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L’Allemagne souhaite une solution pour un Brexit « ordonné »

« Il reste du temps pour négocier », a dit Angela Merkel après le rejet de l’accord sur le Brexit par les députés britanniques, mais Londres doit commencer par clarifier sa position

« Il reste du temps pour négocier », a dit Angela Merkel après le rejet de l’accord sur le Brexit par les députés britanniques, mais Londres doit commencer par clarifier sa position. En Allemagne, le gouvernement comme les entreprises entendent tout faire pour que le Brexit se déroule de manière ordonnée., © picture alliance / Photoshot

16.01.2019 - Article

Après le rejet par le Parlement britannique de l’accord négocié avec l’Union européenne, l’Allemagne espère encore un « Brexit ordonné ». Un Brexit sans accord serait synonyme de dégâts majeurs, souligne notamment le patronat. Même si Berlin s’y est préparé.

Nouveau vote à Westminster ? Nouveau référendum ? Report ? Statut « norvégien » pour la Grande-Bretagne ? Brexit sans accord ? À dix semaines du 29 mars, date prévue pour le Brexit, bien malin qui peut prédire la forme que prendra la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE). Le Parlement britannique a massivement rejeté hier l’accord négocié avec l’UE par la Première ministre, Theresa May. En Allemagne, on regrette profondément cette décision mais on conserve l’espoir d’un « Brexit ordonné ». « Il y a encore du temps pour négocier », a souligné dès ce matin Angela Merkel. La chancelière, tout en rejetant une renégociation de l’accord, souhaite trouver une solution pour éviter le coût considérable qu’entraînerait un Brexit sans accord.

Pour les autorités allemandes, c’est à Londres de faire le premier pas en clarifiant sa position. Les députés britanniques ont « rejeté ce que nous avons négocié pendant des mois et que le gouvernement britannique a approuvé », a souligné le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas. « Mais ce qu’ils souhaitent véritablement n’est pas apparu clairement. Uniquement ce qu’ils ne veulent pas. Cela ne suffit pas. »

L’accord négocié par la Première ministre britannique, Theresa May, avec l’Union européenne (UE) sur le Brexit a été massivement rejeté
L’accord négocié par la Première ministre britannique, Theresa May, avec l’Union européenne (UE) sur le Brexit a été massivement rejeté par les députés britanniques mardi soir à Londres. À dix semaines de l’échéance, le scénario concret du Brexit reste dans le flou© London News Pictures via ZUMA

« Nous attendons ce que la Première ministre britannique va proposer », a renchéri Angela Merkel. Theresa May affronte ce soir une motion de censure déposée par l’opposition travailliste. Mais elle entend présenter une nouvelle proposition à son Parlement d’ici au 21 janvier.

Les entreprises redoutent le « chaos » d’un Brexit « dur »

En attendant d’en savoir plus, l’Allemagne accélère ses préparatifs pour être prête à affronter si nécessaire un Brexit sans accord. Cette option « dure » signifierait que le Royaume-Uni cesserait automatiquement d’appartenir à l’UE au 30 mars. Il serait, du jour au lendemain, traité comme un pays tiers. L’acquis communautaire ne s’y appliquerait plus. Avec de multiples conséquences dans tous les domaines : économie (droits de douane, etc.), droits civiques (naturalisation, etc.), liberté de circulation, etc. Le tout sans transition alors que l’accord négocié prévoit une transition jusqu’en 2020 (reconductible) afin de laisser les administrations et les entreprises s’adapter de part et d’autre de la Manche.

En Allemagne, ce « Brexit dur » est redouté par le patronat. Celui-ci met en garde contre une période de « chaos » et des coûts colossaux, le Royaume-Uni étant le cinquième partenaire commercial de l’Allemagne avec un volume d’échanges de 122 milliards d’euros en 2017. « Une sortie désordonnée du Royaume-Uni mettrait en péril un volume d’échange de biens et de services de 175 milliards d’euros pour l’Allemagne », met en garde le président de la Fédération allemande du commerce de gros, du commerce extérieur et des prestations de service (BGA), Holger Bingmann. « Cela menacerait l’économie britannique d’une franche et immédiate récession qui ne passerait pas inaperçue non plus en Allemagne. »

L’Allemagne se prépare à tous les scénarios

L’inquiétude traverse de nombreux secteurs. Les entreprises de logistique, les groupes chimiques et pharmaceutiques et les opérateurs de tourisme seraient en première ligne, de même que les constructeurs automobiles qui pratiquent une mode de gestion « juste-à-temps ». Beaucoup se préparent donc activement, même si l’incertitude juridique les empêchent de réellement se projeter. Le constructeur BMW a, par exemple, décidé d’avancer la fermeture annuelle de ses usines Mini et Rolls Royce en Angleterre au lendemain du 30 mars. Il a aussi réservé des capacités de transport aérien, n’hésitant pas à imaginer la mise en place d’un pont aérien en cas de besoin pour approvisionner ses usines. De son côté, le sous-traitant Schaeffler envisage de fermer des usines en Angleterre pour les relocaliser sur le continent.

Quant au gouvernement allemand, il s’efforce de mettre en place les conditions pour minimiser les dégâts en cas de Brexit « dur ». Le Bundestag adoptera dès jeudi deux projets de loi à cet effet.

A.L.

Plus d’informations :

Office de presse et d'information du gouvernement fédéral (en allemand)

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