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Il y a 70 ans, les «  Pères  » de la République

Il y a 70 ans, le 15 septembre 1949, le chrétien-démocrate Konrad Adenauer (1876-1967) devenait le premier chancelier de la République fédérale d’Allemagne (photo : en 1952 au Bundestag)

Il y a 70 ans, le 15 septembre 1949, le chrétien-démocrate Konrad Adenauer (1876-1967) devenait le premier chancelier de la République fédérale d’Allemagne (photo : en 1952 au Bundestag), © dpa/pa

13.09.2019 - Article

Fondée en mai 1949 avec la proclamation de la Loi fondamentale, la République fédérale prend corps en septembre 1949 avec l’institution du premier Bundestag, l’élection du premier président, Theodor Heuss, et celle du premier chancelier, Konrad Adenauer.

La naissance du Bundestag

Le 14 août 1949, plus de 31 millions d’électeurs sont appelés aux urnes en République fédérale pour les premières élections législatives. Seuls les électeurs de Berlin-Ouest n’ont pas le droit de prendre part au vote en raison du statut particulier de la ville.

La campagne électorale est intense. Le principal sujet de controverse concerne l’ordre économique et social à mettre en place. Le pays n’est sorti que récemment (en juin 1948) du rationnement et de l’économie administrée qui avaient succédé à l’économie de guerre. L’équilibre entre libéralisme et étatisme fait encore débat.

L’Union chrétienne-démocrate (CDU) a tranché la discussion en interne. En juin 1949, elle a adopté les «  principes de Düsseldorf  » : ils marquent sa conversion à «  l’économie sociale de marché  » défendue par l’économiste Ludwig Erhard. À l’inverse, le Parti social-démocrate (SPD) dirigé par Kurt Schumacher mise encore sur la planification, notamment pour les grandes branches industrielles (il faudra attendre 1959 et le congrès de Bad Godesberg pour qu’il change de position). Il reproche à Erhard d’avoir accru le chômage et fait monter les prix par la réforme monétaire de juin 1948.

Dix-neuf partis se disputent le suffrage des électeurs. Onze décrocheront des mandats de député. La participation est élevée (78,5%) Et le résultat surprend beaucoup d’Allemands : les Union chrétiennes (CDU/ CSU) devancent d’une courte tête (31 % des voix contre 29,2 %) le SPD. Les libéraux (FDP) s’installent déjà comme la troisième force politique (11,9 %). Ils joueront ce rôle de «  faiseur de majorité  » pendant plusieurs décennies. Quant aux partis extrémistes, de gauche comme de droite, ils sortent laminés du scrutin.

Le premier Bundestag se constitue le 7 septembre 1949 dans un gymnase reconverti en salle plénière. La séance débute sur les notes d’une ouverture de Beethoven, «  La Consécration de la maison  ». C’est la première fois depuis le vote de la loi sur les pleins pouvoirs accordés à Adolf Hitler en mars 1933 qu’un parlement librement élu se réunit en Allemagne.

Le social-démocrate Paul Löbe, doyen et président de séance, prend alors la parole. «  Qu’attend le peuple allemand du travail du Parlement ?  », demande-t-il. Il cite la stabilité gouvernementale, la prospérité, l’unité nationale et l’union de l’Europe. 70 ans plus tard, ces objectifs semblent atteints. Le Bundestag s’est réuni plus de 4200 fois en séance plénière et il a adopté plus de 64.000 textes de loi.

Deux figures «  paternelles  »

 

Il y a 70 ans, le 12 septembre 1949, le libéral Theodor Heuss (1884-1963) devenait le premier président de la République fédérale d’Allemagne (photo : lors de la prestation de serment)
Il y a 70 ans, le 12 septembre 1949, le libéral Theodor Heuss (1884-1963) devenait le premier président de la République fédérale d’Allemagne (photo : lors de la prestation de serment)© dpa/pa

De caractères opposés, mais dotés d’une longue expérience et d’une grande influence l’un et l’autre, ils seront rapidement considérés comme les «  pères  » de la République fédérale. Le libéral Theodor Heuss devient le premier président de la République fédérale le 12 septembre 1949. Trois jours plus tard, le 15, le chrétien-démocrate Konrad Adenauer en devient le premier chancelier.

Theodor Heuss (1884-1963), premier président fédéral (1949-1959)

Docteur en sciences politiques, journaliste et écrivain de profession, Theodor Heuss était un intellectuel, d’origine bourgeoise, aux antipodes de l’homme d’action et de pouvoir que fut Konrad Adenauer. Mais il avait en commun avec le premier chancelier fédéral une longue expérience politique.

Élu député au Reichstag sous l’étiquette d’un parti libéral (le DDP) en 1924, il fut déchu de son mandat en 1933 et dû retourner à l’écriture pour vivre. En 1948, il fut l’un des fondateurs du parti libéral FDP et son premier président. Il fut également membre du Conseil parlementaire qui rédigea la Loi fondamentale.

Sous ses deux mandats présidentiels (1949-1954, 1954-1959), il exerça une grande influence sur la société allemande par ses grands discours, mais aussi par son style : doux, paternel, humble et plein d’humour. Il lui redonna confiance en elle, confiance en l’avenir et joie de vivre.

Sa plus grande ambition fut ainsi de «  décrisper  » les tensions et les fractures qui la parcouraient : entre partisans de la gauche et de la droite, entre anciens nazis et anti-nazis, etc. Il s’efforça aussi de combattre les préjugés à l’égard des émigrants, des déplacés affluant en Allemagne et des Alliés.

 

Konrad Adenauer (1876-1967), premier chancelier fédéral (1949-1963)

 

Issu de la bourgeoisie catholique rhénane et juriste de formation, Konrad Adenauer a été élu chancelier par le Bundestag à une voix de majorité, et sur le tard : il avait 73 ans. Son âge fut un atout pour l’élection : certains députés s’attendaient à ce qu’il demeure une figure de transition.

Peine perdue : il devait rester au pouvoir pendant 14 ans, adopter un style de gouvernement ressenti par certains comme «  autoritaire  » (on a parlé à son propos de «  démocratie patriarcale  »). Et surtout, il devait fixer pour longtemps les grandes orientations politiques et économiques de la République fédérale.

On lui doit notamment d’avoir ancré la démocratie en Allemagne, créé une prospérité durable en développant l’économie sociale de marché, mais aussi sorti son pays de l’isolement diplomatique pour en  faire un «  partenaire du monde libre, respecté et digne de confiance  », intégré l’Allemagne dans le bloc de l’Ouest, et joué un rôle majeur dans la réconciliation franco-allemande et la naissance de la construction européenne. » L’unité de l’Europe était un rêve pour quelques-uns. Elle est devenue l’espoir d’un grand nombre. Elle est aujourd’hui une nécessité pour nous tous « , déclarait-il.

Adenauer pouvait s’appuyer sur une longue expérience. Il avait été élu maire de Cologne (1917-1933) avant même la fin de la Première Guerre mondiale. Il avait occupé d’éminentes fonctions sous la République de Weimar (Président du Conseil d’État prussien de 1920 à 1933) avant de devoir se mettre en retrait de la politique (et même d’être emprisonné en 1934 et 1944) sous le nazisme. À partir de 1945, il avait été l’un des fondateurs de l’Union chrétienne-démocrate. Puis il avait présidé le Conseil parlementaire, c’est-à-dire l’«  assemblée constituante  » qui avait rédigé la Loi fondamentale en 1948-1949.

Chancelier (et ministre des Affaires étrangères jusqu’en 1955), il se révéla un diplomate habile, défendant les intérêts de son pays face aux Alliés en se mettant avec eux sur un pied avec eux. Persuasif et brillant tacticien, il sut aussi rassurer les Allemands par sa simplicité, sa détermination tranquille et l’emploi d’un langage simple et accessible. Il réunit ainsi progressivement un très large consensus autour de sa politique.

A.L.

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