’invitation de Jacques Chirac, le premier chancelier allemand à participer aux commémorations du Débarquement sur les plages de Normandie. Il salue « un geste noble et touchant, dont [il est] très reconnaissant » et qui « exprime le fait que la période de l’après-guerre est définitivement terminée ».

À l’issue de la cérémonie internationale, une cérémonie franco-allemande se tient au Mémorial de la Paix de Caen. Les deux hommes se donnent une accolade remplie d’émotion. « En ce jour du souvenir et de l’espérance, les Françaises et les Français vous reçoivent plus que jamais en ami », déclare Jacques Chirac. « Ils vous reçoivent en frère ». Ce geste symbolique fera date dans l’histoire de la réconciliation franco-allemande.

« Jacques Chirac était un homme politique d’expérience, un Européen doté d’une conscience historique, un homme charmant », souligne aujourd’hui l’ancien chancelier. « Il a toujours tendu la main à l’Allemagne […] C’était devenu un ami. Il va me manquer ».

En 2005, le ‘non’ français au référendum sur la Constitution européenne, puis le départ du chancelier mettront fin au tandem Chirac-Schröder. À la fin de son deuxième mandat, Jacques Chirac poursuivra l’œuvre de coopération avec Angela Merkel. La chancelière s’est déclarée hier « très attristée » par la mort de l’ancien président français. « Il était pour nous, Allemands, et pour moi à titre personnel un partenaire exceptionnel et un ami ».

Depuis hier, la presse allemande rend hommage à l’ancien président Jacques Chirac (1932-2019) en ligne et dans les kiosques
Depuis hier, la presse allemande rend hommage à l’ancien président Jacques Chirac (1932-2019) en ligne et dans les kiosques© Allemagne Diplomatie

« L’Allemagne doit beaucoup à Jacques Chirac », a aussi souligné le président allemand, Franck-Walter-Steinmeier. Au-delà de la politique, les quotidiens allemands sont nombreux, ce vendredi, à rendre hommage à l’ancien président français. Le « Süddeutsche Zeitung » fait sa Une sur « Monsieur Frankreich ». « Die Welt » loue « Le dernier président français d'envergure », le magazine « Spiegel Online » un homme « accessible », le « Tagesspiegel » Un gaulliste ouvert au monde« et le »Frankfurter Allgemeine Zeitung« »Le dernier monarque républicain« .

Tous reviennent sur la contribution de Jacques Chirac à la coopération franco-allemande. Mais aussi, très souvent, sur sa reconnaissance de la responsabilité de l’État français dans les déportations de juifs pendant la Collaboration.

A.L.

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